ISRAËL TOUJOURS PLUS GUERRIER.
Jean-Paul HEBERT
Article publié dans Rouge et Vert, 30 août 2001
Au Proche-Orient, se joue un théâtre d'ombres trompeur : la rencontre entre Shimon Pérès et Yasser Arafat peut apparaître comme une inflexion dans l'escalade qui depuis la parade de Sharon sur l'esplanade des mosquées emporte le pouvoir israélien dans une militarisation accrue et ceux qui espèrent sincèrement la paix peuvent y trouver un espoir. Mais on ne doit pas s'y tromper : en l'état cette rencontre n'est qu'un épiphénomène par rapport à l'aggravation constante de la situation. Le pouvoir israélien continue à mettre en œuvre son plan d'assassinats ("éliminations ciblées"…) et le lundi 27 août c'estAbou Ali Moustapha, le chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP) qui a été assassiné. Pour ces meurtres ciblés, l'imagination des services israéliens est sans borne et tous les moyens sont utilisés , du tir de roquettes aux téléphones piégés en passant par les faux uniformes palestiniens, et parfois on tue le fils pour le père, comme Bilal Al-Ghoul, dix-huit ans, abattu le 22 août. La fermeture de la maison d'orient le 10 août n'est pas un geste fait au hasard sous l'emprise de l'émotion consécutive à l'attentat suicide de Jérusalem. Elle va de pair avec l'entrée de l'armée israélienne dans Djénine, ville autonome de Cisjordanie le 14 août. L'armée israélienne avait déjà fait des pénétrations dans les territoires autonomes mais s'était jusque-là gardé d'enter dans les agglomérations. Elle a franchi ce jour-là un barreau de plus dans l'échelle de la montée des affrontements. Là encore, il ne s'agit pas d'une action marginale, mais d'une pratique qui se développe et deux jours plus tard c'est dans cinq villages de la région de Bethléem que l'armée israélienne promenait ses chars et ses matériels de guerre. La semaine suivante , c'est à Hébron, où une poignée de colons intégristes entretiennent l'affrontement, que les blindés israéliens sont allés déverser des obus et détruire des bâtiments.
Cette intensification de la guerre menée par les dirigeants israéliens n'est pas une réaction irréfléchie, elle constitue une stratégie : il s'agit de saper l'autorité palestinienne (et avec elle l'OLP et Yasser Arafat) , comme le montre le fait que les attentat et les destructions visent presque essentiellement les structures et les membres de l'AP, pour que n'existe plus en face des chars israéliens que des terroristes. Le "combat" dans l'opinion internationale sera alors beaucoup plus facile à mener. Sharon et les autres savent très bien qu'actuellement malgré leurs discours sur la menace qui pèserait sur Israel l'inégalité du combat entre les chars et les pierres est d'une telle évidence que même les alliés américains, pourtant bien disposés, commencent parfois à élever le ton. La calcul est donc simple : renverser l'opinion en affaiblissant ceux qui , dans le camp palestinien, sont porteurs du projet de paix, pour ouvrir la voie aux extrémismes contre lesquels il sera plus facile de mobiliser une opinion traumatisée.
Cette politique a une cohérence. Elle s'appelle la politique du pire.
Jean-Paul HEBERT
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