2007-2008

Identité et subjectivité

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Lundi de 17 h à 19 h (amphithéâtre, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 décembre 2007 au 9 juin 2008. Pas de séance le 21 janvier 2008

En 2007-2008, le séminaire reprendra l’examen des usages contemporains de la notion d’identité. Nous partirons des applications caractéristiques en psychologie de la personnalité (« crise d’identité », âges de la vie) et en anthropologie sociale (« construction d’une identité collective ») pour remonter jusqu’aux sources philosophiques de ces usages, tant dans l’éthique de la réalisation de soi que dans la philosophie du sujet personnel. Nous chercherons à poser les éléments d’une philosophie de la première personne en confrontant la psychologie réflexive des classiques (Locke, William James) à la grammaire philosophique des verbes psychologiques (Wittgenstein).

Mots-clés : Philosophie,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Philosophie et épistémologie

Intitulé général : Philosophie de l'action

Renseignements : secrétariat du Centre de recherches politiques Raymond-Aron, tél. : 01 53 63 51 48.

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous auprès de Marie-Madeleine Paccaud, tél : 01 53 63 51 48.

Réception : sur rendez-vous préalable le mardi de 16h à 19h.

Niveau requis : pour toute inscription pédagogique, nécessité d'un projet écrit.

Adresse(s) électronique(s) de contact : crpra(at)ehess.fr

Compte rendu

Nous avons poursuivi cette année une enquête entamée l’an dernier sur le thème de l’identité tel qu’il est traité dans les sciences sociales contemporaines. Nous avons d’abord considéré plusieurs études américaines sur l’histoire du mot dans son acception « psychosociale ». Toutes font remarquer que la notion n’est jamais véritablement définie et qu’elle est prise dans des sens fort différents, voire opposés, selon les écoles de pensée, ce qui explique une bonne part de la confusion qui règne dans son emploi et les justes critiques dont elle est l’objet. Toutefois, toutes ces études s’accordent pour reconnaître que la notion de « crise d’identité » a été forgée dans les années 1940 par le psychanalyste Erik Erikson, dans le cadre d’un élargissement de la psychanalyse freudienne à des domaines tels que les conflits de l’adolescence (qui ne sont pas la simple reproduction des conflits de la petite enfance) ou les rites par lesquels une société particulière organise l’entrée dans la vie des adolescents en fonction de ses idéaux culturels (rites de passage). L’émergence et le succès de la notion d’identité sont donc dus à une rencontre, pour une part fructueuse, mais pour une part incomplète, de la psychanalyse viennoise avec l’anthropologie culturelle américaine de l’avant-guerre, rencontre qui se fait en la personne d’un immigrant chassé d’Europe par le nazisme, sur le fond tout à la fois d’un désarroi familial personnel et de la crise mondiale du XXe siècle (guerres et totalitarismes).
Plusieurs séances du séminaire ont été consacrées à une confrontation des vues d’Erikson sur l’identité psychosociale à celles de Freud sur les identifications infantiles. L’une et l’autre souffrent d’employer une notion incohérente du moi. Ces théories veulent dégager des mécanismes de la socialisation des nouveaux venus dans le monde humain. Leur point faible est de ne pas faire la différence entre le rapport à soi que requiert la notion d’un adulte devenu « lui-même » aux yeux de tous et de chacun (lui-même compris) et un rapport interne à un système psychique (entre un moi et un surmoi), rapport qui ne peut pas être exprimé en première personne. Tout se passe comme si le moi devait être simultanément un organe psychique de la personne (théorie méta psychologique) et le tout de la personne en tant qu’elle se pose la question de sa propre identité. Le succès des théories de l’identité tient largement à la promesse qu’elles font de répondre à une attente : réintroduire une dimension subjective dans la description des conflits humains. Malheureusement, ces théories sont dépourvues d’une conception viable de la subjectivité.
Nous avons ensuite cherché à éclaircir la notion de subjectivité, dans l’une de ses acceptions (celle de l’être soi-même), par une réflexion sur le problème du discours à la première personne (ou discours égotiste). Les dernières séances du séminaire ont été consacrées à une lecture du texte déjà classique d’Élizabeth Anscombe sur la première personne, texte dans lequel l’élève de Wittgenstein met en pièces la notion philosophique du « soi » (self). Dans le cadre de cette lecture, le séminaire a accueilli deux exposés de Béatrice Longuenesse (professeur à l’Université de New York) sur le sens du pronom « je » et la nature de la conscience de soi.

Publications
Le Raisonnement de l’Ours et autres essais de philosophie pratique, Paris, Seuil, « La Couleur des idées », 2007, 456 p.
Le platonisme (nouvelle édition), Paris, PUF, 2007, 132 p.
Philosophie du jugement politique, Débat avec Vincent Descombes, Paris, Seuil, « Points », 2008, p. 7-48 et p. 192-280.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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