Conflits et confrontations de critères
entre Empire des Etats-Unis et République d'Europe
dans le voisinage méditerranéen
(communication présentée à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'homme, Aix en Provence, septembre 1999)
Alain JOXE
Directeur d'Etudes à l'EHESS
CIRPES
Le voisinage entre Europe et méditerranée est à la fois naturel, religieux et culturel, socioéconomique. Mais les confrontations et conflits qui s'y trament, en même temps que les connivences et les rapprochements, vont bientôt visiblement dépendre des types de modèle de développement et de modernité qui s'offrent au choix des peuples et des gouvernants dans l'après guerre froide.
Il y a aujourd'hui un empire unique, celui des Etats-Unis d'Amérique. qui étend une emprise par mondialisation économique et leadership militaire absolu, sans chercher nécessairement la solution des conflits les plus durs ; mais il existe aussi une Europe unie, post impériale, qui propose un autre système de paix par bon voisinage et développement par péréquation de niveaux de développement.
Poser le problème de cette disjonction n'est pas le résoudre, mais c'est au moins faire progresser le débat sur certains choix d'alliances qu'on peut appeler culturelles ou politiques, et qui résistent à la formulation purement technique ou économique que les normes d'Empire cherchent à imposer. La méditerranée, les Balkans, constituent le lieu fatal de cette confrontation puisqu'il s'agit du voisinage immédiat de l'Europe.
I. Voisinage stratégique proposé par la nature
C'est peut être en matière stratégique que la Méditerranée forme un ensemble parfaitement compréhensible et qui n'a aucun caractère artificiel, puisque justement il est naturel. La configuration très particulière d'une mer pratiquement fermée entourée de riverains appartenant à trois continents et qui possèdent donc des hinterlands historiques politiques et culturels hétérogènes, produit un effet de système, une interaction stratégique formellement identifiable, appelons le système de type méditerranéen. Il y en a d'autres exemples dans la géographie mondiale mais moins parfaits. La Méditerranée Caraïbe comme la méditerranée de la mer de Chine sont bien moins fermée, elles opposent plutôt un continent et un chapelet de systèmes insulaires. Il est vrai qu'aujourd'hui les contraintes et les effets spéciaux de la navigation n'ont plus les caractéres qu'ils avaient à l'époque de la navigation à rame et à voile. Toutes les méditerranées se valent et sont percées de flux trannationaux et transmaritimes intercontinentaux grâce aux canaux de Suez ou Panama et deviennent des lieux complexes d'intéraction des continents lointains comme l'Europe dans les Antilles. les anglo-saxons dans le pacifique.
Il reste en méditerranée sud européenne un système de voisinage pluriculturel, produit de l'histoire, et la question d'un contact entre niveaux différents de développements mais un contact , qui n''implique pas, contrairement à tout contact terrestre, une obligation de paix ou de conflit, de pacte ou de conquête, mais qui peut se sublimer en quelque sorte dans des jeux diplomatiques à distance. De plus, en Méditerranée des intérets transnationaux, investis dans la maintenance et la logistique du pétrole, système produisant des flux financiers nécessairement consensuels, est à peine troublé par des effets de piraterie des guerres d'ajustements et des flux clandestins de migration économique.
Pour toutes ces raisons la Méditerranée à constitué une frontière floue entree les deux empires de la guerre froide, un lieu faussement dominé par la bipolarité nucléaire. La Yougoslavie et l'Autriche neutralisées séparèrent la section nord du rideau de fer de sa section sud, Les Turcs et les Grecs embauchés dans l'OTAN ne sont pas devenus les garnisons d'une ligne de feu contre les Bulgares. Les Français en Algérie, menant contre la grande stratégie américaine une guerre coloniale d'arrière garde, contribuaient à dépolariser la méditerranée. S'appuyant sur l'URSS, imitant parfois son modèle étatiste de développement, les mouvements nationalistes ne se sont jamais alignés sur le communisme. L'affrontement de la flotte américaine et de l'escadre soviétique était plutôt un tournoi cérémoniel qu'une guerre menaçante. Le conflit israélo-arable ne recouvrait pas exactement l'opposition est-ouest. En Méditerranée l'Alliance atlantique servait plutôt à estomper les querelles entre alliés qu'à tenir un front contre Moscou.
II. Voisinage des Trois Religions
C'est de propos délibéré que je ne parle pas encore de religions. J'y viens. Les trois grandes religions du Livre ont leur berceau en Palestine et en Arabie. Les religions ont cinq façons de s'articuler sur la question politico-militaire de la sécurité d'un voisinage complexe.
