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Lundi de 11 h à 13 h (Maison de l'Asie, salle de conférences, rez-de-chaussée, 22 av du Président-Wilson 75016 Paris), du 29 octobre 2007 au 11 février 2008
Que devient Séoul, capitale coréenne pluricentenaire, lorsque soumise au jeu de forces de la colonisation japonaise (1910-1945) ; lorsque deux populations (70 % de Coréens) nourries de modernisme nationaliste doivent l’une contre l’autre faire face aux mobilisations impérieuses et hésitantes de l’État colonial ?
Dans la ville, le déni de colonisation — statut juridique indifférencié — se décline en réalités plus critiques — violence, racisme — ou plus opaques — règles, classements — pour donner naissance à une morphologie originale — territoires, paysages, réseaux ; guider les tactiques quotidiennes d’interaction — frontières, évitements, affrontements ; engager des stratégies mobiles : lignages et contre-enquêtes côté coréen ; exhibition cérémonielle et instabilité réglementaire côté japonais.
Le lundi 17 décembre 2007, dans le cadre du séminaire d’Alain Delissen, en présence de Jérôme Bourgon (CNRS, IAO, Lyon) Marie Kim Seong-hak, professeur à l’Université d’État de Saint-Cloud (Minnesota) donnera une conférence sur le sujet : « Droit coutumier et colonialisme : la construction de la justice moderne en Corée »
L’introduction du droit occidental en Corée est peut-être l’héritage le plus durable de la colonisation japonaise (1910-1945). Sans aller jusqu’à naïvement s’imaginer que la loi sert une quelconque mission civilisatrice du colonialisme, on ne peut que constater que les lois de la Corée après l’indépendance sont d’une manière profonde issues de l’expérience coloniale. Ainsi, les institutions judiciaires établies pendant la période japonaise demeurent encore aujourd’hui largement intactes en Corée.
On conçoit que l’idée que la modernité de la justice en Corée ait résulté du colonialisme soit une véritable quaestio vexata pour les historiens coréens. La réforme imposée par le pouvoir colonial peut-elle jamais être un bienfait pour la nation ? En conséquence, l’histoire judiciaire coloniale est fort mal connue, à l’exception des aspects opprimants du droit pénal, parce que les systèmes juridiques de cette période symbolisent les instruments d’une répression sévère et efficace.
Cependant, le développement de la loi et des institutions coloniales n’a pas seulement été oppressif ou arbitraire au temps de la domination japonaise. Disons-le même : en comparaison des impérialismes européens, l’autorité japonaise a, semble-t-il, été remarquablement et précocement efficace dans l’établissement de systèmes modernes de justice. C’est pourquoi la présente recherche se propose d’étudier la modernisation de la justice civile en Corée coloniale d’un point de vue qui se veut objectif et non soumis aux pressions idéologiques. Cela est possible, parce que la réforme du droit civil a été moins attachée aux exigences de la domination coloniale. Toutefois, on l’aura compris, ce champ de recherches est difficile, sinon périlleux, à aborder, du fait de l’historiographie nationaliste dominante, massivement politique et intrinsèquement antijaponaise. Nous estimons pourtant nécessaire de nous y engager sans nous condamner à l’interroger à travers la logique binaire répression ou exploitation versus résistance.
Mots-clés : Coloniales (études), Géographie, Histoire, Sociohistoire, Spatialisation, territoires, Urbaines (études),
Aires culturelles : Asie orientale, Corée, Japon, Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie
Intitulé général : Histoire de la Corée moderne
Renseignements : contacter Alain Delissen.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, demandé à Alain Delissen.
Niveau requis : Projet de recherche écrit et entretien préalable à toute inscription.
Site web : http://crc.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : delissen(at)ehess.fr
À la mesure d’un public riche en étudiants nouveaux, le séminaire a pris le parti assumé d’une série de mises au point méthodologiques consacrées aux quotidiens coloniaux coréens – sources au rendement élevé pour qui s’intéresse à l’histoire sociale du Séoul colonial. Il s’est donc trouvé harmonieusement entrelacé aux conférences du professeur Jun Bong-gwan (KAIST), invité en janvier, qu’une fréquentation assidue de ces mêmes matériaux conduit à la pratique littéraire du storytelling. Il y fait mieux cependant qu’alimenter le public en « petites histoires ». Par la bande, il force l’introduction de nouveaux objets (argent, agioteurs, meurtres, scandales sexuels) qui peinent à figurer au registre de l’histoire légitime en Corée du Sud. Dans sa première partie, le séminaire a abordé la question du traitement des corpus massifs de sources sérielles. On y a moins insisté sur les problèmes classiques de lecture (échantillonnages) et de traitement (traduction) que sur ceux, plus neufs, que posent leur numérisation et mise à disposition en ligne. Sur ce plan, l’abolissement magique de la distance Paris-Séoul déplace les difficultés. À partir de cas, on a testé les décalages (biais de sélection, décontextualisation, erreurs) entre sources originales et documents numérisés. Le séminaire s’est surtout centré sur l’examen critique des outils intermédiaires sensés rendre commode l’accès aux sources sérielles. En bref, il a été consacré aux index et à l’indexation. On s’est livré à une comparaison des outils disponibles (index papier du quotidien Donga ilbo, série d’index (Chosun ilbo, Maeil sinbo) publiés par l’Institute of Seoul Studies). On les a ensuite rapportés, lorsque disponibles, aux outils de recherche qui escortent les bases de données en ligne. La rigidité de classement des index papier – une seule position thématique par item – pourrait signifier leur désuétude face à la puissance libre d’une recherche par les mots. Au final et pour la période travaillée, le combat est cependant moins inégal qu’il n’y paraît. Outre de lancinants problèmes de standardisation orthographique, les difficultés de dénomination et de sémantique historique, même pour une histoire proche, génèrent leur lot d’angles morts. Seule la fréquentation des sources permet donc de bien situer l’efficacité des outils de recherche.
Publications
• « La Corée, perle de l’empire », L’Histoire, 333, juillet-août 2008, p. 70-73.
• « Carrefour historique, carrefours historiographiques : les nouveaux passés de la Corée du Sud », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 88, octobre-décembre 2007, p. 20-25.
• « La Nouvelle bataille des Falaises rouges. À propos du Manuel commun Chine-Corée-Japon », Vingtième siècle, 94, avril-juin 2007, p. 57-71.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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