2008-2009

Pour une anthropologie du jazz

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e jeudis du mois de 13 h à 17 h (amphithéâtre, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 8 janvier 2009 au 11 juin 2009

Histoire et légendes du jazz ; le jazz et l’Afrique ; le jazz et la ville ; le corps du musicien ; apprentissages et formations ; universalité du jazz.

Aires culturelles : Afrique, Amérique du Nord, Amériques, Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulé général : Histoire et épistémologie de l'anthropologie sociale

Renseignements : Jean Jamin, Laboratoire d'anthropologie sociale, Collège de France, 52, rue du Cardinal-Lemoine, 75005 Paris : Patrick Williams, CNRS, Laboratoire d'anthropologie urbaine; 27, rue Paul-Bert, 94204 Ivray-sur-Seine Cedex

Direction de travaux d'étudiants : Lundi de 10 h à 16 h

Réception : mardi de 10 h à 16 h

Niveau requis : Entretien préalable

Adresse(s) électronique(s) de contact : jamin(at)ehess.fr ; williams(at)ivry.cnrs.fr

Compte rendu

Les pistes qui s’ouvrent à une anthropologie du jazz sont multiples. À propos du rapport entre l’œuvre et la vie, de certaines des manières spécifiques qu’ont les musiciens de jazz de « faire communauté », de l’interculturalité que cette musique dès son départ recèle en elle-même, les séances du séminaire tenu depuis huit ans en ont exploré quelques-unes. Et d’autres ont été ouvertes C’est probablement sous l’intitulé « L’expérience du jazz » qu’il serait pertinent de regrouper les personnalités qui furent invitées à intervenir dans ce cadre-là. Quel que soit le motif en effet qui les ait amenées à s’intéresser au jazz et quelle que soit l’activité qui les lie à lui et le point de vue qu’elles expriment, c’est bien l’affirmation que le jazz déborde la musique qui les rassemble. Et ce sont peut-être les musiciens qui portent en premier cette affirmation – voilà qui est révélateur. « Le jazz déborde la musique » : c’est bien pour cela qu’il intéresse l’anthropologie. Si la vocation de cette discipline est de mettre en évidence ce qu’il y a d’universel (de « proprement humain ») dans les comportements les plus singuliers des hommes, elle ne peut que faire de cette musique et de ses acteurs un objet d’élection. L’expressionnisme sonore du jazz, qui est ce qui le caractérise en premier par rapport aux autres idiomes musicaux, renvoie aux voix noires d’Amérique. C’est-à-dire à une expérience historique qui est celle des Africains déportés et réduits en esclavage. Catastrophe en laquelle immédiatement se trouvent noués les destins individuels, l’organisation de la société, l’expression musicale. C’est en ces termes que le jazz, pourrait-on dire, pose le contrat. À ceux qui l’ont choisi – qu’ils soient un trompettiste couvert de gloire et de dollars, un saxophoniste qui vit dans la rue, un scrutateur des idéologies contemporaines, un commerçant préoccupé des tarifs au comptoir et du confort de ses clients ou un poète qui interroge le chiffre de l’univers… – de s’en débrouiller. Chacun le fait dans son domaine et à sa manière mais tous ont conservé et cultivent leur passion pour cette musique. Ainsi lorsqu’on s’applique à mettre en relation les « idiotismes » de la musique et les comportements des humains, c’est-à-dire lorsqu’on s’exerce à l’anthropologie, on découvre que le jazz n’est pas qu’objet. Il est sujet aussi, regard sur les autres et regard sur lui-même. Nombre des intervenants, dans le séminaire, ont souligné le rapport à la fois distancié et passionné (songeons à Charles Mingus) que le jazz entretient avec sa propre tradition – que chaque musicien de jazz peut-être entretient avec sa propre création (songeons à Duke Ellington). S’essayer à l’anthropologie du jazz, ce serait alors faire l’anthropologie d’une anthropologie ? La réflexivité jusqu’au vertige n’est pas la posture que nous avons souhaité adopter ; elle ne rend pas à la musique la première place qui évidemment lui revient et que, sans faire concurrence à la critique, nous avons souhaité lui accorder. Les écrivains afro-américains contemporains ne manquent jamais de rappeler avec force – et avec talent – cette primauté de l’expression musicale.
Placée sous le signe du « principe féminin » dans le jazz, notamment autour de l’œuvre des pianistes Mary Lou Williams et Gerry Allen, le séminaire de cette année est le dernier d’une série qui a donc débuté en 2001 sur une thématique qui, outre les mémoires et thèses soutenus dans son cadre, doit se concrétiser par la publication d’un ouvrage au cours de l’année 2010, expressément intitulé Pour une anthropologie du jazz. Comme d’habitude, doctorants (Pierre Carsalade, Emmanuel Parent, Pierre Balis), musiciens (Jean-Louis Chautemps, Raphaël Imbert), écrivains (Jacques Réda, Francis Marmande) et chercheurs (Christian Béthune, Jean-Claude Queroy, Patrick Villanueva) sont intervenus au cours de l’année.

Dernière modification de cette fiche : 15 juin 2009.

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