L'engagement US dans la contre-insurrection colombienne
L'officialisation de la mission contre-insurrectionnelle des forces US, survient après le l1 septembre 2001, quand le Congrès accepte d'allouer les crédits à la lutte contre le "narcoterrorisme", permettant l'utilisation des moyens US (équipement, renseignement et personnels militaires, limités à 400, et contractants de sécurité privée limités à 400). Dans les faits la discrimination entre la contrenarcotique et la contre-insurrection a toujours été faible. L'aide américaine s'est concentré sur l'amélioration de la mobilité, de la dissémination, de la synergie interarmes et interagences, et du contrôle des routes, voies fluviales et infrastructures critiques, notamment par la mise en place :
- d'unités spéciales de police par la DEA (Drug Enforcement Administration) et 25 systèmes régionaux de partage de renseignement ;
- d'équipes d'analyse tactique et de planification américaines déployées dans la région andine ;
- de l'encadrement, par les forces spéciales US et les contractants privés, le financement et l'équipement d'une brigade de contrenarcotique de 2300 soldats, la construction de bases terrestres, fluviales et aérienne dans le Sud (Larandia, El Encanto, Nueva Antioquia, Tres Esquinas), le soutien en renseignement. Une deuxième brigade de contrenarcotique (1700 soldats) va être mise sur pied pour une autre région de la Colombie. Par ailleurs des unités spéciales (task forces) seront établies et accompagnées d'un nombre indéterminé de soldats US, pour protéger l'oléoduc Cano Limon-Covenas (le champ pétrolifère Cano-Limon, exploité par une compagnie américaine OXY en partenariat avec la compagnie colombienne Ecopetrol, représente 20% de la production nationale) et un programme civilo-militaire d'aide humanitaire et d'établissement d'institutions publiques dans la région de l'oléoduc (Arauca) seront mis en place puis le programme sera étendu à l'ensemble du territoire colombien ;
- le niveau d'encadrement américain des forces armées colombiennes est tel qu'à ce jour tous les membres du haut commandement ont reçu une instruction américaine, et 6500 sous-officiers et officiers ont été instruits par le programme IMET (International Military Education and Training) l'année fiscale 2003 ;
- en amont de l'intervention militaire et de law enforcement (DEA, FBI), les Etats-Unis ont lancé des programmes de restructuration des institutions judiciaires et policières, des codes de procédure criminelle, des normes d'audit des finances publiques et d'harmonisation des systèmes comptables ; dans le cadre de l'instruction militaire ils tentent d'institutionnaliser la pratique des droits de l'homme et de la règle de droit ; ils ont créé un Corps de justice pénale militaire, et visent à terme à l'élimination du phénomène paramilitaire.
Le but des Etats-Unis est de mener de front l'amélioration opérationnelle des forces armées colombiennes pour le contrôle territorial, et la réforme institutionnelle qui fera de l'institution militaire colombienne un garant de la "bonne gouvernance" non pas seulement contre la guérilla et les oppositions de gauche mais aussi contre les oligarchies corrompues et trop inégalitaires. La prochaine étape du conflit pourrait être la régionalisation du conflit, avec le recours à une force d'intervention et/ou interposition qui comprendrait vraisemblablement des forces chiliennes et argentines (ces deux Etats se montrent favorables à l'initiative) et la mobilisation des forces des Etats voisins à leurs frontières, et des moyens ISR et logistiques américains. Depuis le départ du Southcom (commandement qui a pour aire de responsabilité l'Amérique Latine) de Panama en 1999, les opérations US sur le territoire latino-américain s'appuient sur une architecture de "relais", les Forward Operating Locations, louées généralement sur une base de 10 ans - Curaçao et Aruba (îles néerlandaises au large du Venezuela), Comalapa au Salvador et Manta en Équateur. Le Brésil constitue sans aucun doute l'élément pivot de l'architecture sécuritaire régionale en gestation. L'armée brésilienne a progressivement cédé le pouvoir aux civils au cours des années 1980, mais est restée maître de l'acquisition d'équipement, de la formation, des réformes organisationnelles et surtout du contrôle territorial et des questions politiques qui vont avec (politique agraire, droits des populations indigènes, contrôle de l'Amazonie, lutte contrenarcotique et contre l'exploitation illégale des ressources minières et de la biodiversité). Le contrôle législatif sur l'attribution des fonds de défense et sur les opérations de renseignement est quasi-inexistant. Cette "autonomie" de l'institution militaire brésilienne est favorable au modèle privilégié par les Etats-Unis de relation directe avec les institutions militaires, idéalement en avance en terme de "bonne gouvernance" sur les institutions civiles handicapées par la corruption et le clientélisme et monopolisées par des oligarchies dont les intérêts sont mis en danger par une ouverture plus avancée des économies nationales au capital global. La voie de la coopération militaire américano-brésilienne c'est la contrenarcotique (soutien au law enforcement, et équipement, notamment vedettes fluviales, véhicules de transport, télécommunications). Ainsi Raytheon a été choisi pour mettre en place un système de surveillance radar, commandement et contrôle dans la région amazonienne, le SIVAM/SIPAM, (financé à la hauteur de 1,4 milliards de dollars par un prêt de l'US Ex-Im Bank), mis en service depuis juillet 2002. Les Etats-Unis financent et soutiennent la création d'une police fédérale fluviale en Amazonie pour compléter le dispositif SIVAM/SIPAM, et la coopération entre les forces colombiennes et brésiliennes à travers l'opération C0BRA à la frontière. Le système SIVAM/SIPAM pourrait à terme constituer le centre d'un dispositif de surveillance, commandement et contrôle de l'ensemble de la région Amazonie-Andes.
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