2007-2008

Anthropologie, villes et architectures

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Troisième jeudi du mois de 17 h à 19 h (salle 9, 105 bd Raspail 75006 Paris), exceptionnellement la première séance aura lieu le 22 novembre 2007 (salle 10, même heure, même adresse) au 19 juin 2008. Séance du 21 février reportée au 12 mars de 15 h à 17 h (salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris). Séance du 20 mars annulée. Séances supplémentaires le 22 mai (salle 6) et le 29 mai (salle 9)

Ce séminaire interdisciplinaire entend rendre compte des mécanismes en œuvre dans les transformations de notre espace social et dans les domaines à géométrie variable que sont l’architecture, la ville et le territoire. Il s’inscrit dans une démarche visant à restituer un travail de description et d’analyse des rapports sociaux liés aux objets en devenir, dans une perspective historique. Cette année il s’organisera autour de deux axes de recherches : les politiques urbaines dans le processus de reconstruction des villes (Antonella Di Trani) et l’architecte et la « nouvelle » critique sociale : engagement, résistance et contestation dans l’exercice du projet (Miguel Mazeri). Le premier axe rendra compte des politiques urbaines et de la façon dont celles-ci se confrontent, s’articulent ou se tissent avec l’histoire d’un « lieu » investi des pratiques des habitants et leurs différents modes d’appropriation. Il s’agira de considérer dans cette perspective les champs d’intervention des habitants émergeant au sein des politiques de la ville, impliquant leurs récits ou témoignages, les revendications et les exercices de concertation qui seront appréhendés comme autant de modes d’action opérant sur spatialité de la ville et la construction d’un projet urbain. Le second axe pose la question des formes de résistance, de contestation, voire même de militantisme chez les jeunes architectes. La question se pose au regard d’un système urbain de plus en plus normatif et rivé à des stratégies résidentielles tendues vers la recherche de l’entre-soi. Critique sur l’héritage du Mouvement moderne et de Mai-68, sceptique sur l’idéologie postmoderniste, la jeune génération d’architectes doit-elle pour autant être classée au régime du conformisme ? Nous verrons dans ce second axe comment certains d’entre eux ont trouvé une marge de manœuvre pour proposer des nouvelles formes de critique politique et sociale au travers du projet architectural.

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Renseignements : IRIS, 54 bd Raspail 75006 Paris

Site web : http://iris.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : Antonella.Di-Trani(at)ehess.fr, miguel.mazeri(at)ehess.fr

Compte rendu

À travers l’étude de cas de la Ville nouvelle de Cergy-Pontoise, Caroline de Saint Pierre nous a montrés comment les différents acteurs : décideurs, concepteurs et habitants sont impliqués dans la fabrication et la singularisation d’un espace urbain. La question des politiques urbaines met en évidence la spécificité des Villes nouvelles : l’émergence de principes d’aménagement innovants, des traits distinctifs architecturaux en rupture avec ceux des grands ensembles de la périphérie. Ce dispositif particulier, a fait apparaître des nouvelles façons d’habiter la ville, de créer des appartenances locales. Les citadins donnant à la ville une forme au-delà de la stricte fonctionnalité des espaces et inventent de nouveaux modes de se rencontrer : par les regroupements de jeunes, ou des événements festifs. L’action des pratiques quotidiennes des citadins fait apparaître une ville en mouvement, avec la production de narration images. Celles-ci s’appuient sur les discours et récits oraux se jouant au présent, sur les manifestations qui mettent en scène la ville tout en la personnifiant lorsqu’il s’agit de fêter ses différents « âges ». Ces actions montrent une façon de domestiquer cette nouvelle forme d’urbanisation dans le temps.
Dans une autre séance du séminaire, à travers l’étude du quartier de l’Alma-Gare à Roubaix, Sabine Dupuy nous a montré en quoi il représente un cas de lutte urbaine particulièrement significatif, ayant mis en évidence à partir des années soixante-dix les étapes d’une action participative singulière des habitants dans la conception d’un projet urbain.
Face à la décision des élus de démolir un quartier devenu vétuste, le parcours résidentiel de plus d’un tiers de ses habitants aboutit dans les grands ensembles qui leur sont assignés. En revanche ceux qui décident de rester et dont la trajectoire individuelle est en lien avec le contexte de désindustrialisation : militants et ouvriers du textile vont résister et s’opposer à la démolition. La lutte s’amorce avec un processus d’inversion du diagnostic initial des décideurs face auquel les acteurs entendent défendre une procédure de réhabilitation et de reconstruction d’une partie du quartier. La lutte urbaine se déroule par l’action conjointe des habitants et d’un groupe politisé de jeunes architectes non sans soulever au cours des années suivantes une tension entre démocratie directe et démocratie représentative. L’analyse de l’évolution du quartier jusqu’à une période récente fait apparaître les limites de la réhabilitation et la sauvegarde du modèle des « courées » autour desquelles s’articulait la vie collective du quartier, dont la forme architecturale était intimement liée à un système de production, à la vie de l’usine d’à côté. Par ailleurs le mode de gestion par une coopérative de production et la commission locale des quartiers n’allait durer que jusqu’au début des années 1980. Sa faillite entraîne des ruptures sociales et urbaines : chômage, pauvreté, dégradation du bâti et des équipements. Une nouvelle forme d’aménagement s’impose alors : la résidentialisation marquant une phase de transformation supplémentaire de ce quartier.
Comment reconstruire une ville détruite par un tremblement de terre et lorsque la question de la reconstruction se retrouve confrontée aux souvenirs de ses habitants en Sicile ? Maria Anita Palumbo décrit à travers un documentaire comment ces derniers font face à la catastrophe en émigrant, ou en se déplaçant dans : les barracche des « cabanes » préfabriquées mises à disposition des sinistrés. Dans ces habitations provisoires, les acteurs réinventent leur quotidien, réactualisant les pratiques sociales et familiales. La catastrophe prend aussi un sens particulier dans la mesure où elle entraîne une profonde transformation sociale : elle renverse les usages « anciens » des habitants, marque une rupture significative de leurs trajectoires résidentielles et individuelles mais aussi de l’image de la ville à travers les reconstructions et l’édification de nouveaux centres urbains. Le documentaire met au premier plan un Australien d’origine italienne : Joe Monaco ayant quitté la vallée du Belice en Sicile après le tremblement de terre et revenant sur les lieux pour raconter au fil de ses rencontres avec divers acteurs, la complexité d’un événement impliquant diverses temporalités, le paysage et les éléments urbains devenant un support sur lequel se construit son récit au présent.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.