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1er et 3e jeudis du mois de 17 h à 19 h (salle 505, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 6 novembre 2008 au 4 juin 2009
S’interrogeant sur les droits et les privilèges liés aux appartenances locales dans les villes à l’époque moderne, on a mis en perspective un ensemble de figures sociales variées (célibataires, migrants, personnes sans occupation / sans héritiers, pauvres, étudiants, marchands, pèlerins) caractérisées moins par leur statut d’étranger que par l’instabilité de leur intégration sociale.
Cette année nous continuerons notre travail sur les modalités d’intégration qui sont poursuivies par ces différents sujets sociaux, en nous appuyant, en particulier, sur les preuves d’appartenance locale portées en justice. La vaste aire géographique que recouvrent nos terrains de recherche, permet de répertorier les différentes ressources urbaines mobilisées, et de nourrir ainsi une perspective comparatiste concrète. Nous porterons une attention particulière au rôle qui est attribué aux institutions dans la création de relations de confiance et de stabilisation des liens sociaux. L’observation des pratiques sociales des instables en vue de la reconnaissance de leur appartenance active à la ville, permet de réfléchir aux limites de l’opposition classique entre «univers social » et «univers institutionnel ». Aussi, notre travail, axé essentiellement sur des études de cas, se nourrira d’une réflexion méthodologique plus large autour de ces thèmes.
5 février 2009 : dans le cadre de l'initiative "Changeons le programme", discussion à propos des transformations concernant le CNRS
Mots-clés : Histoire,
Aires culturelles : Europe, Maghreb, Turc (domaine),
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : Justices d'Ancien Régime
Renseignements : Simona Cerutti, Centre de Recherches Historiques, EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris cerutti(at)ehess.fr
Direction de travaux d'étudiants : 1er et 3eme jeudis du mois de 14h à 16h, bureau 803, 54 bd Raspail 75006 Paris.
Réception : Simona Cerutti, Centre de Recherches Historiques, EHESS, 54 bd Raspail 75006 Paris cerutti(at)ehess.fr 1er et 3eme jeudis du mois de 14h à 16h, bureau 803, 54 bd Raspail 75006 Paris.
Niveau requis : tous niveaux
Adresse(s) électronique(s) de contact : cerutti(at)ehess.fr
S’interrogeant sur les droits et les privilèges liés aux appartenances locales dans les villes à l’époque moderne, les séances du séminaire ont abordé plus précisément les modalités d’intégration qui étaient poursuivies par les différents sujets sociaux, en s’appuyant, en particulier, sur les preuves d’appartenance locale portées en justice et en consacrant une attention particulière au rôle majeur des institutions dans leur capacité à créer des relations de confiance et à stabiliser des liens sociaux. L’observation des pratiques sociales des instables en vue de la reconnaissance de leur appartenance active à la ville nous a permis de réfléchir aux limites de l’opposition classique entre « univers social » et « univers institutionnel ».
Notre travail, axé essentiellement sur des études de cas, s’est nourri d’une réflexion méthodologique plus large. Celle-ci a porté en particulier sur le rôle joué par les institutions dans les processus d’intégration dans les villes modernes ; et parallèlement, sur le statut ainsi que les finalités de la pratique de la comparaison en histoire. Ainsi un certain nombre de séances du séminaire a été consacré à la lecture de quelques travaux classiques des économistes « néoinstitutionnalistes » (notamment : Paul R. Milgrom, Douglas C. North et Barry R. Weingast, « The role of institutions in the revival of trade : the law merchant, private judges, and the champagne fairs », Economics and Politics, vol. 2, mars 1990, et Avner Greif, « Reputation and coalitions in Medieval trade : evidence on the Maghribi traders », Journal of economic history, XLIX, 1984). D’autre part, afin d’approfondir notre réflexion sur la comparaison en histoire, Jocelyne Dahklia est intervenue au séminaire sur cette thématique lors d’une séance. À travers les jalons de son parcours de recherche consacré à une approche sur la longue durée du politique dans l’Islam, restitué dans le contexte de son élaboration, elle a montré comment elle a cherché à traquer, derrière les poncifs présents de l’irréductibilité culturelle, les limites de la spécificité de l’aire culturelle étudiée et partant les limites d’un comparatisme arc-bouté à la nécessité méthodologique de postuler des entités distinctes.
