Le Débat Stratégique Nº78 - Janvier 2005
Notes de lecture
La Russie en guerre, Mythes et réalité tchétchènes,
Arnaud Kalika, Ellipse 2004, 212 pages
L’auteur, manifestement bien informé
des guerres en Tchétchénie fait d’abord
un bon historique des deux guerres.
Le première guerre (94-96) opposait
une guérilla intelligente à une armée
russe qui fait lentement son autocritique,
sous l’œil réservé des médias
occidentaux Mais le Kremlin ne peut
pas lâcher et tout change après le
11 septembre. L’impérialisme russe
devient une hégémonie bienveillante,
tandis qu’un basculement islamiste
d’une partie des opposants divise entre
nationalistes/islamistes et loyalistes plus
ou moins ralliés à Moscou. Moscou gère
beaucoup mieux les médias en imposant
un quasi black out. La Tchéchénie
est devenue une friche qui produit
de l’insécurité, que le Kremlin veut
rendre à des Tchétchènes acceptables
et chargés de la sécurité.
A la « normalisation » (vote d’une
constitution, organisation d’un référendum
puis perspective d’amnistie) fait
face l’hypothèse d’une tchétchènisation
du Caucase par extension des rebellions
vers l’Ingouchie , le Daguestan…
Les troupes russes, malgré des pertes
importantes sont plus efficaces dans
la seconde guerre n’ont pas remporté
de victoire décisive. Si elles occupent
l’ensemble du territoire elles ne maitrisent
pas le terrain, et leur présence
entraîne un rejet par la population, en
partie du fait des exactions. Le retour
des réfugiés n’est pas garanti.
A l’intérieur, trois groupes s’opposent
: les nationalistes-indépendantistes/
les wahhabites djihadistes/ les vrais ou
pseudo loyalistes et ralliés. La solution
politique inexistante après le meurtre
de Khadirov dont le fils dirige une
milice efficace mais cruelle au profit
un président sans légitimité (Alkhanov)
qui terni l’image de démocratisation
recherchée sans disposer des ressources
nécessaires à une reconstruction.
Au delà des clichés et des condamnations
légitimes mais souvent à sens
unique, ce livre fournit à la fois les
éléments de compréhension interne
d’une guerre et de comparaison avec
plusieurs autres recomposition politiques
conflictuelles contemporaines.
André Brigot
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