Rouge et vert, N°184, 22 mars 2003
Ainsi, George bush a osé lancer la guerre contre l'irak.
Malgré l'avis de la plupart des pays du monde, quelque soit leurs orientations, malgré les nations unies, malgré le conseil de sécurité qu'il n'a même pas cherché à convaincre (on se souvient de la pitoyable exhibition de prétendues "preuves" se résumant à des images de camions ), bien que trois membres permanents sur cinq de ce conseil ait clairement dit leur désaccord, malgré les organisations régionales comme la ligue arabe ou la XXIIème conférence franco-africaine, malgré l'opposition fermement réaffirmé de toutes les grandes instances spirituelles et l'engagement personnel du pape, malgré surtout l'opposition des habitants du monde entier qui de manifestations en manifestations, depuis des mois, par dizaine de millions ont cherché à s'interposer entre le dictateur et le fauteur de guerre et à soutenir la voie d'une action pacifique .
Aujourd'hui, sur les bords de l'océan, la statue de la liberté pleure des larmes de sang.
Il a osé lancer des centaines de milliers d'hommes surarmés, surentraînés, suréquipés. Il a en face de lui un pays de 24 millions d'habitants (c'est-à-dire à peu près le Texas plus l'Oklahoma), dont le PIB est 600 fois moins élevé que le sien. Il a six groupes navals autour de porte-avions nucléaires, plusieurs centaines d'avions de combat, et autant d'hélicoptères armés, des bombes de toutes sortes depuis les engins au phosphore qui grille tout dans une maison en une fraction de secondes jusqu'aux terrifiantes bombes à fuel de dix tonnes qui ne laissent rien de vivant dans un rayon de cinq cents mètres. Il a la supériorité aérienne, matérielle, satellitaire. Il a des missiles de croisière, des bombes à effet magnétique, des missiles qui ont bien plus de 150 kilomètres de portée, des obus à uranium appauvri, des intensificateurs de lumière et des caméras à infra-rouges pour agir la nuit.
Les mères de Bagdad n'ont pas fini de pleurer des larmes de sang.
Il a osé. Et ses références à la démocratie déguisent mal sa révérence à la pétrocratie. Sa guerre c'est la guerre du pétrole, la guerre du dollar, la guerre des marchands de canons, la guerre de l'arrogance. Et il se cache à peine de faire cette guerre pour montrer ses muscles. La piétaille venue d'ailleurs qui l'accompagne ne sert que de valets d'armes et n'a aucune voix au chapitre. George bush fait la guerre et démolit tranquillement ce qui depuis un demi-siècle avait commencé à s'édifier comme lieu international de régulation des conflits. Sous les chenilles de ses chars disparaissent les tentatives fragiles de construire un monde qui soit autre chose qu'un simple champ clos d'affrontements et de guerres.
Il a osé. Et son impudence précipitera dans les bras des intégristes des hommes révoltés, déboussolés, qui en auront assez de servir de cibles aux armes "intelligentes" de George bush. Avec un "ennemi" pareil, Ben laden n'a pas de souci à se faire pour recruter.
On n'a pas fini de pleurer des larmes de sans sur cette planète.
Jean-paul Hébert