2007-2008

L'ethnicisation du social

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 13 h à 15 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 8 novembre 2007 au 29 mai 2008

Au cours de ce séminaire, on s’efforcera de reprendre la vieille question de l’ethnie envisagée à la fois dans des contextes exotiques et domestiques. Il s’agira notamment de se demander si le traitement des cultures lointaines en termes de race, d’ethnie et de culture n’est pas l’effet d’une stigmatisation préalable de certains groupes par les États européens et d’interroger symétriquement les thèses qui voient dans la solution finale la continuation des politiques menées par les puissances coloniales. On se demandera également, en liaison avec la thématique de la mondialisation, si les phénomènes d’ethnicisation que l’on peut observer un peu partout en Europe ne sont pas en train de remodeler de fond en comble l’architecture de ces sociétés.

Mots-clés : Anthropologie,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Anthropologie et historicité

Renseignements : Véronique Poullet, 105 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 53 63 51 09

Direction de travaux d'étudiants : lundi et jeudi après-midi, bureau 805, EHESS, 54 bd Raspail, 75006 Paris

Réception : les lundi, mardi et jeudi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h, sur rendez-vous les mercredi et vendredi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h, bureau 6, EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris.

Niveau requis : nécessité d'obtenir l'agrément de l'enseignant pour les étudiants libres. Séminaire destiné aux étudiants de M2.

Adresse(s) électronique(s) de contact : anthropologie(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire de cette année a consisté : 1) en un forum de discussion faisant intervenir les principaux chercheurs en sciences sociales parties prenantes au débat de société français concernant les différents usages de l’enregistrement ethnique du social, et donc notamment la question brûlante des statistiques ethniques ; 2) en un examen du devenir du raisonnement ethnique dans des contextes européens ou exotiques.
Pour Jean-Loup Amselle, la question de l’ethnicisation du social ne peut être envisagée indépendamment des deux grands courants d’idées qui structurent le panorama intellectuel contemporain : le postmodernisme et le postcolonialisme. C’est dans la perspective du « fragment » postmoderne et de ses avatars postcoloniaux qu’il faut situer selon lui le déclin des récits républicain et de classes ainsi que l’émergence d’un discours ethnique dans la France d’aujourd’hui. Les différentes interventions se sont partagées entre celles des partisans d’un comptage ethnique (R. Castel EHESS, M. Wieviorka EHESS, D. et É. Fassin, EHESS et École normale supérieure, P. Simon INED) et celles des opposants à la prise en compte des spécificités raciales et culturelles (M. Tripier, Paris-VII, A. Blum, EHESS, B. Hazard), tout en débordant largement la cadre de cette opposition. M. Doytcheva (Lille-III) a ainsi montré que certaines municipalités de la région parisienne, tout en respectant officiellement le « voile d’ignorance » républicain, pratiquaient dans les faits une certaine dose de discrimination positive en finançant des associations à caractère national. Pour sa part, N. Green (EHESS) a mis en lumière les tenants et les aboutissants intellectuels et politiques de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, thématique qui a trouvé un prolongement avec l’exposé que M. Renault a consacré à l’œuvre de F. Fanon.
Dans le domaine étranger, qu’il s’agisse des sociétés européenne, américaine ou des sociétés exotiques, plusieurs exposés ont mis en évidence l’importance du facteur ethnique ou racial dans la structuration de l’espace social. Dans le cas italien, les exposés de F. Pompeo (Rome-III) ont resitué l’apparition de la thématique du multiculturalisme, et des essentialisations qu’elle occasionne, dans le cadre de l’histoire intellectuelle et de l’histoire tout court de ce pays. De même ont été pointées les discriminations raciales dont sont victimes les élèves roms dans l’enseignement hongrois (V. Kiss) ainsi que la transformation de certaines catégories religieuses (musulmanes) en catégories ethniques au Cambodge (E. Stock). Enfin, F. Souvignet a examiné l’émergence de la catégorie d’« art africain contemporain » à la lumière de son expérience nord-américaine et de la façon dont les collectionneurs privés afro-américains avaient anticipé la reconnaissance institutionnelle de cette forme d’art tandis qu’I. Bargna (La Bicocca, Milan) s’est consacré à cerner l’ampleur du mythe primitiviste dans la perception que l’on peut avoir de l’art tribal africain et de ses transformations actuelles.

Publications
• « Mestissatge, Connexio i triangulacio de cultures », Revista d’ethnologia de Catalunya, n° 30, p. 81-89, 2007.
• « Dal métissage alla connesione », dans La società di tutti, Multiculturalismo e Politiche dell’identità, sous la dir. de F. Pompeo, Rome, Meltemi, 2007, p. 79-93, 2007.
• « La facture postcoloniale », Lignes, n° 23-24, novembre 2007, p. 160-179.
• Sous la dir. de J.-L. Amselle et E. M’Bokolo, L’invenzione dell’etnia, Roma, Meltemi, 2007.
L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes, Paris, Stock (« Un ordre d’idées »), 2007.
• « Un pôle de radicalité », Lignes, n° 25, 2008, p. 35-50.
• « Retour sur l’invention de la tradition », L’Homme, 2008, p. 185-186.
• « Le musée du quai Branly au prisme du primitivisme », Africa e mediterraneo, n° 62, 2008, p. 17-20.
• « Préface » à Marie-Aude Fouéré, Les relations à plaisanterie en Afrique, discours savants et pratiques locales, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 9-11.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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