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Premier, troisième et cinquième mercredis du mois de 17 h à 19 h (IISMM, salle de réunion, 1er étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 7 novembre 2007 au 16 avril 2008. Séance du 21 novembre annulée
Que sait-on du Maghreb en Europe aujourd’hui ? À partir d’une question très générale sur la connaissance empirique, lettrée et sensible qu’ont les Européens du Maghreb, sur sa place dans les imaginaires contemporains et sur la situation de la recherche savante qui le prend comme objet — ou comme cadre d’étude —, on cherchera à comprendre les modes et les processus de constitution de ces savoirs et les œuvres qui les ont fixés.
Pour mieux cerner l’élaboration d’un corpus savant et la diffusion de représentations, on sera attentif à la variété des approches qui se renforcent mutuellement ou s’opposent, en fonction du statut de leurs auteurs, qu’il s’agisse de leur situation institutionnelle (amateurs ou professionnels, militaires ou administrateurs, universitaires et journalistes), de leur appartenance nationale (français intégrés dans l’appareil colonial, étrangers collaborateurs ou subversifs, « indigènes » à la parole à la fois reconnue et délégitimée, plus ou moins insérés dans le dispositif savant) ou de leurs engagements politiques. Nous nous intéresserons aussi aux relations qu’entretiennent entre eux savants, artistes et médiateurs, selon des clivages politiques et idéologiques, ou sans les recouper.
7 novembre : Approches historiques coloniales et post-coloniales du Maghreb.
21 novembre : Savoirs coloniaux, médiateurs indigènes et constructions d’histoires nationales (1). La constitution d’une histoire de l’Algérie : Ernest Mercier, William Marçais, Émile-Félix Gautier et les siècles obscurs du Maghreb.
5 décembre : Savoirs coloniaux, médiateurs indigènes et constructions d’histoires nationales (2) : Postérité, réappropriations et rejets des approches ethnographiques et anthropologiques (Michèle Sellès-Lefranc).
19 décembre : Le Maghreb, terrain d’investigations archéologiques (Clémentine Gutron)
16 janvier : Le Maghreb des militaires. Les topographes militaires dans les premières années de la conquête en Algérie (Hélène Blais)
30 janvier : Le Maghreb des géographes de l’école d’Alger. L’œuvre d’Augustin Bernard (Florence Deprest)
6 février : Réorganisation des archives et processus colonial. Sources ottomanes et colonisation : histoire d’un fonds archivistique algérien (Isabelle Grangaud).
20 février : Le Maghreb en musées. Présentation des collections maghrébines du musée du Quai Branly
5 mars : Regards d’hommes de lettres. Hugo et l’Algérie (Frank Laurent)
19 mars : Sihem Debbabi Missaoui, maître de conférences à l’Université de La Manouba, Tunis, L’interdiction du vin en islam et la question du nabidh.
Après une thèse dirigée par Abd el-Majid Charfi sur l’alimentation dans le patrimoine arabe classique, Sihem Debbabi travaille sur le quotidien dans l’islam médiéval, en relisant les textes arabes classiques dans une perspective alliant histoire et anthropologie.
