2007-2008

Anthropologie de l’action. Les interprétations anthropologiques et historiques de l’action et du politique

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Premier et troisième mercredis du mois de 9 h à 13 h (salle M. et D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 7 novembre 2007 au 4 juin 2008

À partir de mon expérience de terrain de longue durée en Kanaky-Nouvelle-Calédonie et de la lecture critique de travaux d’anthropologues et d’historiens, j’explorerai la compréhension des phénomènes sociaux en référence à l’écoulement du temps présent et/ou passé ; une place particulière étant ici accordée à l’étude des situations coloniales. Je m’interrogerai ainsi — dans le prolongement de mon ouvrage La fin de l’exotisme. Essais d’anthropologie critique, Anacharsis, Toulouse, 1986 — sur les descriptions ethnographiques qui font place à la temporalité (chronique, biographie, mise en récit, etc.) et sur les rapports entre mémoire orale et archives en vue d’une anthropologie de part en part historique. Cette réflexion voudrait ainsi proposer à l’anthropologie, notamment politique, d’autres formes d’écriture et d’autres voies d’interprétation.

16 janvier : Jackie Assayag, anthropologue, directeur de recherche au CNRS, « Guerre et anthropologie ». « Les anthropologues sont-ils tous des espions ? »
La réception en France de l’anthropologie étasunienne a largement ignoré les conditions de production de cette discipline in situ. Cette observation recouvre aussi bien les conditions institutionnelles et intellectuelles que la fabrication des savoirs empiriques et interprétatifs propres à cette discipline. Or cet oubli des contextes et des situations confère un profil aux anthropologues et impose une configuration aux anthropologies nationales dont la prétention de chacune est de devenir idéalement internationale. Tout produit cognitif qui circule sur une grande distance se déleste de ses conditions de fabrication et acquiert à l’arrivée d’autres significations pour les récepteurs. Ce constat vaut évidemment pour l’anthropologie « made in the USA » dont le transport transatlantique invita aux réinterprétations et suscita des malentendus qui ne furent pas toujours féconds, loin s’en faut. Cette acclimatation française de l’anthropologie américaine a accru le malentendu par l’emploi d’une épistémologie « internaliste » et « pasteurisée » qui a occulté les contextes, le politique et la situation récurrente de guerre qui sévit aux Etats-Unis dès sa fondation : depuis le traitement de la « question indienne » aux deux conflits mondiaux, en passant par le McCarthysme et les multiples opérations de « contre-insurrection » dans diverses parties du monde jusqu’à  l’« embarquement » récent des anthropologues en Afghanistan et en Irak dans le dessein d’y installer la démocratie libérale de marché. 

Aires culturelles : Océanie,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Sociétés océaniennes et questionnement du politique

Renseignements : Émilie Jacquemot, IRIS, bureau 706, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 49 54 23 52

Direction de travaux d'étudiants : contacter Émilie Jacquemot pour rendre rendez-vous avec Alban Bensa

Réception : sur rendez-vous

Site web : http://gtms@ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : emilie.jacquemot(at)ehess.fr

Compte rendu

La divergence fondamentale entre l’histoire et l’anthropologie tient à la place très différente que l’une et l’autre de ces disciplines accorde à la temporalité. Pour l’histoire, il est clair que le temps est une sorte de matière première. Les actes s’inscrivent dans le temps, modifient les choses tout autant qu’ils les répètent. L’idée de successivité est ici essentielle même s’il faut, comme y invite Marc Bloch, mobiliser un « faisceau de causes ». Pour l’anthropologue, s’il n’y prend garde, le temps passe en arrière-plan, au profit d’une saisie des phénomènes en synchronie et, comme l’a montré Johannes Fabian, d’une conception purement spatiale des sociétés.
Les historiens réfléchissent, pour la plupart, à partir des conjonctures qu’ils reconstituent. Leurs analyses n’élargiront le point de vue qu’à condition de ne pas trop s’éloigner des situations décrites. Les catégories mobilisées par l’histoire ne sont jamais totalement déconnectées de celles des acteurs ; confrontées entre elles, elles sont rapportées à un ensemble de situations bien localisées et datées.
L’anthropologie, quant à elle, dès lors qu’elle fait de la singularité des phénomènes historiques et donc sociaux le tremplin de pensées générales, se montre plus ambitieuse. En proposant des schèmes organisateurs de toute pratique, cette discipline du tout prend de la hauteur par rapport aux choses vues et entendues pour les intégrer à des logiques englobantes relatives à la différence entre les sexes, aux figures de l’échange et du pouvoir, aux formes du sacré, etc.
J’ai cette année abordé ces questions à travers la relecture de textes d’historiens, d’anthropologues et de philosophes. Ces commentaires précis ont débouché sur une remise en cause du formalisme anthropologique. Il est clair qu’il existe aujourd’hui en France au moins deux anthropologies. L’une qui maintient son régime de scientificité autour des notions de contraintes culturelles, de logique inconsciente des représentations. L’autre qui renonce à ce type mentaliste de généralisation et opte pour le primat du détail, du local et du circonstanciel en se refusant à désindexer les faits de leur commentaire. Cette perspective réintroduit la question de la temporalité tant sur le fond que dans les formes que peuvent prendre les comptes rendus des faits. Nous nous sommes ainsi aussi interrogés sur les modes de relation de l’expérience sociale, qu’il s’agisse du texte scientifique, de la chronique, du cinéma ou de la muséographie.
Sally Price a fait dans le séminaire un exposé sur son livre, Paris Primitive : Jacques Chirac’s Museum on the Quai Branly.

Publications
• « Champs et contrechamps de l’anthropologie. Film documentaire et texte ethnographique », L’Homme, n° 185-186, 2008, p. 213-228.
• « Louis Dumont et le totalitarisme », Annales. Histoire, Sciences Sociales, mars-avril 2008, n° 2, p. 377-381.
• « Ce que les Kanaks font à l’anthropologie. De l’autre côté du mythe », entretien, Vacarme, n° 44, été 2008, p. 4-14.
• « Jean Bazin : l’anthropologie autrement », Avant-propos du livre de Jean Bazin, Des clous dans la Joconde. L’anthropologie autrement, Toulouse, Anacharsis, 2008, p. 5-17.
• « Père de Pwädé. Retour sur une ethnologie au long cours », dans Politiques de l’enquête. Épreuves ethnographiques, sous la dir. de D. Fassin et A. Bensa, Paris, La Découverte, p. 19-39.
• « Remarques sur les politiques de l’intersubjectivité », p. 323-328, ibid.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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