2008-2009

Héros fondateurs et pères de la nation : la fabrication des grands hommes dans l'Afrique moderne.

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e lundis du mois de 15 h à 17 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 17 novembre 2008 au 18 mai 2009

Le séminaire écoulé a été consacré à l’étude des mausolées, mémoriaux et autres architectures monumentales dédiées aux 'grands hommes' des combats de libération anticoloniale ('pères de l’indépendance' et 'pères de la nation'), mais aussi à quelques 'héros coloniaux' (comme Pierre Savorgnan de Brazza). Le séminaire s’attachera encore à ces figures impériales, héros paradoxaux des nouveaux États indépendants, et inaugurera une série de comparaisons traitant des croisements et de la comparaison d’itinéraires et de destins de personnages exemplaires partageant la même situation à des époques différentes (comme Patrice Lumumba et le Roi Christophe) ou de figures reléguées dans un effacement volontaire ou involtaire (en particulier les figures féminines). Une attention particulière sera accordée aux sources littéraires et iconographiques.

Aires culturelles : Afrique, Transnational/transfrontières,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M1S1 M1S2 M2S3 M2S4)

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Afrique

Intitulé général : Histoire de l'Afrique noire du XIXe siècle à nos jours

Renseignements : secrétariat du Centre d'études africaines, 96 bd Raspail 75006 Paris

Direction de travaux d'étudiants : Lundi 13-19 heures sur RDV.

Réception : Sur RDV.

Niveau requis : Licence.

Adresse(s) électronique(s) de contact : stceaf(at)ehess.fr

Compte rendu

En continuité et dans le prolongement des recherches consacrées à l’itinéraire et aux représentations de Léon Mba (1902-1967), le « Père de l’indépendance » gabonaise, mes enquêtes ont porté sur la figure controversée d’Omar Bongo Ondimba. Un tel personnage constitue un remarquable « terrain » pour l’historien. Son parcours invite d’abord, en amont comme en aval de sa prise de pouvoir, à se plonger dans l’histoire de ce qu’il est convenu d’appeler la « Françafrique ». Je me suis préoccupé de sonder d’autres pistes dans la mesure où le successeur de Léon Mba a tout mis en œuvre à la fois pour se différencier du « Père de l’indépendance » et pour ériger, de la manière la plus large possible, les frontières de sa propre autonomie. Plutôt que d’entrer et de camper dans le champ, bien encombré par les chercheurs, des pratiques du pouvoir d’État et de leurs obscurs cheminements, j’ai choisi d’enquêter sur la politique extérieure et, d’une manière encore plus restreinte, sur l’action diplomatique du chef de l’État gabonais, ce qui oblige à prendre en compte l’action de l’homme d’État et les facteurs de tous ordres qui contribuent au succès ou à l’échec de ses entreprises. L’une des particularités du Gabon contemporain tient précisément à la séparation de deux figures fréquemment confondues, celle du « Père de l’indépendance » et celle du « Père de la nation ». Prendre en compte l’action diplomatique du « Père de la nation » revient dès lors à tester sa marge d’autonomie et à s’interroger sur la nature et la qualité des arguments que lui-même ou ses partisans invoquent et mobilisent pour prétendre, de son vivant, à sa qualité de « Père de la nation ». Ayant établi le caractère effectif de cette autonomie et de cette indépendance, je me suis préoccupé d’en décliner l’expression à travers le temps, dans une réflexion nouvelle sur les infléchissements chronologiques de la vie politique et sociale en Afrique centrale.
Grâce aux conférenciers extérieurs invités à l’École, plusieurs autres questions ont été étudiées. Autour de Doulaye Konaté (Université de Bamako), nous avons traité des débats mémoriels et des efforts déployés sous le régime démocratique inauguré par Alfa Oumar Konaré (1992-2002) en vue de construire une « mémoire nationale » susceptible d’intégrer la quasi-totalité du passé colonial, certains personnages et moments de la période coloniale et les combats sociaux et politiques contre le régime de Moussa Traoré (1968-1991). Avec Ramon Sarro (Université de Lisbonne), nous avons abordé l’histoire tumultueuse de l’Église kimbanguiste autour de quatre figures plus ou moins héroïques : le prophète Simon Kimbangu (1887-1951), accusé d’avoir, par sa promesse d’une émancipation prochaine des Noirs, bravé le pouvoir colonial, condamné à la déportation et mort en prison ; son troisième fils, Joseph Diangenda Kuntina, reconnu comme le « Chef Spirituel et Représentant Légal » de l’Église (1959-1992), après avoir bien mérité de la colonisation qui le combla d’honneurs et devenu l’un des soutiens les plus constants du régime despotique de Mobutu Sese Seko ; son deuxième fils, Salomon Paul Kiangani Dialungana, promu aux mêmes hautes fonctions (1992-2001), mais attentif à se différencier, par son imposante œuvre théologique, de son frère réputé plutôt comme un habile organisateur ; enfin, Simon Kimbangu Kiangani, fils de Salomon Paul, confronté depuis son avènement, aux tiraillements et aux déchirements d’une Église solidement établie dans les deux Congo et en Angola, ainsi qu’aux États-Unis et dans plusieurs États européens grâce à l’émigration ultramarine congolaise et angolaise.
Outre les recherches menées autour des figures gabonaises du « Père de l’indépendance » et du « Père de la nation », plusieurs enquêtes de terrain et entretiens ont été menés dans le cadre de la préparation d’une série de sept films documentaires – Afrique(s). Une autre histoire du XXe siècle – dont la diffusion est prévue au printemps 2010, à l’occasion du cinquantenaire (1960-2010) des indépendances africaines.

Publications
Médiations africaines. Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent, Paris, L’Archipel, 2009, 418 p.
• « Pour que vive l’Histoire », préface à I. Ndaywel è Nziem, Nouvelle histoire du Congo. Des origines à la République Démocratique du Congo, Bruxelles-Kinshasa, Le Cri-Afrique Éditions, 2009, p. 9-19.
La pensée noire, Paris, Le Point, numéro spécial, avril 2009, 132 p., ouvrage collectif.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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