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Mardi de 11 h à 14 h (salle 505, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 28 octobre 2008 au 24 mars 2009. La séance du 17 février se déroulera en salle 507, 54 bd Raspail, celle du 3 mars en salle 6, 105 bd Raspail, celle du 10 mars en salle 451 (54 bd Raspail). Les séances des 17 et 24 mars auront lieu de 11 h à 13 h
Le séminaire poursuivra la réflexion engagée depuis quelques années sur le « principe de circulation européen » et l’examen de l’inscription historique des Tsiganes dans les différents pays d’Europe de l’époque moderne au vingtième siècle. Nous conduirons dans une perspective comparative l’inventaire des modes savants, anciens ou contemporains, de représentation de ces populations et la mise en œuvre de nouvelles sources afin de favoriser l’avènement académique de travaux de recherches.
Nous développerons deux perspectives d’analyse. Une première sera consacrée à la France, en reprenant le dossier ouvert par Bronislaw Geremek. Nous examinerons l’écart entre la mise en place de savoirs codifiés et la variété des pratiques de patronage dont bénéficient les « Bohémiens ou Égyptiens ».
Nous suivrons en second lieu les relations entre les constructions nationales et l’inscription des représentations des Tsiganes à travers des exemples européens du dix-neuvième et vingtième siècle, avec une attention particulière à la circulation de figures esthétiques.
Mots-clés : Histoire,
Aires culturelles : Europe,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : Histoire des minorités migrantes en Europe de l'Ancien Régime à nos jours
Renseignements : Henriette Asséo, bureau 906 EHESS, 54 boulevard Raspail 75006-Paris tel : 01 49 54 24 09 asseo(at)ehess.fr
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous
Niveau requis : séminaire ouvert à tous
Adresse(s) électronique(s) de contact : asseo(at)ehess.fr
Nous avons poursuivi cette année un cycle portant sur la construction de l’histoire des Tsiganes d’Europe. Le pari théorique et méthodologique consistait à respecter un principe de discontinuité tout en montrant la possibilité d’approcher par une lecture indiciaire l’inscription historique de systèmes familiaux.
Nous avons donc posé, tant que la preuve contraire n’en a pas été administrée, qu’il n’existait aucune continuité historique permettant de parler de minorité tsigane européenne. Les résurgences de la politique tsigane mettent en jeu des administrations différenciées. Elles exercent leur droit à réglementation sur des populations dites « tsiganes » sans préjuger de l’identité sociale des catégories incriminées. Tomaso Vitale (Université de Milan Bicocca) chercheur invité par la Maison des Sciences de l’Homme de Paris, s’est livré à une déconstruction de ce qu’il a appelé la « métaphysique tsigane ». Un métadiscours forgé tout à la fois par les administrations, les associations et les médias déconnecte la présence romani de toute historicité. Il a proposé une approche pragmatique des évictions et de l’action publique par l’historicisation des conflits locaux. Il a mis en évidence le rôle central des questures des grandes villes italiennes dans la création de campi di nomadi. Ces mesures locales ont été relayées par la production d’un discours politique d’une remarquable cohérence signalant la disparition des zingari italiens, au profit d’une surévaluation du nombre et du caractère ethnique des migrations balkaniques. Mais il a montré aussi comment les mouvements de défense des « roms » ont contribué à forger une image d’ethnicité exogène en propageant la mythologie politique de la « nation rom ». Au total, les administrations italiennes ont fabriqué une nouvelle catégorie juridique, celle du « rom migrant » et le gouvernement italien a obtenu la révision de la charte sociale européenne. Ainsi la création par les États d’apatrides intra-européens ne serait pas désavouée par des institutions européennes imprégnées d’idéologie culturaliste. Le laboratoire italien a pu être comparé avec les politiques publiques françaises analysées par Marie Bidet (doctorante à l’ENS Cachan). Dans le cas français, le régime familial des « Voyageurs » de nationalité française fait de ces derniers l’unique catégorie exclue de la citoyenneté plein droit. En d’autres termes, une production conjointe de règlements administratifs vise à enserrer des groupes familiaux dans une entité anthropologique déconnectée de la diversité sociale et culturelle. Ainsi toute tentative ultérieure de transférer dans le champ politique une politique sectorielle d’émancipation ethnique ne sert qu’à réactiver la mémoire administrative de l’observation et de l’enregistrement de surveillance. Ces réflexions devraient permettre d’analyser les enjeux de la politique de reconnaissance en acte, qui accompagne le développement des commémorations de la Seconde Guerre mondiale.
Les représentations administratives ne proposent pas forcément une vision triviale et dégradée de l’appréciation esthétique. Comment se sont élaborés les discours qui font de l’apparence supposée une figuration administrative de l’appartenance ? De quelle nature sont leurs liens avec les métaphores visuelles de l’art occidental ? Ainsi Xavier du Crest (Université Strasbourg-II/Marc-Bloch) nous a présenté des peintres orientalistes français sur les rives du Bosphore dans la première moitié du xixe siècle. L’Orientale inaccessible est remplacée par la figure familière de Bohémiennes et la réactivation artistique du thème s’opère par un mécanisme de « rapatriement » et non d’éloignement exotique.
Dans tous les domaines qui nous intéressent, nous avons pu constater que les unités pertinentes d’observation et de comparaison sont d’abord locales, puis articulées au régional et au national. Au terme de ce cycle, nous passerons à une réflexion d’ensemble sur les apories du multicularisme en mettant en cause le présupposé qui ferait de l’Europe une entité pertinente d’observation dans le cadre de la global history.
Publications
• « La Nation errante ; « Comtes de Petite Égypte » et « capitaines de Bohémiens » dans l’Europe médiévale et moderne », dans Le Monde de l’itinérance en Méditerranée de l’Antiquité à l’époque moderne, Procédures de contrôle et d’identification, sous la dir. de Claudia Moatti, Wolfgang Kaiser et Christophe Pébarthe, Bordeaux, Ausonius, De Boccard, 2009, p. 113-136.
• « La Belle Égyptienne » : Esthétique de la Bohémienne en France à l’époque moderne », dans Alle radici dell’Europa. Mori, giudei e zingari nei paesi del Mediterraneo occidentale, sous la dir. de Felice Gambin, vol. 2 ; (secoli XVII-XIX), Florence, Seid, 2009, p. 23-41.
• « Le Génocide des Tsiganes », dans Dictionnaire de la Shoah, sous la dir. de Georges Bensoussan, Joël Koteck, Jean-Marc Dreyfus, Édouard Husson, Paris, Larousse, 2009, p. 557-561.
• « Le mestier de Bohémienne, la mobilité des Bohémiens à l’époque moderne », dans Études Tsiganes, premier et deuxième trimestre 2008, n° 33-34, p. 122-139.
• « Les faits et l’impunité », dans Les Tsiganes en France, un sort à part, (1939-1946), sous la dir. de Marie-Christine Hubert et Emmanuel Filhol, Paris, Perrin, 2009, préface, p. I-XIII.
• « Travestissement et divertissement, Bohémiens et Égyptiens à l’époque moderne », dans Les Dossiers du Grihl, Dissidence et Dissimulation, sous la dir. d’Antony Molho et Jean-Pierre Cavaillé, 2009, n° 2, 18 p., http://dossiersgrihl.revues.org/3680.
Dernière modification de cette fiche : 10 mars 2009.
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