1. Généalogie et préséance - Il existe une généalogie des trois religions qui est transcrite en hiérarchie. La première, le judaïsme, est l'ancêtre reconnue du christianisme et de l'Islam. Une sorte de "droit du premier occupant divin du Moyen Orient", dont la légitimité est évidemment contestée. Le christianisme se veut l'accomplissement des promesses de la Bible étendue du peuple juif à toute l'humanité grâce à l'incarnation de Dieu lui-même devenu Homme par l'opération du Saint Esprit, cet évènement manifestant une divinité en trois "personnes", c'est à dire rôles ou masques de théâtre permettant de concevoir l'unité dans la diversité. Mais la trinité est considérée par l'Islam comme un blasphème divisant l'unité divine et ouvrant le champ à tous les conflits entre pouvoirs, usurpant le pouvoir divin (clergés, rois, seigneurs asabiya de tout type) L'Islam cite la Thora, il reconnait le Christ comme messie mais refuse la divinité trinitaire et se veut la "dernière religion révélée" , celle qui annonce l'Unité humaine universelle. Les prétention d'être la seule vraie religion du dieu unique n'empêche pas les trois religions de coexister dans la pratique dans certaines conditions même si l'une est religion d'Etat. La tradition des disputationes théologique entre les trois existe depuis le moyen-âge.
2. Code stratégique offensif - des religions monothéistes - Il faudrait pouvoir en quelques lignes évoquer ce que j'appelle leur code stratégique offensif, c'est à dire ce qui dans leurs doctrines et leurs fois contitue un cadre prescriptif dans des stratégies de salut spirituel, et qui dans le dit ou le non dit, se projette dans les stratégies de conquète territoriales politiques économiques et militaires qui ont accompagné l'établissement et l'agrandissement des groupes sociaux de croyants "la propagation de la foi" Il est probable qu'on trouverait des connivences et des corrélations positives entre l'Islam intégriste et le protestantisme (américain) Chacun à sa manière sont partisans d'une conversion générale, hostiles à l'Empire, favorables à la libre entreprise marchande, hostiles à la prise en charge par l'Etat de la Charité.
3. Code tactique défensif et tolérance de voisinage - Sur la base des deux premiers critères et en outre de la morale pratique et coutumière qu'elles ont développées dans les formations sociales historiques qui les ont accueillies, il faut également pouvoir comprendre les codes tactiques défensifs de proximité de grandes religions c'est à dire quelles sont les capacités de tolérance de convivialité ou au contraire d'exclusion que les trois religions entretiennent les unes à l'égard des autres. Le judaïsme ne cherche pas la conversion du monde entier. Le christianisme exclue toute violence religieuse au moins offensive mais même défensive. Le Coran exclue toute compulsion en matière de religion et doit protection à ceux qui ont foi dans le dieu unique, même s'ils sont dans l'erreur chrétienne ou juive. Cela ne signifie pas que ces pricipes ne soient pas violés mais ils ne le sont pas au nom de la religion.
4. Théologie de la richesse et de la pauvreté - Partant en général d'une religiosité de pasteurs marginaux en voie de sédentarisation associée à une culture régionale urbaine du commerce à longue distance, le problème de l'accès aux richesses et la promotion de la dignité des pauvres est une préoccupation constante de la Bible comme de l'Evangile et le Coran lui-même met le devoir de charité au centre d'une vision sociale qui n'accepte pas l'existence d'exclus par la misère dans la collectivité des croyants et doit tout faire pour libérer ou racheter les esclaves et tous ceux quis sont asservis en général.
5. Théologie du pouvoir et de la souveraineté - Les trois religions excluent absolument qu'un pouvoir politique puisse être considéré comme équivalent ou représentant le pouvoir de Dieu. L'Empereur de Byzance , le roi très chrétien le commandeur des croyants le gouvernement d'Israël sont toujours soumis au doute. Dans la pratique, on ne peut pas dire que cet absolu du doute soit respecté ; les gouvernements tentent d'apparaître comme émanations du parti de dieu ou de dieu tout court. Néanmoins le pouvoir étant seulement à Dieu, le peuple reste à décider si un roi est un tyran ou non. Cette remise en cause des pouvoirs est plus forte ches les chiites, les protestants, les sectes fondamentalistes juives mais c'est une des source légitime de démocratie ou de l'antiimpérialisme.
