2007-2008

Le philosophe dans un âge de croyance

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mardi de 17 h à 19 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 13 novembre 2007 au 3 juin 2008

On cherchera à dégager une (des) image(s) du philosophe dans le moment médiéval. À la différence des « anciens », celui-ci est confronté à un problème théologico-philosophique qu’il doit analyser pour concevoir et mettre en pratique son activité. Dessinée à partir d’Averroès, une figure est claire : celle du philosophe-législateur, construite selon un modèle platonicien. Mais il en est une autre, qui se dégage de ce que Fârâbî nomme « philosophie populaire ». Également esquissée dans un cadre « politique » platonicien, elle s’attache à un projet qui concerne moins une élite que le plus grand nombre, qu’il s’agit de faire accéder à une part des lumières dans un âge de croyance. Ces deux figures ne sont pas exclusives l’une de l’autre et il en existe d’autres, plus ou moins des variantes. Voilà de quoi dessiner le(s) portrait(s) d’un philosophe mal connu : ni toujours ancien ni déjà moderne.

8 janvier : Marc Saperstein, The conflict over the study of philosophy, 1302-1305 

Aires culturelles : Musulmans (mondes),

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Philosophie et épistémologie

Intitulé général : Religion et société

Renseignements : Pierre Bouretz, tél. : 01 49 54 24 74

Direction de travaux d'étudiants : mercredi de 15 h à 17 h, EHESS, bureau 232, 54 bd Raspail 75006 Paris, sur rendez-vous.

Niveau requis : master 1 ou équivalent. Projet de recherche écrit

Adresse(s) électronique(s) de contact : bouretz(at)ehess.fr

Compte rendu

Dans une perspective ouverte l’an dernier, on s’est attaché à poursuivre l’identification d’un (de) modèle(s) du philosophe caractéristique(s) du moment médiéval. À la différence des « anciens », les médiévaux sont confrontés au problème théologico-philosophique d’un conflit entre Loi et raison vis-à-vis duquel il leur faut prendre position tant en théorie qu’en pratique, ce qui détermine à la fois le contenu de leur enseignement et la (les) manière(s) de le transmettre. Depuis le départ, ce travail a été conçu comme une révision interne du modèle d’interprétation classique construit par Leo Strauss et ses élèves (M. Mahdi, R. Lerner). Celui-ci met principalement l’accent sur une dimension « politique » de l’activité philosophique saisie dans une perspective précise : les philosophes forment une « classe » (Strauss) consciente des dangers encourus dans une société imparfaite ; ayant tiré les leçons des mésaventures vécues par leurs prédécesseurs grecs, ils se protègent de l’hostilité de la foule et de la méfiance des autorités en réservant grâce à de subtils procédés d’écriture l’essentiel de leur enseignement à une élite. Il ne saurait être question de contester la valeur de ce modèle, qui fournit à la fois les principes herméneutiques adaptés à la lecture de leurs ouvrages et une compréhension de leur sens ésotérique. Il reste que la dimension « politique » de l’activité de ces philosophes doit être également perçue dans une autre perspective, ouverte au travers de l’idée développée par Fârâbî d’une « philosophie populaire ». Cette fois, « politique » doit être entendu au sens d’une responsabilité des philosophes vis-à-vis du « vulgaire » et d’une volonté de transmettre graduellement au plus grand nombre un peu des lumières de la raison.
À la suite de la mise en place de ce cadre et comme depuis plusieurs années, le travail a été centré sur la figure et l’œuvre de Maïmonide. Celui-ci se trouvait dans une situation paradoxale qui pourrait expliquer les controverses persistantes autour de sa qualification comme philosophe. En un sens si l’on veut sociologique, il ne disposait pas de cette élite à laquelle sont censés s’adresser les philosophes de son temps dans d’autres milieux. Nul doute cependant qu’une part importante de son discours ait été destinée à un tout petit nombre de lecteurs, ce qu’il affirme lui-même au début du Guide des égarés. Bien que rarement soulignée, la dimension « populaire » de son enseignement peut être assez aisément mise au jour, s’agissant du moins de ceux de ses livres au contenu (principalement) exotérique pour autant que consacrés à la science traditionnelle de la Loi. Restait à savoir ce qu’il en est du livre mystérieux et à tout prendre unique en son genre qu’est le Guide. La lecture de celui-ci a donc été reprise à partir de l’idée selon laquelle il s’adresse à plusieurs types de lecteurs grâce à des procédés d’écriture pour la plupart inédits et cherchant à étager différents niveaux de discours. Mais elle a été réorientée à partir de l’hypothèse selon laquelle ce livre crée, par le fait même qu’il existe, sa forme et son écriture l’élite qui n’était pas donnée à son auteur. L’une des conclusions auxquelles on est parvenues est que celui-ci présente, défend et illustre deux modes de vie philosophique : l’un selon l’enseignement de la science politique, consistant à mettre en œuvre une responsabilité à l’égard du plus grand nombre divisé en plusieurs catégories dont il s’agit d’élever le degré de compréhension ; l’autre selon l’enseignement de la métaphysique, solitaire et contemplative.

Publications
• « À la recherche des Lumières médiévales : la leçon de Maïmonide », Critique, n° 728-729, Janvier-février 2008, p. 28-41.
• « Pour dire encore deux mots du totalitarisme », introduction à Hannah Arendt, Idéologie et terreur, édition et notes de Pierre Bouretz, traduction Marc de Launay, Paris, Hermann, 2008.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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