S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
2e et 4e mardis du mois 15h-17h (salle 1, 105 bd Raspail), du 24 octobre au 12 juin
L’atelier se propose d’élaborer une méthodologie ancrée d’une part dans les disciplines de l’écrit que sont la paléographie, l’épigraphie, la diplomatique, la codicologie et d’autre part dans des sciences humaines telle que la linguistique, l’histoire, la sociologie et l’ethnologie. Chaque séance s’organise autour de la présentation par un chercheur de travaux récents. Cet enseignement est lié au séminaire « Anthropologie de l’écriture » de Béatrice Fraenkel.
L’activité d’écriture dans son contexte matériel : autographie, calligraphie, typographie, sténographie.
Les séances de l’Atelier méthodologique seront consacrées en 2006-2007 à explorer, du point de vue de la matérialité, divers modes de production de l’écrit, manuels, mécaniques ou électroniques, employés notamment dans les domaines littéraires et artistiques, ainsi que dans le contexte parlementaire. L’écriture y remplit des fonctions d’archivage, de création et de représentation souvent concomitantes, parfois discordantes.
Marcel Proust et Colette Sirat s’accordent sur ce point : l’activité d’écriture peut être définie comme un travail manuel. Tracer, au stylo ou au pinceau, frapper au clavier, graver au ciseau, disposer sur la page, la toile, le mur ou la stèle, corriger, couper, coller, effacer — autant d’opérations longtemps considérées comme négligeables, et qui font aujourd’hui l’objet d’analyses attentives de la part des spécialistes. En quoi la matérialité de l’objet écrit nous renseigne-t-elle sur les gestes et les pratiques de l’écrivain, du plasticien, du calligraphe ou du greffier ? Leurs choix techniques répondent-ils à des besoins d’expression, de transmission ou de conservation, à des impératifs formels ou de performance, et dans quelle mesure les supports et les instruments infléchissent-ils leurs façons de faire ? Comment repérer et interpréter
les altérations imputables au transfert d’un protocole technique à un autre, les traces d’un processus non linéaire de genèse de l’½uvre littéraire, les effets escomptés lors du déplacement de l’objet d’archive à l’½uvre plastique ?
Les intervenants de cette année, généticiens littéraires, graphiste, historienne de l’art et spécialiste de calligraphie asiatique, codicologue, historienne et sociologue, témoigneront des effets, dans leurs disciplines respectives, de l’attention portée au contexte matériel de la production écrite.
Mardi 24 octobre : Daniel FERRER, Directeur de recherche à l’ITEM (CNRS) : Le généticien et la page manuscrite.
La critique génétique ne doit pas traiter les brouillons d’écrivain comme des textes, d’abord parce qu’ils ne sont pas des textes mais des instruments destinés à fabriquer des textes, ensuite parce que ce serait négliger un des aspects les plus importants du manuscrit, l’aspect graphique, ou si l’on veut sa dimension visible par opposition à la
dimension lisible, ou encore son irréductibilité autographique par rapport à ce qui en lui relève du régime allographique. On mettra en évidence cette dimension, à partir d’exemples diversifiés, et on montrera comment le généticien interprète concrètement les indices qui lui sont fournis par la disposition spatiale de la page manuscrite.
14 novembre : Sébastien Morlighem (Ecole Estienne) : Rejouer un coup de dés : L’enjeu typographique dans le poème de Stéphane Mallarmé.L’activité d’écriture dans son contexte matériel : autographie, calligraphie, typographie, sténographie.
Un coup de dés jamais n’abolira le Hasard (1897) de Stéphane Mallarmé est considéré comme l’une des oeuvres annonciatrices de la modernité du XXe siècle. Poème-livre dont la publication est restée inachevée par son auteur, disparu brutalement, il a été publié par les éditions Gallimard en 1914. Il a été depuis republié dans des formats très différents, dépendant
notamment des collections de l’éditeur (Folio/poésie, Pléïade) et avec un respect parfois éloigné des intentions premières de Mallarmé.
