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Jeudi de 15 h à 17 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 22 novembre 2007 au 7 février 2008
Les mouvements au nom de l’autochtonie ont acquis depuis les années 1970 une visibilité croissante. Engagés dans des luttes de décolonisation, nationalistes et souverainistes, les peuples autochtones portent leurs revendications à l’autodétermination et à la reconnaissance de droits spécifiques sur les scènes nationales et internationale. Au niveau international, ces luttes se font à travers la formation de réseaux autochtones et l’affirmation de leurs droits et de l’importance de la culture des Premiers Peuples face au reste du monde. Les travaux de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur la définition des droits des peuples autochtones sont révélateurs de l’importance globale des enjeux de la catégorie « peuples autochtones », tant aux plans politique que juridique et constituent à cet égard un aspect majeur des phénomènes de mondialisation. Au niveau national, les populations autochtones engagent des relations avec les États et les populations majoritaires, dans le cadre de configurations spécifiques héritées de la période coloniale et de contextes de minorisation situées historiquement et géographiquement.
L’objectif de ce séminaire est de faire se rencontrer chercheurs et spécialistes de ces questions, en l’absence dans le contexte français d’un champ « études autochtones » proprement constitué. On y explorera les rapports entre contextes nationaux (français, canadien, états-unien, etc.) et production scientifique relative aux recherches sur les autochtones, notamment par une réflexion sur l’influence des terrains ethnographiques, des positionnements épistémologiques, théoriques et méthodologiques sur la théorisation. Il s’agira d’explorer les différentes façons dont les populations autochtones se représentent sur les scènes nationales et internationales en analysant les pratiques rhétoriques et les processus de catégorisations qui sont à l’œuvre dans les discours sur l’autochtonie et les représentations de soi comme autochtones. Il s’agira aussi de voir comment, dans quels contextes et à quelles fins, différentes populations s’identifient comme autochtones, articulent des revendications en termes d’autochtonie et se mobilisent dans ces mêmes termes. Il s’agira aussi d’explorer comment le « nous » est défini historiquement et comment il est pensé dans son rapport avec la population dominante
Il s’agit d’un séminaire ouvert aux chercheurs comme aux étudiants, dans lequel seront discutés des textes de référence et invités des chercheurs français et étrangers qui exposeront leurs travaux.
Jeudi 22 novembre : Séance d’introduction générale du séminaire, par les organisateurs.
L’autochtonie : une catégorie en développement ? Natacha Gagné (Université d’Ottawa et Iris)
Jeudi 29 novembre : La souveraineté à l’épreuve de l’autochtonie. Natacha Gagné (Université d’Ottawa et IRIS), Marie Salaün et Christine Demmer (CREDO)
Jeudi 13 décembre : Le backlash contre les droits autochtones : enjeu intellectuel, enjeu politique. Jonathan Friedman, Natacha Gagné et Marie Salaün
Jeudi 10 janvier : Les Nations-Unies et la question autochtone : les enjeux de la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones. Irène Bellier (LAIOS)
Jeudi 24 janvier : Patrimoine autochtone et droits de la propriété intellectuelle en débat. Isabelle Schulte-Tenckhoff (IUED, Genève)
Jeudi 7 février : Présentation de l’ouvrage collectif Le Défi indigène, sous la direction de Barbara Glowczewski et Rosita Henry, Aux lieux d’être, 2007, par deux des co-auteurs de l’ouvrage : Stéphane Lacam-Gitareu et Martin Préaud
Mots-clés : Anthropologie, Coloniales (études), Mouvements sociaux, Politique, Sociohistoire,
Aires culturelles : Afrique, Amérique du Nord, Amériques, Contemporain (anthropologie du, monde), Europe, Océanie, Transnational/transfrontières,
Adresse(s) électronique(s) de contact : iris(at)ehess.fr
Cette année, inaugurale, a vu l’organisation de six séances, de novembre à février. Ce séminaire avait pour objectif de faire se rencontrer étudiants, chercheurs et spécialistes des questions relatives aux peuples autochtones », en l’absence dans le contexte français d’un champ « études autochtones » proprement constitué.
Il a débuté par une présentation, par Natacha Gagné, de l’historique de l’émergence de la catégorie des « peuples autochtones » en droit international. L’introduction du séminaire a notamment permis d’explorer les différentes façons dont les populations autochtones se représentent depuis une trentaine d’années sur les scènes nationales et internationales en analysant les pratiques rhétoriques et les processus de catégorisations qui sont à l’œuvre dans les discours sur l’autochtonie et les représentations de soi comme autochtones. Il s’agissait de saisir comment le « nous » autochtone, interprété historiquement et pensé dans son rapport avec la population dominante, a été le catalyseur de revendications qui ont progressivement gagné en légitimité aux yeux de la communauté internationale.
Parce qu’elles sont éminemment des combats politiques, les mobilisations autochtones ont ensuite été replacées dans le contexte plus vaste des luttes « souverainistes » indigènes, à partir de la lecture de l’introduction de l’ouvrage de Joanne Barker, Sovereignty matters. Locations of contestation and possibility in indigenous struggles for self-determination (University of Nebaska Press, 2006) et d’un exposé de Christine Demmer sur le changement de stratégie politique qu’a constitué la naissance récente, en Nouvelle-Calédonie, d’un mouvement autochtone en marge du mouvement indépendantiste kanak.
Le séminaire s’est poursuivi par une présentation, à partir de l’article d’Adam Kuper, « The return of the native » (Current Anthropology, volume 44, 3, 2 003) et des réponses auxquelles cet article polémique a donné lieu. Nous avons interrogé le sens et la portée du mouvement actuel de ressac (backlash) contre les droits autochtones, tel qu’il s’observe au sein d’États dans lesquels les luttes autochtones ont été pionnières (USA, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande). La conclusion en a été qu’il est impératif d’historiciser les relations que les populations autochtones engagent avec leurs États respectifs, et les populations majoritaires, dans le cadre de configurations spécifiques héritées de la période coloniale et de contextes de minorisation situées historiquement et géographiquement.
Il a ensuite accueilli Irène Bellier (LAIOS) pour un exposé « Les Nations Unies et la question autochtone : les enjeux de la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones » qui a introduit une discussion sur l’importance globale des enjeux de la catégorie « peuples autochtones » aux Nations Unies, tant aux plans politique que juridique, et qui constitue à cet égard un aspect majeur des phénomènes de mondialisation. Le professeur Isabelle Schulte-Tenckhoff (IUED, Genève) a présenté ses travaux sur la question du patrimoine autochtone et droits de la propriété intellectuelle. L’évocation des débats auxquels cette question donne lieu a été l’occasion d’interroger la notion de « droit collectif », souvent contradictoire avec des droits nationaux qui donne la prévalence, voire l’exclusivité au droit des individus. La dernière séance a été consacrée à la présentation de l’ouvrage Le défi indigène – entre spectacle et politique (sous la dir. de Barbara Glowczewski et Rosita Henry, Aux lieux d’être, 2008) par deux des contributeurs de ce recueil Stéphane Lacame et Martin Préaud, qui sont venus présenter des pratiques créatives actuelles d’Aborigènes australiens transposant sur la scène de l’art et de la performance leurs territoires existentiels et leurs revendications politiques.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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