2007-2008

Penser l'urbanité

  • Sylvaine Bulle, maître de conférences à l'Université de Saint-Étienne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Premier et troisième lundis du mois de 13 h à 15 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 21 janvier 2008 au 16 juin 2008. Séances supplémentaires le 14 avril (même heure, même salle) et le 9 juin (même heure, salle 2)

Le séminaire est consacré à l’étude des notions, concepts et outils  d’analyse qui permettent de construire une thématique de « l’urbanité » dans une approche pragmatique faisant place notamment à l’idée de situations et d’action. Le séminaire s’attache particulièrement aux situations de dispute territoriale (territoires fragilisés aux populations déplacées au Moyen Orient, villes clôturées, mais également montée du bien privé dans les villes européennes) à partir desquelles peuvent être posées des questions propres à l’urbanité contemporaine tenant à la reconnaissance ou la réciprocité des êtres dans des situations de confrontations ou de urbaines et sociales. On tentera de spécifier la singularité de certaines notions ou figures propres aux situations urbaines et territoriales comme celle de la contiguité, de la proximité et du proche, celle de l’accessibilité urbaine et de les cadrer par rapport à l’horizon du vivre ensemble dans les sociétés contemporaines.

Aires culturelles : France, Transméditerranée,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Renseignements : Sylvaine Bulle 35 rue Massue 94300 Vincennes tel : 0143651260

Niveau requis : master 1.

Adresse(s) électronique(s) de contact : sbulle(at)club-internet.fr

Compte rendu

Le séminaire a poursuivi une exploration de l’urbanité. La notion d’urbanité, telle que nous l’avons explicité tout au long des séances (douze) ne part pas d’une entité générale et spatiale (la ville) mais examine les formes d’individuation, les agencements et interactions permises dans la texture sociale et urbaine contemporaine. Une sociologie de l’urbanité déplace donc la perspective d’une sociologie urbaine « critique » en se situant dans celle d’une sociologie pragmatique ou interactionniste au sens où ces approches renoncent, dans leur démarche descriptive et analytique, aux figures normatives de la discipline, traitant habituellement des faits urbains et territoriaux à partir du filtre des classes sociales, des logiques institutionnelles segmentaires ou inégalitaires.
À partir de plusieurs axes (appuyés sur des concepts, des lieux et personnes faisant appel à des invités), le séminaire a rassemblé les premiers domaines scientifiques de compréhension d’une urbanité telle que celle-ci peut être figurée à partir des registres de la contiguïté, de la familiarité, de la civilité, tels qu’ils s’éclairent mutuellement dans les actions citadines ou les espaces métropolitains.
En trouvant des voies de passage entre expérience urbaine et expérience sociale, individu et environnement, domaine privé et public, la ville a été pensée à partir d’un socle conceptuel et scientifique qui demande à être enrichi : comme lieu de connaissance processuelle, où les territoires sont abordés d’abord comme univers d’interactions et de communication, d’instabilité et d’intrusion et où, ensuite, sont posées des questions propres à la capacité des personnes, à la décence urbaine au XXIe siècle.
Le premier axe du séminaire s’est appuyé et a développé les apports pragmatistes (James) et des sociologues de l’École de Chicago (Simmel, Park, Goffman notamment), et par ce biais a éclairé les fondements théoriques de l’urbanité privilégiant le caractère distributif des relations et l’armature réticulaire et interactionnelle de la ville, tels qu’ils engendrent des processus d’hybridation, de rencontre et une irrégularité des cultures urbaines.
À partir d’exposés sur le cas de Beyrouth, New York, Jérusalem et en prenant appui sur un corpus théorique, nous nous sommes interrogés ensuite (deuxième axe du séminaire) sur des figures (comme l’étranger ou l’intrus) ou des formes sociales plus précises de l’urbanité (la migration, la précarité) telle qu’elles rassemblent ou dispersent les identités, permettent ou non l’apparition de scènes urbaines ouvertes. Le troisième axe du séminaire a interrogé à partir du cas de Caracas, Paris, Milan et de leurs politiques urbaines normatives (gentrification, patrimonialisation) les relations entre domaine privé et vie urbaine, au sens où le voisinage (de la rue à l’entre soi) donne lieu à des capacités humaines, des engagements dans le proche pouvant déboucher sur une des « politiques ordinaires » de la ville (Joseph) ou sur des enjeux de débat public.
Les enjeux de ces interrogations relevées à partir d’interventions scientifiques ou de travaux des étudiants sont aussi moraux et politiques au sens où du voisinage aux scènes publiques, des conflits privés au domaine public, de la « gated community » au réfugié ou sans abri, se posent dans la ville du XXIe siècle moins la question de l’achèvement d’une agora urbaine que celle de l’accommodation réciproque de différents fragments humains et urbains.
Le séminaire ouvre donc d’une part la perspective d’une sociologie de l’action organisant les liens entre expérience ordinaire et civilité, décence « vernaculaire » et monde commun. D’autre part se pose la question d’une axiologie propre à la connaissance d’une urbanité contemporaine reconnaissant les capacités et les compétences des citadins, leur contre-cadrage (Goffman) devant le cadrage normatif des politiques publiques et urbaines.
Enfin, apparaît une perspective de réflexion adjacente jusqu’ici peu explorée : celle de la « composition » des biens urbains et architecturaux, associant habitants et professionnels prenant appui sur les politiques urbaines ou leurs critiques. S’ouvre alors la possibilité de lire la ville en tant que problème public engendrant troubles et épreuves de civisme ou d’égalité, ou du bien vivre et revisitant les catégories de l’action des professionnels (architectes, urbanistes).

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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