Je pense que les caractères stratégiques offensifs et l'intolérance tactique de voisinage ne sont pas nécessairement plus importants dans l'Islam qu'ailleurs, alors que c'est un des lieux communs entretenus du côté judeo-chrétien contre l'Islam. C'est plutôt l'inverse. Quant à la différence fondamentale qui séparerait l'Islam des autres, du point de vue du statut d'égalité de la femme, c'est une différenciation qui n'a pas même un siècle, si bien qu'il est plus nécessaire que jamais d'y voir un conquête de la modernité en occident bien plus qu'une conquête du christianisme qui en matière d'oppression de la femme a des états de services remarquables.
Ce ne sont pas les religions qui constituent des centre d'action décisionnels porteurs de conflits violents entre communautés, mais toujours les mouvements et les forces organisées en relation avec les pouvoirs d'Etat en crise quicherchent à mobiliser des masses en chevauchant les identités religieuses et en instrumentalisant des clergés.
III. Frontière socio-économique
Ce qui précède ne veut pas dire qu'il n'existe pas de distance culturelle, de frontière ethno religieuses, de "peur de l'autre", due aux étrangetés réciproques des cultures, mais que ces frontières de l'étrangeté sont avant tout recréées par la différence de niveau de développement et de modernisation.
Y a-t-il eu sortie du peuple de la misère absolue, conquête de la démocratie, accès à la liberté et à l'égalité politique réelle des citoyens et citoyennes à travers des expériences révolutionnaires ou réformistes ? Oui en Europe y compris en europe de l'Est, oui jusqu'à un certain point en Irak, Syrie, Palestine, Libye, Algérie, Tunisie si on se place au niveau des régimes modernisants qui ont laissé une trace, malgré la répression ou l'échec économique. La disjonction culturelle vient toujours de la divergence des expériences sociales et économique de la modernité. Pour les uns, il y a eu progrès, pour les autres, régression. La Grèce (membre de l'UE) et la Turquie (membre de l'OTAN et de l'UEO) en sont à se demander si elles sont en progrès ou en régression dans la mesure ou la modernité de la phase actuelle ne correspond pas à l'boutissement d'un progrès social. Cette dyssymétrie entre pays crée un sens aigu d'opposition et d'injustice, comme il peut y en avoir entre classes opprimées et classes supérieures. Si on prend au niveau micro-sociologique l'échantillon de l'islam français, deuxième groupe religieux dans la république, sa difficulté d'insertion vient évidemment bien plus de sa définition sociale, de la relative pauvreté de l'immigration, même de deuxième génération et de son chômage, que des particularités théologique de la charité selon l'Islam. ou de son refus de la Trinité. La question sociale ne se guérit pas en posant un emplâtre sur une jambe de bois ou en pronant la tolérance entre religieux.
Les causes de cette disjonction socio-économique sont bien connues : elles sont dues historiquement à la supériorité militaire de l'occident européen qui a rendu possible la conquête militaire et la colonisation, dans divers statuts politiques, de tous les pays du sud et de l'est méditerranéen par les puissances d'Europe occidentale. Grande Bretagne, France, Italie, Espagne, ont dominé la rive sud et le Machrek, et cette domination se perpétue aujourd'hui sans usage de la force militaire (même si la supériorité du nord sur le sud reste écrasante) mais par le simple jeu de la supériorité économique et le maintien de régimes autoritaires ou policiers.
Le tort causé au monde arabe n'a pas commencé réellement à être repéré ni réparé. Cela ne sera possible que s'il est définitivement coopté comme partie d'un ensemble voué par sa définition politique à gérer à long terme une péréquation volontaire entre les deux rives de la méditerranée
IV. Bilan des causes permanentes de conflit
Si donc je propose un bilan des causes décelables de l'insécurité stratégique réelle ressentie ou phantasmatique qui fait de la méditerranée un lieu conflictuel au III° millénaire, je dresse le tableau suivant :
1. La guerre froide disparait et les tensions demeurent/ La guerre froide n'a jamais été la cause ou le cadre principal des conflits méditerranéens
2. La décoloniation à eu lieu partout depuis maintenant trente ans. La relation coloniale explique l'origine de la situation économique dyssymétrique mais elle n'est plus la cause principale de tension actuelle
3. la relation "néocoloniale", c'est à dire l'inégalité de puissance économique et militaire règlant les termes de l'échange, se poursuit, mais elle se situe désormais dans le cadre du phénomène de la "mondialisation" néolibérale, orchestrée par les Etats-Unis mais codirigée par l'Europe et le Japon avec des nuances
4. Les guerres pétrolières autrefois concernaient l'accès aux gisements. C'était des guerres entre compagnies d'exploitation pour la prédation d'une matière première et la possession physique des gisements. Les guerres pétrolères, ou les violences internes de diverses origines qui en tiennent lieu, concernent aujourd'hui d'avantage l'orientation finale des revenus pétroliers - l'investissement dans un projet national ou régional de développement ou le recyclage par placement au profit d'une oligarchie dans le système financier mondial . Mais ce problème, qui met l'Iraq, l'Iran, la Libye et l'Algérie à part, est relativement récent, il date du triomphe du système impérial américain
5. La guerre permanente Israël-Palestine a jusqu'à la guerre du Golfe tenu le devant de la scène dans le conflit nord sud ou est-ouest, dans déboucher sur rien de positif pour le monde arabo-musulman. Il persiste du fait de la politique israélienne, à se poser en termes militaires, malgré la volonté hésistante des Etats-Unis d'y mettre fin pour relancer un programme de modernisation transnational au grand-moyen-orient. Israël risque de n'être plus l'allié principal dans l'après guerre froide, la Turquie pourrait le supplanter.
