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Lundi de 15 h à 17 h (salle 6, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2008 au 25 mai 2009
Le Brésil et les Brésiliens constituent l’exemple privilégié à partir duquel les questions migratoires sont soulevées, avec toutefois une ouverture à d’autres lieux et à d’autres flux, et notamment les migrations vers la France et l’historiographie de l’immigration française.Le séminaire est construit selon des axes thématiques à l’intérieur desquels des études de cas sont examinées, avec des exemples appartenant à la période des « grandes migrations » (fin du XIXe-début du XXe siècle), aux migrations de l’Après-guerre (les « Trente glorieuses » pour la France), ou bien aux « nouvelles migrations » des dernières décennies. Les expériences migratoires sont éclairées par une perspective qui privilégie la catégorie de genre, croisée avec celles de classe, ethnie, génération et « race ». Une partie du séminaire est consacrée à l’examen des formes d’implantation urbaine des groupes d’immigrés et à la notion de quartier ethnique. Les Juifs et les Japonais sont les groupes privilégiés. Pour ce qui est des Japonais, dont le centenaire de l’immigration au Brésil fait en 2008 l’objet de commémorations importantes, le siècle de présence du groupe au Brésil est traversé par un double mouvement : immigration jusqu’aux années 1970 et, ensuite, « retour » au Japon des descendants d’immigrés (phénomène dekassegui). Cette longue durée nous permet de réfléchir sur les temporalités migratoires, l’invention des identités ethniques selon les différentes générations d’un groupe, les formes de transmission des pratiques culturelles et les adaptations dont elles font l’objet. Quant aux Juifs, l’accent est mis sur les politiques migratoires des pays d’immigration en Amérique dans les années 1930-40. Pour l’après-guerre, le travail est consacré à l’immigration juive en France, seul pays du continent européen à recevoir des immigrants juifs en nombre important de 1945 à 1974.
30 avril 2009 : Projection du documentaire « Queimando pneu na terra da rainha » [« A Tombeau ouvert chez sa gracieuse majesté »), Brésil, 2006, 60 min. Réalisation et production : Daniela Kawakam.
Le film traite de la vie des immigrés brésiliens travaillant comme moto-boys (et moto-girls) à Londres. Les interviewés parlent de leur décision de quitter le Brésil, de la réalité de leur vie en Angleterre – souvent dans la clandestinité -, des risques du métier, des rapports avec les Anglais, de la famille laissée au Brésil, et des projets d’avenir. La caméra suit le quotidien de travail d’un moto-boy, enregistrant sa routine et découvrant ce que les Anglais pensent des Brésiliens vivant chez eux.
Lundi 25 mai 2009 : Descendance, mémoire, quête des racines. Projection du documentaire « Un passeport hongrois » de Sandra Kogut
Mots-clés : Genre, Histoire, Historiographie, Urbaines (études),
Aires culturelles : Amérique du Sud, Amériques, Europe, Europe centrale et orientale, France, Japon, Juives (études), Maghreb, Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire
Renseignements : Natália Mesquita, CRBC, tél. : 01 49 54 20 85
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous, Natália Mesquita, CRBC, tél. : 01 49 54 20 85 ; moschpun(at)ehess.fr
Site web : http://www.ehess.fr/crbc/accueil.html
Adresse(s) électronique(s) de contact : moschpun(at)ehess.fr ; mesquita(at)ehess.fr
Nous nous sommes concentrés cette année sur deux groupes migratoires : les Juifs et les Japonais. Par rapport aux années précédentes, même si le Brésil est resté au centre de nos préoccupations, nous avons fait une plus grande place à la comparaison entre les divers lieux d’implantation de ces groupes dans les Amériques : pour les Japonais, ont été examinés les cas des îles Hawaii, des États-Unis et du Pérou ; pour les Juifs, les États-Unis, le Canada et l’Argentine. Mes recherches récentes sur l’immigration juive en France dans l’après-guerre (1945-1974) ont elles aussi fait l’objet de nos réflexions, élargissant, pour le cas des Juifs, les comparaisons entre pays américains avec la situation française, selon certains axes thématiques.
Cette approche comparative a été aussi utilisée pour étudier les flux migratoires et les formes d’implantation respectives des Juifs et des Japonais au Brésil. L’histoire de ces deux flux migratoires se prête en effet à bien des comparaisons au Brésil : politiques migratoires spécifiques, discrimination d’État, niches professionnelles, visibilité forte (en décalage avec la présence effective des deux groupes au sein de la population), densité et efficacité des réseaux associatifs, endogamie plus durable que celle des autres groupes ethniques, ascension sociale importante, formes d’implantation urbaine spécifiques (quartier ethnique, dispersion, traces urbaines de l’histoire du groupe).
Les questions de genre, de génération et de temporalité migratoires ont permis, elles, de mieux problématiser ces regards comparatifs, dans le sens d’une meilleure compréhension des deux expériences migratoires en question.
Pour ce qui est des Juifs brésiliens, l’accent a été mis sur les années 1930-1940, avec la mise en place d’une politique migratoire antisémite et l’arrivée des Juifs allemands et autrichiens. D’une façon générale, la question de l’accueil des Juifs au Brésil dans ces années-là est intimement imbriquée à celle des relations du pays avec les États-Unis et l’Allemagne dans la période qui précède l’entrée en guerre du Brésil en 1942. La définition même d’une politique migratoire vis-à-vis des Juifs réfugiés ne peut être comprise sans la prise en compte de ces relations. Mais l’examen de la politique antisémite qui s’installe doit s’accompagner d’un regard sur la vie quotidienne des communautés juives installées surtout dans les grandes villes brésiliennes, sur lesquelles les pressions exercées par l’État ont été très faibles, surtout si on les compare à celles réservées aux Nippo-brésiliens dans la même période. Les Nippo-brésiliens ont en effet été la cible d’actions violentes, qui sont à l’origine, avec toute la politique discriminatoire à leur égard, de déchirures intra-communautaires importantes. Il s’agit surtout de l’action de l’organisation Shindo Renmei qui n’accepte pas la défaite du Japon dans la guerre, accusant de « défaitistes » ceux qui s’y sont résignés. La littérature existant sur cette question, assez polémique, mérite une attention particulière, et nous l’avons examinée.
Enfin, pour ce qui est des Japonais, dont le centenaire du début de l’immigration au Brésil a suscité en 2008 des commémorations importantes, le siècle de présence du groupe au Brésil est traversé par un double mouvement : immigration jusqu’aux années 1970 et, ensuite, « retour » au Japon des descendants d’immigrés (phénomène dekassegui). L’examen de ce cas sur une longue durée a permis de mettre en parallèle au sein d’un même groupe « anciennes » et « nouvelles » migrations sous une optique moins marquée par la rupture, où des continuités historiques ont pu être signalées. Cette longue durée nous a aussi permis de réfléchir sur des questions qui me tiennent à cœur : la temporalité migratoire telle qu’elle se manifeste dans l’invention des identités ethniques selon les différentes générations d’un groupe, les formes de transmission des pratiques culturelles et les adaptations dont elles font l’objet dans le pays d’accueil au cours du temps.
Dernière modification de cette fiche : 3 juin 2009.
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