Isik Tamdogan a approché la question de l’établissement des liens sociaux et de la confiance à travers l’étude de deux institutions. Notamment les han comme résidence transitoire d’une part, et le système des garants (kefalet) de l’autre. Implantés au sein des villes ottomanes, les han offraient une résidence aux nouveaux arrivants dans la ville. I. Tamdogan a poursuivi son étude de ces deux institutions, montrant comment elles pouvaient se croiser quant à l’intégration graduée des individus dans la ville. Elle a plus particulièrement mis en avant le rôle des han qui se portaient garants pour les nouveaux arrivants dans la ville, en permettant à ceux-ci l’accès à une activité professionnelle ou bien au droit de résidence au sein des quartiers (mahalle).
Yavuz Aykan (doctorant) a animé deux séances. Dans la première, il a traité la question des terres vacantes et de leur statut juridique à partir de l’étude d’un cas spécifique issu des archives judiciaires de la ville d’Amid (capitale d’une province ottomane au XVIIIe siècle). Il a d’abord analysé les parcours intellectuels des juristes musulmans (muftis) afin de déterminer le statut des terres « nouvelles », occasionnés par le retrait des eaux du Tigre. L’étude de ce cas lui permit de découvrir également comment les muftis pouvaient confirmer la loi musulmane avec la loi ottomane par le biais de deux fatwas présentées dans le tribunal. Dans la seconde, il a exposé une étude portant sur une affaire de faux témoignage dans la ville d’Amid. À partir de ce cas qui sort de l’ordinaire, il s’est focalisé en particulier sur le rôle des documents écrits dans le contexte de la jurisprudence musulmane ; il a abordé de manière plus générale le problème du statut de l’écrit dans ces sociétés de l’époque moderne, en sollicitant des questionnements comparatifs entre aires géographiques différentes. Il a montré, en outre, qu’il était possible de dresser un tableau de la ville ottomane où la vie et les transactions quotidiennes se déroulaient à l’aune de documents écrits par le tribunal.
Isabelle Grangaud a poursuivi l’exposé de ses recherches sur le droit au travail et l’appartenance locale à Alger à l’époque moderne. Sa première séance a été consacré à l’éclairage des données d’un firman émis par la Porte à la fin du XVIe siècle ordonnant aux autorités d’Alger d’accorder aux « Ulamâ » andalous, récemment installés dans cette ville, le droit d’exercer leurs fonctions. Elle a également montré notamment que la mise en cause, par les élites citadines, de l’exercice d’un métier par des individus et des groupes n’appartenant pas à la ville, a été un enjeu récurrent de conflits tout au long de l’époque moderne dans divers centres urbains maghrébins. Ces conflits ont contribué à l’affirmation d’identités sociales différenciées, articulées à l’accès aux droits liés à l’appartenance locale et finalement à la définition de ses critères. Partant de la notion très employée dans les études maghrébines mais peu explicitée de « citadinité », lors d’une deuxième séance, I. Grangaud a mis en perspective un certain nombre d’enjeux liés à l’étude de l’appartenance locale et des revendications qui la sous-tendent à travers l’opposition citadins/pauvres (et notamment la figure du gharib), à travers les figures de l’étranger (et notamment du barrânî et des corporations communautaires urbaines), à travers enfin les formalisations des communautés de voisinage et des droits des propriétaires.
Simona Cerutti a présenté ses recherches sur des parcours d’intégration sociale dans des villes d’Ancien Régime. La reconstitution de la biographie sociale de Gerolamo Motta, turc d’Anatolie, résidant entre Vienne et Turin au début du XVIIIe siècle, permet d’interroger les modalités d’insertion urbaine ainsi que le rôle joué par la confession religieuse dans cette insertion. Les rapports à la propriété immobilière, de même que la relation entretenue avec les institutions charitables de la ville, ont été interrogés en particulier dans leur efficacité dans le parcours d’intégration. Une biographie particulière a ainsi servi de symptôme pour reconstituer des variables d’analyse susceptibles de constituer un terrain de comparaison entre aires géographiques différentes.
Par ailleurs, souhaitant manifester notre opposition aux « réformes » proposées par le ministère de de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et celui de l’Éducation nationale concernant le statut des enseignants chercheurs, la formation des enseignements du secondaire, l’avenir des établissements de recherche et l’aide aux doctorants, nous avons participé, ainsi qu’un certain nombre de collègues, à un programme alternatif de séminaires (« Changeons le programme ! ») qui analysait l’origine et les effets de ces « réformes » sur la place du savoir dans notre société et le rôle qu’on souhaite assigner aux chercheurs. Lors de ces séances deux thèmes majeurs et marquants de l’actualité de la recherche en France ont été discutés, notamment l’histoire et les objectifs du mouvement « Sauvons la Recherche », et les récents changements opérés au sein du CNRS. Cette initiative se prolongera l’an prochain par un séminaire commun, intitulé : « Les politiques des sciences. Séminaire alternatif ».
Dernière modification de cette fiche : 4 février 2009.
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