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Deuxième et troisième lundis du mois de 11 h à 13 h (salle 10, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 12 novembre 2007 au 16 juin 2008
Il y en a trop dans ce monde. Trop de quoi ? Trop de tout : de races de chiens, d’illusions, d’historiens, d’excellentes raisons de ne pas faire ceci et cela… Longtemps, le séminaire avait traité le trop-plein humain exclusivement sous l’angle cognitif : le cerveau nous permet de déléguer à d’autres un nombre croissant de tâches relevant de la survie matérielle. Le gros de l’aristocratie neuronale est dispensé de la lutte pour l’existence. Le néocortex s’ennuie, à nous de le divertir en produisant du « Toujours plus ! ». Notre nouveau chantier : la généalogie du Selfish Brain. Pour ce faire, on fera appel à la théorie de l’Évolution mise à jour par l’Evo Devo, alliance entre génétique, embryologie, paléontologie et écologie. Cette machine à remonter le temps nous transportera quelque 600 millions d’années et nous permettra d’assister à l’émergence des Bilatériens (organismes ayant tête et queue). On suivra l’histoire des appendices (excroissances du tronc) ; des Tétrapodes (bêtes à quatre pattes) ; la bipédie et l’état bimane. On relira le concept évolutionnaire de co-option (adaptation d’un trait biologique préexistant à une nouvelle fonction), Homo sapiens l’appelle potentiel, qui ne cesse de pousser ses limites et celles de ses voisins. On privilégiera deux caractéristiques de notre espèce, l’altricialité secondaire et la néoténie. L’homme se distingue par une longue croissance après naissance et un retard dans le développement de la taille du cerveau (à peine 25 % de sa taille adulte). En découle notre néoténie exacerbée, soit la conservation de caractéristiques juvéniles chez l’adulte. Vu par le reste du monde vivant, l’homme est un éternel enfant. Protégé, vacciné, couvé, ses gîte et couvert assurés, Homo ludens peut s’adonner à la curiosité en toute impunité. Le trop est tout près.
Mots-clés : Corps, Morphologie, Philosophie, Sciences, Sciences cognitives,
Aires culturelles : Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Philosophie et épistémologie
Intitulé général : Philosophie naturelle
Renseignements : Daniel S. Milo, 35 Dov Hoz, Tel Aviv 63416, Israël, tél. : 972 3 5231918
Site web : http://www.toomuch.us/ABCDSM/
Adresse(s) électronique(s) de contact : dsmilo(at)gmail.com
Depuis son lancement en 1988, le séminaire (il portait alors le titre « Lire ») tourne autour du thème « trop ». Son point de départ n’a pas varié, c’est la conviction qu’il y a trop de choses dans ce monde, trop de mots, trop de pensées, trop de sentiments. L’homme fabrique trop de races de chiens, trop de modèles de voitures, trop d’informations. Et partout il y a trop de profs et trop d’élèves. Quand il s’agissait de penser l’histoire, j’ai préconisé de soumettre les sources à un régime draconien pour qui cherche à faire sens du passé. Cela a donné un manifeste intitulé « Pour une gaie histoire » et plusieurs colloques qui ont accouché d’un ouvrage collectif, Alter histoire. Essais d’histoire expérimentale. Une fois l’histoire délaissée et la philosophie retrouvée, le « toujours moins » est devenu LE mot d’ordre. Mon livre Clefs a pour devise : « Que mes clefs deviennent verrous ». Autrement dit, les clefs que le philosophe obsédé par la surabondance forge ne servent pas à ouvrir des portes mais à en fermer pour de bon.
Plus j’avançais dans le djihad anti-trop, plus clairement se dessinait le profil-robot du coupable : la glande qui nous a poussé sur le cou. L’homme est un animal qui produit du trop à la pelle à cause de son cerveau hypertrophié. Un site Internet, www.toomuch.us, une sorte de musée philosophique interactif, est venu célébrer ce modèle. Affaire close.
À ceci près qu’il faille toujours expliquer l’existence d’un organe aussi absurde. L’homme a beau divorcer de la nature, la nature participe toujours à sa fabrication. Un nouveau cap se présentait à moi, car cette question relève évidemment de la théorie de l’évolution. Comment la sélection naturelle pouvait-elle « se tromper » à ce point ? Or l’idée d’un organe qui dessert son propriétaire, et pas n’importe lequel, le cerveau n’est quand même pas l’appendice, semble incompatible avec le paradigme biologique. Il fallait plonger dans le darwinisme.
2007-2008 peut être considérée comme une année préparatoire. Elle a en effet préparé un des thèmes qui vont dominer le séminaire 2008-2009 (et bien au-delà), à savoir « l’altricialité secondaire et ses effets pervers ». Nous avons découvert que l’évolution du cerveau, depuis la séparation de notre lignée de celle des chimpanzés il y a plus de cinq millions d’années, constitue une terrible aberration. Pourquoi terrible ? Parce que cette glande qui allait croissant réduisait nos divers ancêtres, que ce soit Homo habilis ou Homo erectus, au statut d’espèces en voie d’extinction ; tous se sont en effet éteints, tous sauf Homo sapiens sapiens. Et encore : jusqu’il y a quelque soixante mille ans, en Afrique la démographie de ce dernier battait de l’aile alors que celle de Pan troglodytes prospérait. La raison en est presque trop simple : plus grand devenait le crâne de l’embryon « humain », plus tôt se devait de l’accoucher la mère pour qu’il parvienne à s’en extirper vivant. Or plus tôt le petit homme venait au monde, plus il était en danger de mort. Le cercle vicieux ! Qu’on se le dise : « nous sommes tous nés prématurés ».
De cet accident d’évolution résulte le principal trait distinctif de notre espèce : l’altricialité secondaire. L’homme naît avec un cerveau infiniment plus immature que celui de tous les autres animaux, et sa croissance se poursuit pendant un minimum de dix années. Il n’y a pas plus vulnérable, plus frêle que le nouveau-né humain, en plus son état vulnérabilise la famille entière. D’où la grande mortalité infantile et maternelle qui devait caractériser notre lignée jusqu’il y a vingt ans ; qui la caractérise toujours dans les pays sous-développés. D’où le potentiel énorme, terrifiant d’une créature dont 75 % de la croissance cognitive se passe en interaction avec les adultes et avec l’environnement.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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