2007-2008

Philosophes de profession dans l'Inde contemporaine

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mercredi de 11 h à 13 h (salle 11, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 7 novembre 2007 au 4 juin 2008

Par rapport aux autres séminaires sur l’Inde proposés à l’École, la spécificité de celui-ci est de lier l’anthropologie à la philosophie. Par rapport aux autres enseignements de philosophie proposés à l’École, la spécificité de celui-ci est de ne pas oublier l’Inde. Nous nous efforçons d’échapper à l’enfermement européen de la philosophie. Nous proposons une introduction à quelques-uns des thèmes actuels de la philosophie — la vie et la mort, la bioéthique et la nature, la parole et la liberté — tels qu’ils sont ou qu’ils ont été développés par des philosophes de profession dans l’Inde contemporaine.

Nos lectures sont cumulatives et viennent enrichir la base de données publiée sur philosophindia.fr. Notre domaine est triangulaire, puisque nous sommes à la fois ethnologues, philosophes et amoureux de l’Inde. Comme dans l’hindouisme il y a Trois Voies conduisant à la sagesse, ce séminaire progresse sur trois voies — l’anthropologie, la philosophie et l’indianisme — dont nous espérons montrer qu’elles s’articulent ensemble de manière fructueuse pour chacun d’entre nous.

Aucune compétence linguistique n’est requise. Les textes sanskrits que nous étudions sont systématiquement traduits par nos soins. Mais nous n’hésitons pas à développer l’analyse linguistique et rhétorique, quand le texte original s’y prête, pour familiariser les participants avec les catégories de pensée et de langue, tournures de phrase et figures de style dans lesquelles s’exprime la pensée philosophique en sanskrit.

Aires culturelles : Asie méridionale, Inde,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Anthropologie et histoire des sciences dans le monde indien

Réception : sur rendez-vous demandé par courriel

Site web : http://philosophindia.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : zimmermann(at)ehess.fr

Compte rendu

Dans bien des domaines de la culture et de la vie sociale contemporaines, des pensées philosophiques venues de l’Inde fécondent nos entreprises. Ce sont nos pensées sur le corps humain, la gestuelle et le contrôle de soi qui nous viennent de l’Ayurveda et du Yoga ; ce sont nos pensées sur le rapport éthique de l’humanité à la nature, la mort et la réincarnation, le visible et l’invisible qui nous viennent de l’hindouisme et du Vedanta ; ce sont nos pensées sur les passions de l’âme et l’apprentissage de la sérénité qui nous viennent du bouddhisme. Mais dans la relation désormais traditionnelle entre l’Europe et l’Inde qui s’est instaurée au XXe siècle, ces pensées philosophiques qui nous viennent de l’Inde semblent être immémoriales et anonymes.
Notre projet était de démystifier cet anonymat en partant de la lecture et de la rencontre de philosophes dans l’Inde contemporaine. Philosophes professionnels, ils sont formés aux méthodes de réflexion et d’écriture occidentales, puisque la philosophie au sens strict est – depuis plusieurs siècles – une discipline universitaire constituée en Europe. Ils s’expriment en langue anglaise, mais sans pour autant nécessairement penser en anglais. Nous avons exploré cette articulation intime de la pensée entre la langue maternelle (un vernaculaire indien), l’éducation sanskrite qui leur permet de penser et d’écrire en sanskrit (dans le cadre d’une diglossie) et la pratique professionnelle de la philosophie en anglais.
Une manière indienne de devenir philosophe de profession est de partager son œuvre sinon même sa personne en deux mondes distincts et d’écrire des articles et des livres pour les uns (dans lesquels l’Inde est quasiment absente) et pour les autres (dans lesquels le pandit prend le pas sur le philosophe). J’ai présenté par exemple le témoignage de Jitendranath Mohanty, Between two worlds, east and west : An autobiography, New Delhi, Oxford University Press, 2002.
Les controverses sont une excellente pierre de touche pour caractériser les positions et les méthodes de chacun. L’enquête s’ouvrit sur une controverse exemplaire au début du vingtième siècle, dont nous sommes encore prisonniers un siècle plus tard. C’est l’opposition déclarée de Krishna Chandra Bhattacharyya (1875-1949) à l’approche européenne du Vedanta, et en particulier aux érudits (philologues) qui publiaient alors des traductions de textes sanskrits comme les Vedantasutras et leurs commentaires en dénigrant l’argumentation philosophique dont ils sont le véhicule et en dénonçant leur prétendue incohérence ; Krishna Chandra Bhattacharyya nous enseignait au contraire à lire les textes dans leur systématicité philosophique.
Puis parmi tous les débats qui font rage actuellement, soit en réaction contre des idées philosophiques occidentales, comme par exemple sur la question de la liberté et du respect de la personne humaine, soit à l’intérieur même de la tradition philosophique locale, comme par exemple sur la définition de la mort dans le cadre d’une métaphysique de la réincarnation, nous avons privilégié une controverse très en vogue dans le champ de la philosophie analytique anglo-saxonne, « Pour ou contre la Narrativité du Soi », dans laquelle ont pris position les plus éminents philosophes indiens d’aujourd’hui tels que Jonardon Ganeri que nous recevrons à l’École en 2009.

Publications
• « Sakuntala malayalie », L’Homme. Revue française d’anthropologie, n° 185-186, « L’anthropologue et le contemporain : autour de Marc Augé », 2008, p. 301-312.
• « Patterns of truthfulness », Journal of indian philosophy, vol. 36, 2008, p. 643-650.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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