Nous commencerons par rappeler la figure du poète et par souligner son intérêt pour l’imprimé et la typographie, puis nous raconterons l’histoire de l’édition du Coup de dés. Enfin, nous relaterons une expérience récente : confier une double-page de ce poème à des étudiants en arts graphiques, dans le cadre d’un cours de typographie et de mise en page. Ils ont
progressivement transformé cet extrait en leur propre version, en utilisant les multiples possibilités de la composition typographique.
Peut-on, et comment, réécrire une ½uvre si emblématique en typographie ? Comment confronter la culture poétique et pratique typographique ? Le typographe devient-il auteur à part entière d’un texte si singulier lorsqu’il le recompose dans l’espace ?
Références bibliographiques :
Blanchard Gérard, Aide au choix de la typo-graphie, Reillanne, éditions Perrouseaux, 1996
Christin Anne-Marie, L’image écrite ou la déraison graphique, Paris, Flammarion, 1995.
Perrouseaux Yves, Histoire de l’écriture typographique, Reillanne, éditions Perrouseaux, 2006
Ronat Mitsou, Papp Tibor, Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard, Paris, Change/Errant, 1980.
12 décembre : Nathalie Mauriac (CNRS, ITEM): Proust et la multiplication des cahiers.
23 janvier : Francette Delaleu : Le contact visible de la pointe — du ciseau, du pinceau — avec le support : l’écriture selon ISHIKAWA Kyûyô, calligraphe japonais contemporain.
13 février : Claire Bustarret (CNRS, ITEM): Le « couper/coller » dans les brouillons littéraires avant l’ère électronique
La critique génétique nous apprend que les processus d’écriture engagent le scripteur dans une série d’actions dont le support matériel du brouillon garde la trace, trace que la mise en livre efface. Formalisés par le traitement de texte, certains de ces gestes tel le « Couper/Coller » apparaissent désormais comme des opérations abstraites, qui ne laissent aucune trace. Or, des Pensées de Blaise Pascal à Lol V. Stein de Marguerite Duras, les manuscrits de travail présentent d’innombrables occurrences de découpages et collages d’ampleur et de finalité diverses : autant de « façons de faire » sur lesquelles il convient de s’interroger. Quelle terminologie employer pour décrire ces altérations matérielles du support ? En quoi la matérialité de ces opérations peut-elle nous renseigner non seulement sur la genèse des oeuvres mais sur l’acte
d’écrire ? Le recours à une « codicologie comparée » est-il envisageable ?
13 mars : Journée d’étude sur la « Photographie d’écrit » à l’Ecole normale supérieure
de 9 h 15 à 17 h 30École normale supérieure, amphi RATAUD, 45 rue d’Ulm 75005 Paris
PHOTOGRAPHIES D’ÉCRITS : LA PHOTOGRAPHIE ET LA LETTRE
9 h 15-Claire Bustarret et Béatrice Fraenkel : Accueil des participants
9 h 30-Monique Sicard (CRAL, EHESS) : La correspondance de Niépce comme écrit de la photographie
10 h 15-Jacques Lefort (Collège de France) : Documents d’archives et photographie, le cas du Mont Athos (1850-2000)
11 h/Pause café
11 h 15-Michel Wlassikoff (Écoles supérieures d’art) : La « Typophotographie » en France
12 h-Étienne Bellan-Huchery (Photographe, réalisateur de documentaires) : Présentation du film « Trumac : de Paris à South Bronx »
12 h 45-14 h/Pause Déjeuner
14 h 15-Claire Bustarret (ITEM, CNRS) : Raymond Roussel, Paul Valéry, Marcel Duchamp : pourquoi photographier des manuscrits ?