2 avril : Les langues : enjeux politiques et outils de connaissance
16 avril : Le Maghreb des médecins
Mots-clés : Histoire,
Aires culturelles : Afrique, Maghreb, Méditerranéens (mondes), Musulmans (mondes),
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde musulman
Intitulé général : Histoire du Maghreb, XIXe-XXe siècles
Renseignements : alain messaoudi
Réception : sur rendez-vous
Site web : http://chsim.ehess.fr/
Adresse(s) électronique(s) de contact : messaoud(at)ehess.fr, claire.fredj(at)wanadoo.fr
Nous avons poursuivi notre enquête historique sur la façon dont s’est constitué à l’époque coloniale un corpus de savoirs sur le Maghreb – en donnant une place privilégiée à l’Algérie – à partir de perspectives multiples, professionnelles (médecins, militaires) ou disciplinaires (études arabes, archéologie, ethnographie, géographie), en s’interrogeant sur leurs points de conjonction. L’acquisition sur le terrain de connaissances pratiques avec pour objectif une meilleure capacité d’action interagit avec la constitution d’une science qui affirme dans le dernier tiers du xixe siècle son objectivité et son irréfutabilité. On peut saisir ces liens à travers les pratiques professionnelles d’agents de l’administration et de l’armée française dans les premières années de la conquête. La façon dont quelques fonctionnaires français, suffisamment armés en arabe et en turc, ont, avec l’aide de musulmans lettrés, repris possession et réorganisé les archives ottomanes réchappées des destructions de la guerre de conquête a eu des incidences sur l’historiographie de la période ottomane, y compris dans l’Algérie indépendante, les conditions historiques de la constitution du fonds archivistique ayant été oubliées (Isabelle Grangaud). L’étude des relevés des topographes militaires, complétés par des informations tirées d’observateurs indigènes, permet de reconstituer les modalités d’une cartographie du territoire qui impose une logique nouvelle qui prétend à la scientificité (Hélène Blais). Deux générations plus tard, en liant science et expertise, la géographie universitaire que défend le libéral Augustin Bernard contre le colonial Émile-Félix Gautier remet partiellement en cause la perspective vidalienne (Florence Deprest). On retrouve des articulations chronologiques comparables à travers l’étude des écrivains voyageurs dans l’Algérie coloniale (1860 qui marque la fin du rêve oriental ; 1900, qui marquerait un intérêt nouveau pour le processus de francisation, l’arabe devenant un homme « sans qualités ») (Frank Laurent). Dans le cadre de la discipline médicale, les missions médicales de Dorothée Chellier dans l’Aurès et en Kabylie (1895-1899), destinées à développer la formation en obstétrique des matrones (qabla), permettent de retracer le regard français sur les pratiques indigènes et la manière dont l’autorité coloniale tente de remplacer ces dernières. On a aussi posé la question de la postérité des approches ethnologiques et anthropologiques coloniales en Kabylie, en rappelant la participation d’informateurs algériens aux missions organisées au Maroc et la façon dont les matériaux produits ont pu être réorganisés dans une perspective algérienne pré-nationaliste (Michèle Sellès-Lefranc). Autre héritage contemporain : les objets collectés dans le cadre des missions scientifiques, nombreux au sein des près de 20 000 objets maghrébins conservés au musée du quai Branly, pour les trois quarts issus des collections du musée de l’Homme. Après 1970, ce mode d’acquisition se tarit, le relais étant pris par des dons de collectionneurs, évolution qui s’accompagne d’une sensibilité plus grande aux qualités esthétiques des objets plutôt qu’à leur intérêt ethnographique (Hana Chidiak). La manière dont ce patrimoine matériel s’inscrit dans des enjeux sociaux et politiques malgré l’affirmation d’une scientificité neutre a été soulignée par Clémentine Gutron à propos de l’archéologie en Tunisie : oubli des tensions qui accompagnent la mise à l’écart des habitants du site de Dougga ; rivalités entre archéologues français et tunisiens dans les premières années de l’indépendance ; intérêt nouveau porté aux périodes préhistoriques, puniques et islamiques et mise en concurrence des différentes équipes étrangères. La tension prend une forme particulière dans le domaine des études arabes, opposant une tradition savante « indigène » et une vision extérieure « scientifique » qui répond à des critères élaborés dans les grands centres universitaires européens. Elle se vérifie à propos de la question de l’interdiction du vin en islam : une analyse philologique et anthropologique du texte coranique d’une part, du fiqh et des traditions exégétiques musulmanes d’autre part, permet de poser la question des lectures et des usages en cours aux XIXe et XXe siècles (Sihem Debbabi-Missaoui).
Publications
• « Origines et enjeux initiaux de l’agrégation d’arabe », Actes du séminaire national « Le centenaire de l’agrégation d’arabe », 16-17 nov. 2006, Versailles, CRDP de l’académie de Versailles, 2007, p. 41-58 (en ligne sur Eduscol : http://eduscol.education.fr/
D0217/actes_agregation_arabe.pdf).
• « Usages de la science allemande de Paris à Alger (v. 1840 - v. 1920). Relire les textes, objectiver les choses arabes ? », Revue germanique internationale, 7/2008, Itinéraires orientalistes entre France et Allemagne (numéro coordonné par Céline Trautmann-Waller et Pascale Rabault-Feuerhahn), p. 185-200.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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