2007-2008

Atelier méthodologique. Pratiques d'écriture : corpus, analyses, enquêtes

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Deuxième mardi du mois de 15 h à 17 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 13 novembre 2007 au 10 juin 2008. Séance supplémentaire le 27 novembre, même horaire, même salle

Regards savants, regards experts sur l’écriture : l’art de relever les écrits.

Les séances de l’atelier méthodologique seront consacrées en 2007-2008 à l’étude d’un geste savant  qui est à la base de toute démarche d’analyse de l’écriture, le relevé. Trois séries de questions nous serviront de guide :

  1. Quelles sont les manières de relever l’écriture ? Comment procèdent les épigraphistes, les paléographes mais aussi la police judiciaire ? Comment sont pris en compte les environnements d’où sont extraites les traces graphiques ?
  2. Tout relevé entraîne un transfert d’un support à l’autre (de la roche au calque, du mur à la photo, de la paroi à l’estampage). Que gagne-t-on et que perd-on d’un point de vue cognitif à ce transfert ? Quelles en sont les conséquences sur le formatage et l’interprétation  des données ?
  3. Les relevés  d’écriture peuvent devenir des pièces autonomes qui seront retraitées dans le cadre de publication, de collection, d’enquête, de contemplation, etc. Quels sont les usages secondaires, savants et profanes, des relevés ? Que nous disent-ils de la vie des objets écrits ?

    Les intervenants de cette année, épigraphistes, paléographes, préhistoriens, inspecteurs de la voirie, policiers témoigneront des usages du relevé dans leurs disciplines respectives.

    Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

    Mentions & spécialités :

    Domaine de l'affiche : Méthodes et techniques des sciences sociales

    Intitulé général : Anthropologie de l'écriture. Atelier méthodologique

    Direction de travaux d'étudiants : mercredi de 10h à 17h sur rendez-vous

    Réception : sur rendez-vous avec Béatrice Fraenkel ou Claire Bustarret

    Niveau requis : ouvert à tous

    Adresse(s) électronique(s) de contact : fraenkel(at)ehess.fr, bustarret(at)ens.fr

    Compte rendu

    « Regards savants, regards experts sur l’écriture : l’art de relever les écrits. » Les séances ont été consacrées à l’étude d’un geste savant qui est à la base de toute démarche d’analyse de l’écriture : le relevé. Les intervenants ont témoigné des usages du relevé dans diverses disciplines et domaines professionnels (épigraphie, paléographie, préhistoriens, médecins, policiers, transports).
    Partant d’une réflexion critique commune sur la thèse du « paradigme indiciaire » proposée par Carlo Ginzburg, nous avons évoqué avec les intervenants les multiples techniques de relevés – estampage, dessin, calque, photographie – souvent concomitantes. La notion de programme et de protocole de relevé normalisé (séquence, repérage topographique, articulation au contexte), ainsi que l’injonction d’exactitude apparaît avec les missions archéologiques en Égypte au xixe siècle (Claire Bustarret, ITEM-CNRS). Les pratiques appliquées aux inscriptions rupestres du Mont Bégo impliquent une entreprise collective et posent des problèmes d’étiquetage, de repérages et de traitement du support tridimensionnel, voire d’interprétation graphique (Nathalie Magnardi). Les relevés de tatouages effectués par les médecins au xixe siècle s’inscrivent dans la ligne de l’anthropométrie policière (prélèvement, taxinomie, iconographie) tandis que leur publication pose la question de la collection, de l’interprétation esthétique (Philippe Artières, IIAC-Anthropologie de l’écriture). David Pontille (IIAC-Anthropologie de l’écriture) et Jérôme Denis (Telecom-Paris-Tech) ont rendu compte de leur enquête sur le service chargé de l’entretien des panneaux signalétiques de la RATP, témoignant de la multiplicité des interventions de contrôle et de maintenance concernant l’écrit exposé dans le contexte d’un réseau de transport urbain. Flavia Carraro (doctorante, Université Paris-VIII) a problématisé l’« invention » du linéaire B mycénien, la question du déchiffrement et celle du statut de l’objet écrit dans les recherches sur l’antiquité. Enfin les travaux de l’abbé Breuil, préhistorien dont l’expertise en relevé de gravures rupestres a contribué à le positionner en fondateur de la discipline, ont été présentés sur supports originaux au Muséum d’histoire naturelle, et analysés par Yann Potin (doctorant, Université Paris-X).
    La journée du 26 mars 2008 s’est intéressée aux enjeux épistémologiques de l’expertise en écriture : en quoi nous permet-elle de mieux comprendre l’acte d’écriture daté et situé ? Muriel Salle (doctorante, Université Lyon-II) et Philippe Artières ont présenté Edmond Locard, fondateur du « métier » d’expert dans la police scientifique moderne ; notre invité Peter Bower, expert britannique de renommée internationale, a exposé l’analyse des supports et des graphies dans le cas de l’enquête historique sur les lettres de Jack l’éventreur ; Deborah Puccio-Den (CNRS, associée Anthropologie de l’écriture) a traité du cas contemporain des lettres maffieuses, les pizzini, instrument de pouvoir et de contrôle non dénué de connotations rituelles.
    Au-delà de la seule collecte d’indices, les approches techniques et anthropologiques de l’écriture offrent autour de l’acte de relever une série d’outils pour décrire et comparer actes d’écritures et objets écrits dans un contexte graphique qui contribue à construire la situation historique, culturelle et sociale du scripteur.

    Publications
    • « Les affiches en mai 68 : l’atelier populaire des Beaux-Arts », dans 68, une histoire collective, sous la dir. de P. Artières et M. Zancharini-Fournel, Paris, La Découverte, 2008, p. 276-281.
    • « Comment tenir un registre ? », Langage & Société, 124, 2008, p. 59-71.
    • « La signature : du signe à l’acte », Société et représentation, 25, 2008, p. 15-25.
    • « Las escrituras de la catàstrofe. Pràtica de escritura y de lectura en la ciudad de Nueva York en Septiembre 2001 », Actuel Marx/Intervenciones, 6, 2008, p. 155-171.
    • « Écrire dans l’île. Rétif de la Bretonne, graffitomane parisien (1734-1804) », dans Scripta volant, verba manent, Schwabe Verlag Basel, sous la dir. de A. Messerli et R. Chartier, Bâle, 2007, p. 373-388.
    • « L’invention de l’art pariétal préhistorique. Histoire d’une expérience visuelle », Gradhiva, 6, Paris, 2007, p. 19-31.
    • « Actes d’écriture : quand écrire c’est faire », Langage & Société, 121-122, septembre-décembre 2007, p. 101-112.
    • « Les écritures de la catastrophe. Pratiques d’écriture et de lecture dans la ville de New York en septembre 2001 », La lettre et l’image : nouvelles approches, Textuel, n° 54, sous la dir. de A.-M. Christin et A. Miura, 2007, p. 27-41.
    • « Preuves et épreuves de l’identification », dans Gens de passage en Méditerranée de l’Antiquité à l’époque moderne, sous la dir. de C. Moatti et W. Kaiser, Maisonneuve et Larose, Paris, 2007, p. 279-293.

    Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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