15 h-Jean Kempf (Université Lyon-II) : « The rain are fallin » [sic]. Pages d’écriture, slogans, signes et panneaux dans le documentaire photographique des années 1930. Le cas des images de la Farm Security Administration (États-Unis, 1935-1943)
15 h 45/Pause café
16 h-Chloé Conant (Université de Limoges) : Les photos d’écrits de Sophie Calle : une « archéologie du présent »
16 h 45-Mathieu Pernot (Photographe, artiste) : Le grand ensemble
Contacts :
PHOTOGRAPHIES D’ECRITS : LA PHOTOGRAPHIE ET LA LETTRE
Monique Sicard (chercheur CNRS, CRAL, CNRS/ EHESS) : La correspondance de Niépce comme écrit de la photographie. La correspondance familiale et professionnelle de Joseph Nicéphore Niépce constitue un accès spécifique à la connaissance des images de type photographique.
Ces documents cependant valent tant par leur contenu informatif que par leurs non-dits et leurs manques, par leur présence que par leur absence, par leur homogénéité que par la diversité de leurs statuts, par la facilité de communication qu’ils ont offerte que par les contraintes qu’ils ont imposées à l’invention. L’intervention portera plus particulièrement sur 270 lettre et documents manuscrits ayant donné lieu à une transcription diplomatique dans le cadre du projet collectif du Centre de Recherche sur les Arts et le Langage 'Archive et Recherches Niépce'.
Jacques Lefort (Byzantinologue, EPHE) : Documents d’archives et photographie, le cas du Mont Athos (1850-2000)
Les relations entre l’édition des archives médiévales conservées dans les monastères du Mont Athos et leur reproduction par la photographie permettent de reconstituer l’émergence d’un examen scientifique de ces actes, particulièrement précieux pour l’histoire de Byzance. Ces documents, le plus souvent conservés en original et relatifs à la Macédoine orientale, X-XVe s., ont donné lieu depuis 1873 à diverses publications fondées sur des photogaphies, puis illustrées de reproductions photomécaniques. On s’attachera à retracer la genèse de cette entreprise photographique et éditoriale, depuis les photos prises par l’expédition russe de Sévastianov, en 1856, en passant par la première édition diplomatique, réalisée en France à partir de 1937, issue des clichés sur verre de l’expédition Millet (1918-1920) reproduits par phototypie, et jusqu’aux plus récentes améliorations techniques.
Michel Wlassikoff (Chercheur et enseignant, Écoles supérieures d’art) : La 'Typophotographie' en France
Le terme de typophotographie est forgé par Lazlo Moholy-Nagy dans le cadre de ses recherches au sein du Bauhaus. La typophotographie signe l’alliance entre 'Nouvelle vision' photographique et 'Nouvelle typographie' et tente de révolutionner les formes de la représentation et le rapport entre le texte et l’image, depuis la création des caractères jusqu’à la mise en pages. Comment ce mouvement a-t-il été accueilli ou rejeté en France ?
Quelle en a été la portée exacte, dans les revues Arts et métiers graphiques et Photographie, notamment ? Faut-il y voir la matrice de la photographie et du graphisme modernes ?
Cf. M. Wlassikoff, Histoire du graphisme en France, éditions Carré, Musée des Arts décoratifs, 2005.
Étienne Bellan-Huchery (Photographe, réalisateur de documentaires) : Présentation du film 'Trumac : de Paris à South Bronx' (extraits)
Printemps 1999 : une dizaine de graffeurs se retrouvent à Paris pour recouvrir un gigan-tesque mur. Ils viennent de Toulouse et de la région parisienne. À cette occasion, ils se réunissent dans le but de réaliser une fresque : « Third Millenium ». Ensemble ils vont accomplir une chose rare dans le graffiti : donner le meilleur d’eux-mêmes au bénéfice d’une ½uvre collective.
Claire Bustarret (Codicologue, ITEM, CNRS) : Raymond Roussel, Paul Valéry, Marcel Duchamp : pourquoi photographier des manuscrits ?