Le caractère minuscule et provincial des stratégies israéliennes et l'impossibilité de passer d'une définition militaire tactique de leur sécurité policière immédiate à un projet stratégique de paix a atteint son maximum sous le gouvernement de Nethanyahou, mais c'était en s'appuyant sur des forces américaines particulièrement rétrogrades, et qui n'ont pas disparu. L'Europe qui joue un role économique important est écartée jusqu'à présent par les Etats-Unis de l'espace-temps de la négociation, mais ce rôle effacé ne durera pas indéfiniment.
V. Les nouvelles zones de massacres
La modestie du Japon dans ses inteventions extérieures y compris la guerre du Golfe, en font un facteur relativement secondaire. Reste donc à déceler l'existence de facteurs européens et américains divergents si on veut élaborer une stratégie commune à l'Europe et à la rive sud qui écarterait certains éléments de la mondialisation qui s'oppose à une solution volontaire et politique du problème de sécurité découlant du différentiel de développement.
Y a t il une divergence palpable entre les points de vue Européens et Américains sur la sécurité en Méditerranée et en général dans l'espace proche au sud et à l'est de l'Europe ?
Oui, il y en a, et ces zones de divergences vont se manifester à propos des nouvelles zones de massacres.
Autour de la méditerranée se sont récemment multipliées les zones de massacre. Il faut en faire la liste pour en prendre conscience.
1. L'Irak a subi du fait de sa tentative de conquête du Koweit, un châtiment exemplaire qui va sans doute au dela de la sanction méritée puisqu'elle continue à s'exercer sous forme de bombardements aérien et de blocus frappant la population civile d'une lente et permanente décadence économique sanitaire et culturelle. On peut admettre que la représaille militaire désormais menée exclusivement par les Etats-Unis et la Grande Brtagne, n'a plus rien à voir avec la sanction de l'ONU prévoyant le démantèlement du pouvoir militaire aggressif de l'Irak mais revet le caractère d'une destruction systématique de l'expérience de développement économique et technique national, entrepris par l'état par investissement des bénéfices pétroliers dans la modernité.
2. La Turquie procède depuis des années à des massacres et des déportations sélectives contre la population kurde de l'est de son territoire, qui est aussi celui d'un plan hydraulique de développement par irrrigation, fondée sur les eaux de l'Euphrate.. En pratiquant cette politique le régime dominé par l'establishment militaire, se propose de maintenir un système jacobin laïc répressif qu'il considère comme sa principale réussite en matière de modernité. Ce point de vue se heurte à la fois à la définition européenne des droits de l'homme et au projet américain de démantèlement de l'Etat kemaliste. La distance culturelle entre la Turquie et l'Europe tend à s'accroître, mais l'alliance américaine résiste malgré les réserves, car la Turquie est un modèle de polyvalence culturelle et géographique et elle peut ainsi servir l'Empire.
3. L'Algérie a sombré dans une forme de guerre civile obscure accompagnée de terrorisme et de massacres ruraux du fait de groupes armés qu'on a du mal a identifier à des acteurs politiques sociaux, religieux, bureaucratiques ou militaires distincts. Le fait qu'elle prenne l'apparence d'une lutte entre militaires un peu laïcs et religieux inégristes est une définition tout à fait insuffisante du point de vue sociologique et stratégique. La modernité faillie de l'Algérie s'accompagne d'investissements pétroliers anglo-saxons importants au Sahara et d'une fuite de capitaux sur des comptes anonymes digne de celle de la Russie. Les enjeux du modèle de développement sont plus réels que les débats sur l'état islamiste et le parti de Dieu, tout le monde est d'accord pour qualifier les émirs intégristes et autres commandos de la mort comme des criminels, mais les dernières élections ne nous éclairent pas encore sur le vainqueur dans ce tournois par tueurs interposés.
