S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
Lundi de 15 h à 19 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2007 au 18 février 2008
La décomposition offerte par les régimes d’engagement, de l’intime au public, sera mise à contribution pour une analyse critique des grammaires libérales et des résistances qu’elles rencontrent, condition du renouveau de la critique et de ses fondements.
Communautés. Nous examinerons les rapports entre les grammaires libérales du politique et les utilisations de la coordination marchande, ainsi que les tensions que font peser des exigences fortes de standardisation accompagnant un gouvernement par les normes. Comparant les architectures de la mise en commun (États-Unis, Europe de l’Ouest, Russie), nous examinerons la place des grammaires libérales dans l’intégration communautaire, et les tensions avec d’autres constructions du commun. Nous considérerons les relations complexes entre grammaires libérales et formats d’information, notamment le rôle des variables statistiques et des indicateurs impliqués dans les délibérations et prises de décision.
Personnalités (avec le concours d’Olivier Abel). Nous étudierons la visée émancipatoire d’autonomie ainsi que les formations de la personne aux grammaires libérales. Nous nous appuierons pour cela sur les équipements et méthodes contribuant à la mise en cohérence de la personne : constructions statistiques caractérisant des personnes, méthodes d’enquête biographique, journaux ou écrits autobiographiques, figurations fictionnelles, usages des nouveaux équipements et techniques de communication.
Mots-clés : Culture, Droit, normes et société, Économie, Histoire des sciences et des techniques, Mouvements sociaux, Politique, Sociologie, Techniques,
Aires culturelles : Amérique du Nord, France, Russie,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)
Domaine de l'affiche : Sociologie
Intitulé général : Sociologie pragmatique de la politique et de la morale
Renseignements : Laurent Thévenot
Direction de travaux d'étudiants : envoi du dossier par courriel
Réception : sur rendez-vous par courriel
Niveau requis : nécessité d'un projet écrit pour M2
Site web : http://gspm.ehess.fr/document.php?id=384
Adresse(s) électronique(s) de contact : thevenot(at)ehess.fr
Le séminaire s’est centré sur le déploiement des grammaires politiques libérales dans leurs conséquences sur les constructions de communautés et de personnalités, ainsi que dans leurs effets sur la critique.
Après avoir examiné les conséquences d’une réification de la construction politique libérale du public dans une figuration des conflits d’intérêts individuels qui domine les sciences politiques, ainsi que les deux approches contradictoires du pouvoir comme abus (tradition critique) ou comme capacité (empowerment), on a considéré plusieurs lieux de rencontre du libéralisme politique avec des engagements qui le mettent en tension.
Le premier est celui des convictions, notamment religieuses, qui risquent d’attacher trop profondément la personne pour qu’elle se grandisse dans un individu-en-public suffisamment détaché pour transformer ces attaches en opinions susceptibles d’être portées en public comme des choix, et tolérées. Des séances organisées avec Olivier Abel ont permis d’examiner la tolérance chez Bayle qui reconnaît, lui, la place aux attachements nous limitant et ne pouvant être rompus, et le revers du consentement libéral à la liaison (Milton) réalisé dans la déliaison de la rupture qu’Abel a associé au pardon.
Une autre frontière agitée est celle de la violence. Dans le prolongement des liens tissés avec des chercheurs brésiliens et notamment Luiz Antonio Machado da Silva (IUPERJ, Rio de Janeiro) qui dirige un programme de recherches sur la violence, Marcia Leite est venue présenter son travail sur « Violence, sociabilité et action collective dans les favelas de Rio de Janeiro ». On a discuté notamment l’apport de modèles libéraux de la part de mouvements évangéliques nord-américains qui se substituent aujourd’hui au catholicisme social antérieurement présent dans les favelas.
L’articulation nouvelle et non dénuée de tensions entre autonomie et objectivité, ou preuve, qui est un thème récurrent du séminaire autour du « gouvernement par les normes » a été éclairée par les interventions de Nicolas Dodier sur le monde médical et le traitement du sida, et de Romuald Normand sur le « gouvernement européen par les normes et les politiques de la preuve [evidence-based policies] ».
Enfin la thématique de la démocratie participative, marquée par les grammaires politiques libérales, a été largement abordée à partir de divers terrains. La marque libérale sur la configuration du public gêne la compréhension de traits propres à de nombreuses mobilisations contemporaines qui prennent appui sur un ancrage local et des engagements de proximité, non sans susciter des tensions et conflits avec les exigences du public. Autour du séminaire, les échanges se sont renforcés avec des chercheurs italiens particulièrement avancés sur ces questions et travaillant en liaison avec le laboratoire Sui Generis dirigé par Ota de Leonardis à l’Université Milan Bicocca. Tommaso Vitale, l’un des artisans de la nouvelle revue académique de sciences politiques et sociales, « Participazion e conflitto », est venu parler d’une de ces mobilisations milanaises de très longue date autour de l’hôpital psychiatrique. Laurent Thévenot a été invité par Ota de Leonardis à l’Université Bicocca, à l’occasion d’une journée à la mémoire de Mary Douglas « Stili di pensiero, valori e norme » et du lancement de la nouvelle revue sous le patronage de Alessandro Pizzorno. Une invitation à l’Université de Bologne de la part de Vando Borghi et Riccardo Prandini a prolongé ces échanges autour des transformations des mobilisations sociales, et des politiques sociales se référant à des catégories clés du libéralisme.
Une autre perspective de coopération autour du renouveau de la critique a orienté une rencontre à la New School for Social Research (New York) « New perspectives on critique : project for a transatlantic collaboration » entre chercheurs du GSPM et chercheurs américains travaillant dans une tradition critique (Arjun Appadurai, Paul Rabinow, Janet Roitman, Ann Stoler, notamment). La participation à une autre rencontre internationale « Pragmatism, practice theory and social change », organisée par Craig Calhoun à l’Institute for Public Knowledge (New York University), a été l’occasion d’approfondir les relations entre une tradition continentale de sciences sociales critiques et l’héritage du pragmatisme américain plutôt apparenté à une grammaire libérale du public.
Publications
• « The plurality of cognitive formats and engagements : moving between the familiar and the public », European journal of social theory, vol 10, n° 3, août 2007, p. 413-427.
• « От близост към публичност. Архитектурата на режимите на ангажиране ». Социологически проблеми, 1-2 2007, p. 131-152.
• « La mise en place d’un gouvernement par les normes à l’échelle européenne », dans L’Europe de l’éducation : entre management et politique, sous la dir. de Derouet Jean-Louis et Normand Romuald, Lyon, Institut national de la recherche pédagogique et école supérieure de l’éducation nationale, 2007, p. 55-62.
• « Reconnaissances : avec Paul Ricœur et Axel Honneth », dans La quête de reconnaissance. Regards sociologiques, sous la dir. de Caillé Alain, Paris, La Découverte, 2007, p. 269-283.
• « Les sciences économiques et sociales et le droit : quels biens reconnus, pour quelles évaluations ? », dans Efficacia e diritto del lavoro, sous la dir. de Lyon-Caen Antoine et Perulli Adalberto, Padova, Cedam, 2008, p. 65-97.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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