Paul Valéry participa avec la Bibliothèque nationale à la présentation d’une Ebauche d’un Musée de la littérature à l’Exposition internationale des arts et techniques de Paris en 1937. Les agrandissements photographiques de reproductions de manuscrits littéraires y faisaient leur première entrée en scène dans l’espace public. Parallèlement la pratique individuelle de reproduction photographique de brouillons et de notes est attestée chez Duchamp, chez Roussel, et Valéry lui-même s’est intéressé au projet d’éditions en fac-similé de ses propres manuscrits.
Les motivations d’une telle pratique sont mal connues : les clichés étaient-ils censés servir de duplicata utiles au travail de l’écrivain ou relevaient-ils d’un projet de publication ?
Jean Kempf (Professeur, Université Lyon 2) : « The rain are fallin » [sic]. Pages d’écriture, slogans, signes et panneaux dans le documentaire photographique des années 1930. Le cas des images de la Farm Security Administration (États-Unis, 1935-1943).
Le documentaire photographique des années 30, et singulièrement celui de la FSA, largement emblématique dans ce domaine, est saturé de traces d’écritures, le plus souvent émanant de la publicité. Au-delà de la prise en compte d’une réalité du paysage — envahi par le signe commercial — cette présence massive constitue un motif non seulement de la modernité visuelle (que l’on retrouve dans la peinture de la même époque) mais aussi le signe d’une volonté d’établir la photographie comme le nouveau langage (ou au moins le nouveau médium) du XXe siècle.
Chloé Conant (maître de conférences en Littérature comparée, Université de Limoges) : Les photos d’écrits de Sophie Calle : une « archéologie du présent ».
« Archéologie du présent » : c’est ainsi que son ami Paul Auster qualifie le travail de l’artiste Sophie Calle. Elle utilise la photographie et le texte pour ses ½uvres, et articule ainsi avec une grande ambiguïté reportage et fiction. Ses récits sont parsemés de photographies de courriers, de pages d’écrits intimes, de notes de travail, de papiers divers (de sa main ou non). Les fonctions de ces aperçus manuscrits sont multiples : ils peuvent être des souvenirs, des preuves, des documents…
Comment sont-ils exploités dans le cadre de cette démarche artistique qui mêle vérité et mensonge, autobiographie et indiscrétion ? Seront évoqués en particulier : (le tout publié chez Actes Sud) : Les Dormeurs, A suivre…, L’Hôtel, Gotham Handbook (ces ouvrages font également partie du coffret Doubles-Jeux), Des Histoires vraies, Fantômes (fait également partie du coffret L’Absence), Douleur exquise.
Cf. Sophie Calle. M’as-tu vue, Éd. Xavier Barral, 2003. [catalogue de l’exposition du Centre Pompidou] Sophie Calle. M’as-tu vue. Parcours pédagogique pour les enseignants [dossier en ligne] http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-calle/ENS-calle.html
Mathieu Pernot (Photographe, artiste) : Le grand ensemble
Mathieu Pernot présentera son dernier travail, Le grand ensemble, dans lequel il interroge les usages et les valeurs portés par certaines représentations de «l’urbanisme moderne». Des photographies d’implosion d’immeubles sont confrontées à des cartes postales de ces quartiers pour reconstituer une histoire du regard porté sur ces lieux. L’auteur a également investi les textes figurant au dos des cartes. À l’origine souvent commentaires des images, les textes s’en émancipent pour former une pièce de littérature mineure, où le comique se mêle au tragique, le souvenir individuel à la mémoire collective.
22 mai : Delphine Gardey (Univ. Paris-VIII) : Enregistrer la parole, instituer un espace public démocratique : la sténographie parlementaire (1848-2004).
12 juin : à préciser.
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie de l'écriture
Réception : Béatrice Fraenkel.
Niveau requis : atelier ouvert à tous.
Adresse(s) électronique(s) de contact : fraenkel(at)ehess.fr , bustarret(at)ens.fr
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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