Le Débat Stratégique Nº77 -- Novembre 2004

Pour une Méditerranée occidentale

Par Nourredine Abdi


A peine le bloc soviétique éclaté, l’Europe occidentale entreprit de s’investir vers l’Europe centrale, comme elle ne l’avait jamais fait auparavant, en dehors de son territoire y compris sur son flanc Sud, dans un Maghreb tout proche. Bien que celui-ci se situe, comme la Hongrie, à deux heures d’avion de Paris, il y eut dans ce pays environ une dizaine de fois plus d’investissements directs étrangers européens par habitant, qu’en Tunisie, considérée pourtant comme fiable économiquement. L’U.E. s’engage y compris en Europe orientale dans des proportions bien plus grandes qu’au Maghreb. Bien que la transition y compris économique, n’y est pas moins difficile que dans un pays comme l’Algérie.

Il s’agit de prolonger toujours plus, vers l’Est, le parallèle atlantiste au détriment du méridien de la méditerranéité.

Cette situation tend à se perpétuer et même à s’accentuer malgré l’accord de Barcelone de 1995 et les accords d’association de chacun des pays du Maghreb central, séparément, avec l’U.E. Ces accords, et en particulier le premier connaissant des pannes, il donne lieu simplement au dit dialogue et les concrétisations les plus visibles concernent le sécuritaire.

D’où un déséquilibre entre la relation de l’Europe occidentale avec son Sud le plus proche et celle avec son Est, un déséquilibre qui désavantage plus l’Allemagne que la France. Le centre de l’U.E. tendant à s’établir dans le premier pays.

Plus encore, il y a l’emprise de plus en plus grande des Etats-Unis sur la Méditerranée Occidentale. Ils mettent à profit cette vacance de l’Union, y compris de pays de son Sud-Est, tout en en reprenant à leur compte l’instauration d’un partenariat avec les pays du Maghreb pris collectivement et individuellement. La lecture de la situation politique et sécuritaire en Algérie, comme dans les autres pays francophones de cette région, n’est plus déléguée à une autre puissance que les E.U, ni même à un pays latinoméditerranéen proche du Maghreb, comme la France. L’Algérie se trouve de plus en plus engagée auprès des E.U., y compris dans le cadre du projet du Grand Moyen-Orient rendu public au début 2004, en étant considérée comme une base tout aussi stratégique que l’Irak pour son pétrole et du point de vue sécuritaire. Le nouveau partenaire US est le premier investisseur devant la France. Cette pratique conforte l’Algérie dans la production essentiellement d’hydrocarbures pour l’exportation ; un secteur vers lequel s’oriente déjà la quasi-totalité des IDE en provenance d’outre-Atlantique. Ce qui est considéré comme « l’Algérie utile » bénéficie d’un système renforcé et sophistiqué de sécurisation, avec l’assistance américaine, laquelle s’étend jusqu'au port d’Alger. L’environnement de l’investissement dans le secteur des hydrocarbures est à la fois particulièrement sécurisé et son ouverture aux IDE est plus efficiente que pour d’autres secteurs.

Les pays du Sud-Ouest de l’Europe comme ceux du Maghreb, ont intérêt à établir entre eux un nouvel équilibre par la construction endogène de la Méditerranée occidentale, en évitant l’enclavement par une tierce puissance.

Aujourd’hui, deux initiatives paraissent susceptibles d’y contribuer.

1) D’une part, l’évolution de la relation d’échanges entre le Maghreb et les cinq pays du Sud-Ouest de l’Europe (Portugal, Espagne, France, Italie, Malte). Bien qu’il soit toujours informel au point de ne porter comme nom que celui du « Groupe 5+5 », ce cadre fait l’objet, depuis son premier sommet tenu il y a un an, d’une affirmation à l’initiative de ces 10 partenaires.

2) D’autre part, le renforcement en cours du lien privilégié existant entre la France et le Maghreb. Ainsi du rapprochement actuel entre le premier pays et l’Algérie. Les autorités françaises se mobilisant pour aboutir à un changement qualitatif dans la relation entre les deux pays, afin de ne pas perdre pied dans leur zone d’influence traditionnelle.

La relance de l’Union du Maghreb Arabe ne pourrait que consolider ces deux niveaux de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée Occidentale. Elle permettrait aux pays maghrébins de ne pas continuer à représenter pour la France, l’Espagne ou l’Italie, une simple enclave constituée au moindre frais, leur permettant de combler leur déficit commercial par rapport au Nord de l’Europe et aux deux autres pôles mondiaux.

Un véritable partenariat entre les deux rives doit tendre à une préparation réelle du Maghreb et de l’ensemble de la Méditerranée occidentale à une véritable intégration au niveau mondial et ce au même titre que celle des PECO.

Nourredine Abdi


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