S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
2e et 3e lundis du mois de 11 h à 13 h (salle 10, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2008 au 15 juin 2009
2009, bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et 150 années de la parution de L’Origine des espèces. Le meilleur hommage à une théorie est de chercher ses carences et de tenter d’y remédier. Ce séminaire se focalise sur une faiblesse de la théorie de l’évolution: l’idolâtrie de la sélection naturelle.
L’idéalisation de la Nature doit avoir l’âge du néocortex. Depuis qu’Homo sapiens s’est mis à parler, qu’il soit animiste, spinoziste ou zen bouddhiste il la loue et la craint ; parions que si les cafards savaient causer, ils auraient fait pareil
Certes, les Darwiniens sont d’accord que personne n’est parfait, même pas la Nature; mais quand on somme un biologiste d’en citer quelques imperfections, pas une ne lui vient à l’esprit. Pressé, il finit par se rappeler de l’appendice iléo-cæcal, aussi appelé appendice vermiforme, car ayant la forme d’un ver, ou appendice tout court. Oui, l’appendice est un parfait exemple d’une bêtise Made in Nature. D’aucuns ont même péri de cette relique d’on ne sait trop quoi ; Rudolph Valentino (1895-1926), par exemple.
Mais il y a un bémol : le biologiste en question est convaincu que la soi-disant « inutilité » de l’appendice n’est en réalité que le symptôme de notre présente ignorance. Car quelle raison aurait la Nature de le distribuer à tous les humains sans exception s’il ne servait à rien ? Quelle raison aurait la sélection naturelle de ne pas l’éliminer de nos entrailles, elle qui d’habitude ne pardonne pas le moindre écart ? Certes, la mort d’un être cher est toujours déplorable ; mais sur un Valentino terrassé par l’appendice, combien lui doivent la vie ? Comme celles du Seigneur, les voies de la Nature sont souvent impénétrables, à ceci près que notre biologiste est convaincu qu’elles ne le sont que provisoirement. Pénétrer les mystères de la Nature, c’est prouver qu’il n’y en a point. Au bout du tunnel, tout effet trouvera sa cause et toute cause, son effet. La nature a ses raisons que la raison ne connaît pas encore. Hélas, dit l’écologie, car la nature a toujours raison alors que l’homme a trop souvent tort.
Ce qui est nié par les biologistes n’est en réalité que par eux refoulé. En tête-à-tête, un par un ils confessent garder au fond de leurs disques durs des cas de redondance, de gaspillage et de n’importe quoi (ici fédérés sous le sigle TROP). Ils rapportent en croiser à chaque étage du vivant. Au niveau moléculaire, citons les ≃95 % d’ADN poubelle (sans guillemets) que compte le génome mammifère moyen ; et parmi les ≃5 % restants, combien de segments génétiques s’activent en vain, vu que leur expression ne sert à rien ? combien de segments à l’expression délétère ? et combien ont la lourde charge de corriger ou au moins de neutraliser les dégâts causés par les segments délétères ? Au niveau comportemental, citons l’accouchement debout de la girafe qui de ce fait met au monde un girafon pesant ≃70 kg du haut de ses deux mètres, avec les accidents mortels qui forcément s’ensuivent. Au niveau anatomique, citons le casque aussi extravagant que gratuit que portent les minuscules insectes de la famille des Membracidae, soit 3 500 espèces ayant chacune son propre couvre-chef baroque.
En cette année Darwin, notre défi sera double. Dans un premier temps, nous nous attellerons à faire l’inventaire du 'n’importe quoi' dans le monde vivant. Nous établirons que l’inefficacité y est la norme et la perfection, une impossibilié. Une fois le 'bêtisier de la nature' esquissé, nous proposerons quelques pistes pour expliquer deux mystères :
Mots-clés : Sciences,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations
Intitulé général : Philosophie naturelle
Renseignements : Séminaire les deuxième et troisième lundi du mois de novembre 2008 à juin 2009
Réception : Contacter dsmilo(at)gmail.com
Niveau requis : Toute personne avide de vérité est la bienvennue parmi nous.
Site web : http://WWW.TooMuch.Us
Adresse(s) électronique(s) de contact : dsmilo(at)gmail.com
2009, bicentenaire de la naissance de Charles Darwin et 150 années de la parution de L’Origine des espèces. Le meilleur hommage à une théorie est de chercher ses carences et de tenter d’y remédier. Ce séminaire se focalise sur une faiblesse de la théorie de l’évolution : l’idolâtrie de la sélection naturelle. L’idéalisation de la Nature doit avoir l’âge du néocortex. Depuis qu’Homo sapiens s’est mis à parler, qu’il soit animiste, spinoziste ou zen bouddhiste, il la loue et la craint ; parions que si les cafards savaient causer, ils auraient fait pareil.
Certes, les Darwiniens sont d’accord pour dire que personne n’est parfait, même pas la Nature ; mais quand on somme un biologiste d’en citer quelques imperfections, pas une ne lui vient à l’esprit. Pressé, il finit par se rappeler de l’appendice iléo-cæcal, aussi appelé appendice vermiforme, car ayant la forme d’un ver, ou appendice tout court. Oui, l’appendice est un parfait exemple d’une imperfection Made in Nature.
