2007-2008

Aby Warburg et l'anthropologie contemporaine

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Premier et troisième jeudis du mois de 18 h à 20 h (Musée du quai Branly 75007 Paris, atelier 1, inscription préalable obligatoire sur www.quaibranly.fr, rubrique « Étudier et rechercher »), du 15 novembre 2007 au 5 juin 2008. Journées d'études les 18 avril et 16 mai 2008

Mots-clés : Anthropologie, Image,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Adresse(s) électronique(s) de contact : severi(at)ehess.fr, careri(at)ehess.fr, vidal(at)ehess.fr

Compte rendu

Au cours de deux premières séances du séminaire, Carlo Severi est parti d’un constat : selon les contextes, les images et les objets ont été, longtemps et au sein de bien des cultures, investis d’une subjectivité propre. Plus que pour leur forme, ils se sont affirmés par leur influence, leur pouvoir thérapeutique, ou leur autorité. Cette focalisation sur les contextes d’usage et des performances peut conduire l’anthropologie de l’art à considérer les artefacts non pas uniquement comme des systèmes de signes, mais aussi et surtout comme des systèmes d’actions et de relations. La prise en compte des dimensions pragmatiques et performatives des artefacts est de ce point de vue, tout à fait essentielle. Selon cette nouvelle perspective, que Severi a illustrée par l’analyse d’un certain nombre de cas où une fonction d’autorité est attribuée à l’artefact, les objets ne sont pas de simples supports inertes d’un symbolisme, mais constituent de véritables moyens d’agir sur autrui, des dispositifs complexes de médiations investis de sens, de valeurs, d’intentionnalités spécifiques.
Reprenant un thème de recherche particulièrement cher à Aby Warburg, Denis Vidal a continué de présenter ses recherches sur le rôle des figures en cire dans l’histoire sociale et culturelle tout autant que dans l’histoire de l’art. Prenant appui sur les travaux des historiens d’art qui se sont intéressés à ce domaine mais aussi sur les recherches consacrées plus généralement à l’art du portrait, il a montré comment une approche historique et ethnographique
– davantage centrée sur le devenir des musées en cire depuis le XVIIIe siècle jusqu’à ce jour – permettait d’adopter une perspective complémentaire mais différente de celle qui ont pu être adoptées jusqu’alors à propos de ce domaine.
Inès Zupanov a montré au cours d’une séance consacrée à l’iconographie des pupitres en bois dans les églises de Goa comment une analyse détaillée de ce mobilier religieux permettait de reconsidérer différentes dimensions de l’interaction qui avait pris place entre les cultures de l’Inde et du Portugal. Yolaine Escande a montré pourquoi il est indispensable de prendre en compte la dimension déambulatoire si l’on veut véritablement comprendre les formes prises par l’art du paysage au Sichuan. Rapheal Mandressi a présenté ses travaux sur les images anatomiques, en analysant en particulier les changements qui ont pris place dans les représentations et le rôle que celles-ci ont pu jouer, au fur et à mesure qu’évoluaient les pratiques chirurgicales et la connaissance de l’anatomie humaine.
Giovanni Careri a posé quelques questions à propos de la relation entre anthropologie et histoire de l’art et plus précisément entre analyse des formes de l’expression et analyse des formes des contenus. Questions autour des figures du serpent et de la croix, mais surtout questions sur les paradigmes du corps et de la chair qui constitue le socle anthropologique sur lequel est bâtie la conception eschatologique et historique de la chapelle Sixtine. En analysant la représentation de la Crucifixion de Amman il a relevé que cette description d’un « rituel du serpent » ne va pas sans rappeler la conférence de Aby Warburg et notamment sa réflexion sur la plasticité symbolique de la figure du serpent. Une fois établie la relation dialectique entre le « vrai » serpent et la figure serpentine, il s’est demandé pourquoi le lien entre l’anthropologie chrétienne de la ressemblance et le rôle matriciel de la figure serpentine n’a jamais été fait alors que les textes de saint paul à propos de la conformation et de l’incorporation sont très clairs, et qu’il suffit de lire, à titre d’exemple contemporain, le petit traité du Beneficio di Cristo (1543) pour voir que l’incorporation par ressemblance est le modèle non seulement partagé mais d’une certaine façon remise au centre de la pensée religieuse du temps. On peut tenter de répondre à cette question en se referant à la censure exercée à l’encontre du Jugement dernier et rappeler que cette fresque a été critiqué et défendue plus que toute autre œuvre d’art auparavant. Le Jugement dernier voit le jour au moment où l’« histoire de l’art » commence à construire un domaine discursif autonome. La littérature sur la fresque constitue donc un ensemble de textes fondateurs de la discipline. La séparation entre la valeur formelle de la figure serpentine et sa valeur « anthropologique » dans la Sixtine se situe donc dans un moment décisif pour la définition des fondements de l’histoire de l’art.
Stephen Campbell de la Johns Hopkins University a contribué au séminaire avec un exposé intitulé Renaissance Naturalism and the Jewish Bible : Farrara, Brescia, Bergamo 1520-1540 dans lequel il a montré que l’opposition binaire juif/chrétien sert à réorganiser la pensée artistique et théologique à propos du statut de l’art chrétien au moment de la crise de la Réforme. Bertrand Prevot, docteur de l’EHESS et membre associé du CETHA, a proposé d’introduire une dimension éthologique dans l’analyse de la peinture du Quattrocento afin de remettre au centre la question de la force et avec elle la conception énergétique découverte par Aby Warburg.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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