2007-2008

Pratiques d’enquête et sens de la réalité sociale. Approches historique et sociologique

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Premier, troisième et cinquième mardis du mois de 9 h à 13 h (salle 916, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 6 novembre 2007 au 3 juin 2008. La séance du 20 novembre est reportée au 27 novembre (même heure, même salle)

Qu’est-ce qu’une bonne enquête ? Le séminaire développera une analytique de l’enquête en mettant au centre les manières de tester la réalité sociale. La relation d’enquête sera posée comme relation d’expérience à expérience. Le classique « problème de la réalité sociale » (y compris historique) sera ainsi interrogé à travers la nature des enquêtes, leurs variétés instituées ou non, leurs qualités de discernement, leurs conceptions de la description, leur traitement de l’évaluation, et, finalement, la force de conviction de leurs comptes-rendus (au sens ethno-méthodologique).

Partant de terrains collectifs en cours, ainsi que d’enquêtes classiques (histoire, sociologie et anthropologie) dont les matériaux seront revisités, le séminaire examinera ensemble corpus historiographiques et notes ethnographiques pour reconsidérer les parcours de recherche, de l’observation au récit d’action, en incluant les retours sur les conditions du travail de terrain et la critique des sources. Autrement dit, nous travaillerons dans un va-et-vient entre les corpus et les pragmatiques d’investigation.

Pour cette première année, nous introduirons, à partir de l’expérience historique du groupe d’enquêteurs réuni par Frédéric Le Play, le thème des collectifs d’enquête (enquêtes coordonnées), et celui des enquêtes collectives (regarder la même chose à plusieurs). 

Ce séminaire  s’adresse particulièrement aux étudiants et chercheurs engagés dans des travaux de terrain ou des enquêtes sur archives et acceptant de soumettre des matériaux de première main ou journaux de recherche à discussion commune.

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Intitulé général : Sens du juste et sens de la réalité sociale

Renseignements : Stéphane Baciocchi

Direction de travaux d'étudiants : Alain Cottereau, sur rendez-vous, le mardi après-midi.

Réception : Alain Cottereau, sur rendez-vous, le mardi après-midi.

Adresse(s) électronique(s) de contact : cotte(at)ehess.fr ; baciocch(at)ehess.fr

Compte rendu

Qu’est-ce qu’une bonne enquête ? Pour répondre à la question, le séminaire a placé au centre de ses préoccupations les manières de tester la réalité sociale, la relation d’enquête étant posée comme relation d’expérience à expérience. Le classique « problème de la réalité sociale » (y compris historique) a ainsi été interrogé à travers la nature des enquêtes, leurs variétés, leurs qualités de discernement, leurs conceptions de la description, leur traitement de l’évaluation et, finalement, la force de conviction de leurs comptes rendus. Pour cela, nous avons adopté une démarche de travail collectif : chaque participant du séminaire a lui-même été invité à soumettre à tous des matériaux d’enquête, descriptions, dossiers de première main ou journaux de terrains. Le travail en séances collectives (4 séances sur 13) a consisté à rapprocher l’ensemble, sous l’éclairage des autres séances (analyse d’enquêtes exemplaires, histoire et théories de l’enquête). Chaque participant a eu la possibilité de soumettre de nouvelles versions de ses textes. L’ensemble a donné lieu à une suite de textes, et à un recueil final autour d’un thème commun : « Typifications et progression d’enquête ». Ce recueil traduit un travail collectif d’élaboration des notes de terrain.
Un premier cycle de séances, « Aux sources de l’enquête de terrain », est parti d’un certain nombre de journaux d’enquêtes exemplaires (notamment celui de Jeanne Favret-Saada et Josée Contreras), de théories de l’enquête (notamment l’exigence de première main chez John Dewey) pour travailler sur les thèmes de « la bonne description » et du rapport enquêteur-enquêté considéré pour ses valeurs d’expérience. Une confrontation avec les matériaux des séances collectives nous a conduits à approfondir les techniques de prise de note, de rédaction et d’édition du journal de recherche.
Le second cycle, en partant d’Alfred Schutz, sur les « réalités multiples », visait à remettre à plat une approche des partitions de la réalité sociale, du point de vue de chaque milieu concerné, comme exigence descriptive première. Un de ses domaines de concrétisation est la problématique de distribution sociale des connaissances (et non pas seulement des idées) : qui, dans telle situation, peut savoir quoi sur quoi ? Nous avons ainsi exposé les cas de l’affaire dite du RER D en été 2004 et celui des enquêtes épiscopales et privées relatives à l’apparition de La Salette (1847). Élisabeth Claverie, invitée, a développé quant à elle, d’après une enquête en cours, une analyse historique des apparitions de Lourdes, replacées dans le milieu des enfants montagnards paysans.
Le troisième cycle de séances a porté sur les dimensions collectives de l’enquête : observer à plusieurs, et constituer les « faits » contrôlés scientifiquement dans la mesure où fonctionne, explicitement ou tacitement, un milieu scientifique autonome. C’est le sens d’un thème de Dewey, « se mettre d’accord sur les faits », formule employée aussi au siècle précédent par un collectif de savants réunis par Frédéric Le Play, en 1848. Dans cet esprit a été exposée la vaste enquête collective actuellement en cours sur un quartier difficile de Mélilla (enclave espagnole au Maroc), par deux de ses animateurs, Eduardo Rodriguez-Martin, et Margalida Mulet Pascual. L’enquête, menée dans l’esprit de l’École de Chicago, effectuée par 35 personnes, est animée par des post-doctorants et doctorants de l’EHESS, dans le cadre d’une association de recherche fondée par eux. Enfin, Daniel Cefaï et Paul Costey sont venus présenter et discuter leur travail de traduction pour le recueil de textes qu’ils préparent sous le titre L’Engagement ethnographique.

Publication
Typifications et progressions d’enquête, Recueil des travaux du Séminaire pratiques d’enquête et sens de la réalité sociale, Tome 6, Paris, EHESS, mai 2008, multigr., 112 p. [Naziha Aboubeker, « Typifications au guichet et au tribunal » ; Kamel Boukir, « Du goût au dégoût des autres : affects et émotions dans le choix d’un “terrain” difficile, dans la conduite de l’enquête, et dans l’abandon de celle-ci » ; Frida Calderon, « Les migrants se racontent… pour dire quoi, à qui ? », Michoacan, Mexique ; Karine-Hinano Guerin, « Aspects des pratiques d’adoption en Chine » ; Xenia De Heering, « De proche en proche : pratiques de jeunes tibétains sur leurs régions d’origine, formés au développement rural » ; Marie-Paule Hille, « Repas collectifs en période de ramadan, dans le Xidaotang (Province chinoise à forte présence musulmane) : ethnographie et analyse » ; Lucia Katz, « Étudier les hommes hébergés dans les premières maisons d’hospitalités parisiennes : l’Œuvre de l’Hospitalité de Nuit et ses pauvres » ; Candice Martinez, « Acteurs gouvernementaux et définitions du problème de la délinquance en Argentine » ; Rym Nouri, « Essai de thématiser les étonnements et surprises de Guérin sur quatre monographies d’ouvriers (1881-1895) » ; Irène Ramos, « Liens et clivages entre générations à l’occasion d’une célébration villageoise dans le Guerrero (Mexique) » ; Chiara Rossi, « La Paroisse italienne de Paris : “le groupe du mercredi” » ; Jean Frances, Stage de formation CGT-CNPE : récit d’enquête].

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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