De la sexualité
La sexualité comme instrument non seulement de la reproduction mais du développement. Les deux partenaires mélangent le même nombre de génomes, chacun étant doublé chez chacun d’eux. Si un enfant traduit le croisement de 25 000 génomes, un nombre infini d’individus possibles, théoriques, différents peut résulter de l’accouplement. Jared Diamond, voyageur, anthropologue, linguiste, ayant dirigé un laboratoire de physiologie, auteur d’un essai Why is Sex Fun ? et d’un ouvrage sur l’inégalité des civilisations, imagine l’interview d’un chien sur la vie sexuelle de ses maîtres. Ses réponses traduisent un étonnement que la pratique sexuelle soit utilisée pour autre chose que la procréation, (il faudrait suggérer au chien la lecture de « la loi de la jungle » de Jean-Marie Pelt, professeur de biologie végétale et de pharmacologie à l’Université de Metz, dont que nos cousins les bonobos utilisent la sexualité comme un régulateur de la vie sociale, résorption des conflits mais aussi à titre préventif ; ils ignorent donc la notion de couple et par conséquent la jalousie ; tout cela les conduit à faire l’amour en moyenne toutes les 90 minutes.) Erasmus Darwin, le grand-père du génie, considéra que la fonction principale de la sexualité relève du « sens civique », du concept même de citoyenneté : se mettre au service de la diversité de l’espèce.
Plasticité du vivant chez l’homme et la bête
L’être humain est le plus malléable des êtres vivants. À la naissance, il est prématuré, inachevé. Commence alors une deuxième nature. Cette deuxième nature se fait par imitation, d’où l’importance de l’autorité. Pourtant, cette plasticité est non observable sur l’être humain puisque l’expérimentation scientifique requiert un protocole scientifique et un échantillon représentatif (donc suffisamment nombreux) ; elle n’est donc pas permise sur l’être humain. La vision des biologistes sur cette plasticité est en train de changer. Avec Darwin naît une vision calviniste de la prédestination. Les gènes servent d’autorité supérieure régulant le vivant. Sorte de main invisible, la sélection naturelle opère dans un ciel vide. Mendel avait trouvé un principe universel, explicateur, stable, rassurant.
La remise en cause de la découverte de Barbara McClintock sur les gènes baladeurs (transposons). À plus forte raison la découverte de Monod et Jacob des « boutons » génétiques qui activent et désactivent les gènes. D’où le caractère mobile du génome, qui remet en cause le déterminisme. Ainsi, avec toujours la même batterie de gènes, on peut obtenir plusieurs configurations, toutes viables et qui pourtant, pour la plupart, seront éliminées.
Une promesse. Pour Nietzsche, une définition de l’homme pourrait être : l’homme est un animal qui peut donner et tenir sa promesse. Seul de tous les êtres vivants, il possède la notion de son avenir. En cela, l’homme est une exception. Il est l’Autre de l’Univers. Mais plus étrange que lui, le nourrisson, incapable de projet, ne vivant que dans le présent, est un être incompréhensible. Comme tout dans l’univers, le bébé n’a pas d’avenir. Il ne vit que dans l’immédiat, ici et maintenant. D’où une angoisse insondable, constitutive, insoluble dans le temps, dans l’expérience. Le petit habite un présent sans avenir, sans inquiétude, sans réflexion : un paradis. Adulte, il est exilé du présent pour vivre dans le futur.
L’exagération
L’être humain est exagéré, avec son cerveau trop gros, avec sa naissance trop précoce, avec son imagination trop féconde d’inutile et d’insatisfaction perpétuelle. Le « moi d’abord », c’est aussi le « moi maintenant ». La crise des subprimes est l’exemple d’une crise du vouloir-trop.
Bulle. Vouloir-trop est humain. Les ménages américains ont voulu plus de biens qu’ils ne pouvaient s’en offrir. Les ménages chinois et indiens, plus de parts de l’économie américaine qu’il n’était sage. Tout le monde a goûté à la grosse pomme. Cette crise, fruit d’un système financier sans timonier, est à l’image de l’être humain : exagérée. Comme lui. Il ne peut pas en être autrement car sa constitution le presse à toujours vouloir plus. Sans stimulation intellectuelle, le cerveau se meurt. Au Japon, l’industrie de la « stimulation intellectuelle » à l’intention des personnes âgées est subventionnée comme une mesure de santé publique, retardant les effets des maladies dégénératives du cerveau. C’est une crise du TROP, crise de l’excès. Excès de confiance, excès de dépenses, excès de prêts, excès d’espérance. Les crises ont toujours existé : la peste noire, la grande guerre, la grippe espagnole. À différentes échelles : mondiale, locale, individuelle. Conséquence de l’insatisfaction permanente de l’être humain, de sa tension vers le toujours plus et toujours mieux, cette crise touche des milliards d’êtres humains. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, cette crise est vraiment mondiale.
Publication
• « Il n’y a pas de futur dans le sexe », Supplément de Haaretz à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Darwin, le 13 février 2009 (en hébreu).
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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