Par contraste, le Maroc où le roi défunt qui fut un monarque absolu de style Louis XI et a évolué dernièrement vers une démocratisation, apparait comme un havre de modernité ce qu'il n'est pas non plus. L'Etat, la culture, l'identité et la citoyenneté marocaine sont des acquits solides, mais son rapprochement avec l'Europe n'est pas terminé.La Tunisie connait un régime qu'on peut appeler policier et qui maintien certains héritages du laïcisme de Bourguiba.
Le Maghreb devra faire partie d'une priorité socio-politique générale de la part de l'Europe qui ne devrait pas laisser les Etats-Unis y jouer un jeu caraïbe. Ce n'est pas seulement l'intérêt des pays du sud de l'Europe, mais pour qu'une telle vision d'avenir devienne une volonté, l'Europe manque encore elle même de constitution démocratique
4. La crise entamée en Yougoslavie avec la crise de l'état communiste et la reconversion du PC serbe en parti nationaliste fascisant a débouché sur une série de guerres et de massacres qui ont divisé la yougoslavie en communautés d'apparence religieuse, la communauté ayant le plus souffert de l'aggression serbe et croate ayant été la communatémusulmane de Bosnie, puis la tentative d'expulsion de masse des albanais du Kossovo par les serbes de Milosevic a abpoutiàune nouvelle série de massacres. Cette accumulation de massacres ont été possible du fait d'une divergence stratégique permanente et non explicite entre les Etats-Unis et les pays euroépens diverghence portant à la fois sur :le diagnostic de la crise, sur la théorie de l'Etat, sur la stratégie militaire applicable en prévention puis en gardiennage des accords.
Le point de vue américain parait l'avoir tojours emporté, mais c'est une erreur de perspectibve ; il l'a emporté à contre temps, en raison des freinages européens, ou à contre temps des européens en raison des freinages américains
L'expérience est non seulement désastreuse du point de vue de l'idéal de maintien de la paix, mais elle révèle l'inadéquation actuelle du co-leadership euroaméricain au sud de l'Europe.
Quelles que soient les responsabilités les échecs ou les succès apparents ; le système aboutit à certains résultats qui sont négatifs et qu'on pourrait appeler des "résultats impériaux" parcequ'ils garantissent non pas la solution des problèmes et la paix, mais le maintien des structures conflictielles et des probabilités de reprise des violence, la seule garantie contre elle étant l'établissement du leadership militaire absolu des Etats-Unis sur la zone. Dans cette structure de protectorat permanent, la "paix d'empire" permet sans doute aux Européens de payer les frais de la reconstruction et une aide humanitaire, mais elle empêche toute initiative de reconstruction de l'Etat qui tiendrait compte en premier lieu des principe proprements politiques des Européens, ceux de démocratie et de république sociale. La construction des états qui sortiront de l'épreuve risque d'être complètement conçue et organisée après une phase mafieuse intercommunautaire très régressive, sur le mode de la libéralisation totale, c'est à dire les dénationalisations par vol pur et simple des entreprises d'état au profit d'oligarchies semi-mafieuses, et la rupture de tout projet politique social-démocrate ou chrétien démocrate. Ce seront des états mafieux antieuropéens pro américains par force.
Conclusion
La latino-américanisation totale du bassin méditerranéen constituera autour des zones de massacre des éléments permanents de destabilisation qui empêcherait un projet européen de réforme démocratique et social du voisinage de l'Europe et un modèle bien différent de système de sécurité par bon voisinage. L'existence de cette "solution impériale" pose désormais la question de la sécurité en méditerranée sous une fome stratégique urgente pour l'Europe.qui devra affronter plus ou moins visiblement des Etats-Unis autour d'un certain nombre de critères. Ceux-ci seront éventuellement défendus au nom d'une communauté de vues propres à l'ancien monde elles obligeront sans doute les peuples qui se disent séparés par des frontières de peur ou de croyances à examiner d'urgence ce qu'ils ont en commun et devront donc se poser sur tout le pourtour méditerranéen.comme un choix de civilisation, un choix culturel, finalement un choix politique.
2 septembre 1999
Alain Joxe
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