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1er et 3e mercredis du mois de 11 h à 13 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2008 au 20 mai 2009. Pas de séminaire le 18 février
Dans le prolongement de la réflexion engagée depuis plusieurs années visant à constituer le domaine d’une anthropologie politique et morale, on explorera les enjeux à la fois éthiques et politiques liés au travail de recherche en sciences sociales et plus particulièrement à l’enquête ethnographique. Il s’agira de s’interroger sur l’évolution de ces enjeux dans l’histoire des sciences sociales, et plus particulièrement de l’anthropologie, et sur la manière dont les disciplines les prennent en compte, y compris sous la forme de production de codes et d’évaluation par des comités. Il s’agira également d’analyser comment les questions éthiques et politiques se posent concrètement dans des travaux contemporains, voire comment elles font ou non débat, et comment elles participent de la redéfinition de la place des sciences sociales et, parfois même, de leur épistémologie. Ce séminaire s’appuiera sur une revue de la littérature internationale et sur des expériences d’enquête présentées par des chercheurs. Il permettra notamment d’aborder, par le biais de leurs enjeux éthiques et politiques, des recherches portant sur la maladie, le traumatisme, l’humanitaire, la violence, l’asile, les discriminations, autrement dit sur des objets à forte connotation morale.
Mercredi 5 novembre 2008 : L’éthique comme politique. Une introduction (Didier Fassin)
Mercredi 19 novembre 2008 : Répondre de sa recherche. L’anthropologue et ses autres (Didier Fassin)
Mercredi 3 décembre 2008 : Retour sur une ethnologie au long cours (Alban Bensa, IRIS, EHESS)
Mercredi 17 décembre 2008 : La boite noire de l’anthropologie. Une discipline sans histoire (Jackie Assayag, IIAC-LAIOS, CNRS)
Mercredi 7 janvier 2009 : L’extension du domaine de l’éthique. Bureaucraties morales et pratiques scientifiques (Didier Fassin)
Participeront notamment cette année au séminaire : Martina Avanza, Antoinette Chauvenet, Sébastien Chauvin, Jean-Sébastien Eideliman, Fabrice Fernandez, Natacha Gagné, Fabien Jobard, Carolina Kobelinsky, Samuel Lézé, Geneviève Pruvost, Marie Salaun.
Mots-clés : Anthropologie, Culture, Politique,
Aires culturelles : Afrique, Amériques, Contemporain (anthropologie du, monde), Europe,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie politique et morale
Renseignements :
Direction de travaux d'étudiants : contacter Didier Fassin, EHESS - IRIS, 96 bd Raspail 75006 Paris, iris(at)ehess.fr, 01 53 63 56 58. Sur RV uniquement.
Réception : Sur RV uniquement.
Site web : http://iris.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : dfassin(at)ehess.fr
Dans le prolongement de la réflexion engagée depuis plusieurs années visant à constituer le domaine d’une anthropologie politique et morale, le séminaire a exploré les enjeux à la fois éthiques et politiques liés au travail de recherche en sciences sociales et plus particulièrement à l’enquête ethnographique. Il s’agissait de s’interroger sur l’évolution de ces enjeux dans l’histoire des sciences sociales, et plus particulièrement de l’anthropologie, et sur la manière dont les disciplines les prennent en compte, y compris sous la forme de production de codes et d’évaluation par des comités. Il s’agissait également d’analyser comment les questions éthiques et politiques se posent concrètement dans des travaux contemporains, voire comment elles font ou non débat, et comment elles participent de la redéfinition de la place des sciences sociales et, parfois même, de leur épistémologie. Pour ce faire, on s’est largement appuyé sur un ouvrage collectif récemment publié : Les politiques de l’enquête. Épreuves ethnographiques, sous la direction de Didier Fassin et Alban Bensa, La Découverte, 2008. Plusieurs des contributeurs de ce volume sont venus présenter leur réflexion à partir de leurs recherches.
