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Jeudi de 14 h à 16 h (ENS, Campus Paris-Jourdan, 48 bd Jourdan 75014 Paris), du 8 novembre 2007 au 12 juin 2008
Dans le prolongement du séminaire des années précédentes, le séminaire tentera de réaliser une synthèse des principaux acquis de la recherche sur la théorie des liens sociaux. On rappellera la définition des différents types de liens qui rattachent l’individu à la société — le lien de filiation, le lien de participation élective, le lien de participation organique et le lien de citoyenneté — et leurs fondements anthropologiques. Après avoir évalué l’intérêt heuristique des concepts de « protection » et de « reconnaissance », on reprendra dans une perspective critique les travaux portant sur les formes contemporaines de l’entrecroisement des liens sociaux en distinguant notamment l’entrecroisement fermé « bonding » et l’entrecroisement ouvert « bridging ». Dans cette perspective, il s’agira également d’analyser, à partir de plusieurs exemples empiriques, les inégalités relatives à la force et à la faiblesse des liens sociaux au moment de la socialisation primaire et au cours de la vie. Une attention particulière sera accordée aux prédispositions, aux formes de rejet social et aux processus de dégradation statutaire.
Mots-clés : Sociologie,
Aires culturelles : Europe,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)
Domaine de l'affiche : Sociologie
Intitulé général : Sociologie des inégalités et des ruptures sociales
Renseignements : pour l'inscription pédagogique, envoi des dossiers à Serge Paugam, Équipe de recherche sur les inégalités sociales (ERIS), Centre Maurice-Halbwachs, 48 bd Jourdan 75014 Paris
Direction de travaux d'étudiants : jeudi de 16 h à 18 h
Réception : sur rendez-vous
Niveau requis : le séminaire s'adresse en priorité aux étudiants inscrits en doctorat ou en master 2. Il peut toutefois être suivi par des étudiants inscrits en master 1 ou en diplôme de l 'EHESS
Adresse(s) électronique(s) de contact : paugam(at)ehess.fr
Dans le prolongement du séminaire des deux années précédentes qui a porté sur la fragilité et la rupture des liens sociaux, le séminaire a tenté cette année d’élaborer le cadre analytique et conceptuel d’une théorie des liens sociaux. En s’inscrivant à la fois dans la perspective durkheimienne de la solidarité organique et en poursuivant l’analyse simmelienne de l’entrecroisement des cercles sociaux, le constat a été fait qu’une configuration élargie de liens sociaux renforce l’autonomie de l’individu, mais s’accompagne aussi de fragilités spécifiques. Elle exige des individus forts, capables de trouver en eux-mêmes et dans leur entourage les ressources pour faire face aux épreuves de la vie. Elle peut avoir pour effet d’abandonner les individus les plus défavorisés, ceux précisément qui étaient préservés par les avantages du groupe restreint.
Face au risque de perdre à la fois le respect et l’estime de soi dans une société ouverte et libérée, la tentation est grande pour certains de revenir à des modes plus communautaires d’organisation sociale et de se replier sur des formes identitaires traditionnelles. C’est la raison pour laquelle le parti pris a été de ne pas analyser le lien social sans référence à la pluralité des liens qui rattachent l’individu aux groupes et à la société dans son ensemble. Autrement dit, la transformation globale des sociétés se caractérise non seulement par une transformation du lien social, mais aussi par une redéfinition progressive du rapport entre les différents types de liens sociaux.
Les travaux et les exposés ont été organisés autour de deux grands thèmes. Le premier a concerné ce que l’on pourrait appeler la constitution territoriale des liens sociaux. En partant du concept analytique de ghetto défini comme un espace ordonné et régulé pour un groupe social ethniquement subordonné ayant un rôle dans la ville, plusieurs séances du séminaire ont porté sur les relations sociales dans les cités socialement disqualifiées. Ces dernières se caractérisent à la fois par l’imposition d’une image négative qui stigmatise les habitants et rend peu propices des stratégies de solidarité fondée sur la similitude sociale. Il en résulte une tendance forte à la détresse psychologique, laquelle peut être mesurée de façon fine à partir de l’enquête SIRS « Santé, inégalités et ruptures sociales ». L’espace n’apparaît donc plus, sauf exceptions, comme le support des liens, mais, au contraire, comme la cause de faiblesse et même la rupture de ces derniers. Le phénomène des bandes peut être considéré comme une réponse des jeunes à ce déclin social qui prend souvent la forme d’une délégitimation familiale. Plusieurs intervenants ont fait avancer la réflexion dans ce sens : Loïc Wacquant, Sandro Cattacin, Marwan Mohammed, Catherine Sélimanovski, Mahnaz Shirali et Cyprien Avenel.
Le second grand thème a porté sur les nouvelles formes de régulation du marché de l’emploi. Il s’agissait d’analyser le statut et les conditions de travail des salariés employés de façon temporaire, à temps partiel, ou dans des entreprises dont l’activité était définie par une forte flexibilité. Cette approche a permis d’approfondir la fragilité, mais aussi les formes de résistance du lien de participation organique. Elle a aussi été l’occasion d’interroger le rôle des politiques publiques face à cette précarité de l’emploi et du travail. Plusieurs intervenants ont permis d’approfondir cette question : Miguel Laparra, Sébastien Chauvin, Rémy Caveng, Nicolas Jounin, Damien Cartron, Nicolas Duvoux, Milena Chimienti.
Notons enfin que plusieurs autres séances ont permis d’enrichir le séminaire en dehors de ces deux principaux thèmes. C’est le cas de Xavier Godinot qui a examiné le rapport entre la restauration des liens sociaux et l’accès à des droits fondamentaux, de Daniel Cefaï sur les liens sociaux sous l’angle de la mobilisation collective, de Fathia Zeghoudi sur le rôle de l’éducation morale dans le cadre de la gestion juridique des incivilités et, enfin, de Sophie-Hélène Trigeaux sur la relation entre mormonisme et communautarisme.
Le thème de ce séminaire sera poursuivi en 2008-2009.
Publications
• Die elementaren Formen der Armut (traduction de Les formes élémentaires de la pauvreté), Hambourg, Hamburger Edition, 2008.
• Le lien social, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2008.
• La pratique de la sociologie, Paris, PUF, « L », 2008.
• « ¿Bajo qué formas aparece hoy la pobreza en las sociedades europeas ? », Revista Española del Tercer Sector, n° 5, enero-abril 2007, p. 149-171.
• « La condition ouvrière : de l’intégration laborieuse à l’intégration disqualifiante », Cités, 35, 2008, p. 13-32.
• « Les formes de la pauvreté en Europe », Regards croisés sur l’économie, 4, septembre 2008, p. 8-18.
• « Inwiefern lässt sich von einer sozialen Disqualifikation der Lohnabhängigen sprechen ? », dans Nueue soziale Ungleichheit in der Arbeitswelt, sous la dir. de Pascale Gazareth, Anne Juhasz, Chantal Magin, Konstanz, UVK Verlagsgesellschaft mbH, 2007, p. 75-98.
• Avec Ying Zhou, « Job Insecurity », dans Employment regimes and the quality of work, sous la dir. de Duncan Gallie, Oxford, Oxford University press, 2007, p. 179-204.
• « Raymond Aron et la question sociale », dans Raymond Aron, philosophe dans l’histoire, sous la dir. de Serge Audier, Marc Olivier Baruch et Perrine Simon-Nahum, Paris, Éditions de Fallois, 2008.
• « Durkheim et le lien social », introduction à la réédition d’Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, « Quadrige/grands textes », 2007, p. 1-40.
• « Le sociologue face au suicide », introduction à la réédition d’Émile Durkheim, Le suicide. Étude de sociologie, Paris, PUF, « Quadrige/grands textes », 2007, p. 5-48.
• « Raymond Aron, l’Allemagne et Max Weber. Une étape de la sociologie française », (en collaboration avec Franz Schultheis), introduction à la réédition de Raymond Aron, La sociologie allemande contemporaine, Paris, PUF, « Quadrige/grands textes », 2007, p. 5-22.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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