Une série de conférences a permis d’aborder en introduction des questions générales. Premièrement, un retour sur l’histoire du surgissement des questionnements éthiques en anthropologie montre que ce sont souvent des scandales qui, notamment aux États-Unis, ont permis de poser les jalons d’une politique de l’éthique, depuis l’exclusion de Franz Boas de l’American Anthropological Association dont il était le fondateur jusqu’à la mise en cause des travaux de Napoleon Chagnon chez les Yanomami à la suite d’une enquête journalistique. Jackie Assayag, chercheur au LAIOS, a de même revisité quelques grandes œuvres, d’Evans-Pritchard à Leach, sous cette dimension des éthiques et politiques de l’enquête, révélant par contraste combien ces questions étaient peu posées dans l’anthropologie française. Deuxièmement, le positionnement du chercheur sur les terrains contemporains a été discuté à partir d’expériences de la rencontre difficile entre chercheurs du Nord et chercheurs du Sud, avec les enjeux de légitimité et de souveraineté qui se trouvent désormais posés. Nataché Gagné, professeur assistante à l’Université d’Ottawa, et Marie Salaün, maître de conférences à l’Université Paris-V/Descartes, ont prolongé cette réflexion en abordant les relations difficiles entre ethnologues et populations autochtones, sur la base de leurs enquêtes au Canada et en Océanie. Troisièmement, on a analysé la question du déploiement d’une codification et d’une institutionnalisation de l’éthique visant à contrôler le travail des chercheurs en sciences sociales, notamment dans le cadre de comités d’éthiques qui se présentaient comme de véritables bureaucraties morales de la recherche sans pour autant permettre de poser les questions éthiques et politiques les plus cruciales. Jean-Sébastien Eideliman, attaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université Paris-XIII/Paris-Nord, a discuté la différence entre les enjeux d’anonymat et de confidentialité, souvent confondus alors que le premier ne garantit nullement la seconde, cependant que Carolina Kobelinsky, doctorante à l’EHESS, analysait les problèmes liés à ce qu’on appelle la restitution des résultats des enquêtes devant les sujets de la recherche. Ce sont ensuite des terrains particuliers, posant des difficultés singulières, qui ont été abordés. Samuel Lézé, postdoctorant au CNRS, a parlé des problèmes et des malentendus dans son ethnographie des psychanalystes. Fabrice Fernandez, postdoctorant à l’EHESS, a décrit les conditions dans lesquelles il a pu conduire ses recherches en milieu carcéral. Geneviève Pruvost et Fabien Jobard, tous deux chercheurs au CNRS et membres du CESDIP, ont présenté leurs enquêtes sur la police et les policiers. Une dernière interrogation a porté sur l’identité ou l’identification du chercheur en fonction de ses caractéristiques personnelles et notamment sur la question de la racialisation de la relation ethnographique, à partir des travaux de Sébastien Chauvin, professeur assistant à l’Université d’Amsterdam, qui a conduit ses enquêtes à Chicago, et de Sarah Mazouz, doctorante à l’EHESS, qui s’intéresse aux discriminations en Île-de-France. Quant à Alban Bensa, il a prolongé cette réflexion en s’interrogeant sur ce qui se passe lorsque le chercheur revient durant plusieurs décennies dans le même village, auprès des mêmes personnes, au point d’en devenir un étranger familier.
Plusieurs interventions dans d’autres enceintes académiques ont permis de mettre à l’épreuve certaines des thèses avancées dans le séminaire, en particulier : à l’Université d’Amiens, lors des Journées de Philosophie, sur les économies morales ; à l’École normale supérieure de Lyon, sur l’utilité d’une science sociale critique ; à l’Université de Maynooth, sur les politiques du sida en Afrique du Sud ; à l’Université de Sienne, sur les enjeux éthiques et politiques de la santé en Afrique. Enfin, une Advanced Grant a été obtenue de l’European Research Council pour continuer cette recherche pendant trois années sur ce qu’on a proposé d’appeler une « anthropologie morale critique ».
Publications
• « Another politics of life is possible », Theory, Culture and Society, 26 (5), 2009, p. 44-60.
• « Une science sociale critique peut-elle être utile ? », Tracés. Revue de sciences humaines, hors série, 2009, p. 199-211.
• « Les économies morales revisitées. Étude critique suivie de quelques propositions », Annales. Histoire, Sciences sociale, 2009, 6, p. 1237-1266.
• « What is it to become French ? Naturalization as a republican rite of institution », Revue française de sociologie (English selection), 2009, p. 37-64.
• « A violence of history. Accounting for AIDS in post-apartheid South Africa », dans Violence and global health, sous la dir. de P. Farmer, B. Rylko-Bauer et L. Whiteford, Santa Fé, School of Advanced Research Press, 2009, p. 113-135.
• Inégalité et santé, Paris, La Documentation française (Problèmes politiques et sociaux), 2009.
• Avec Richard Rechtman, The empire of trauma. An inquiry into the condition of victim (translation), Princeton, Princeton University Press, 2009.
Dernière modification de cette fiche : 16 février 2009.
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