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1er et 3e mercredis du mois de 15 h à 17 h (salle 8, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2008 au 20 mai 2009. La séance du 18 février est annulée
En France, le déplacement de la question raciste à la question raciale permet aujourd’hui de mettre au jour, au-delà des idéologies et des pratiques du racisme, les logiques et les processus sociaux à l’œuvre dans la production des discriminations raciales. C’est aussi l’occasion de déplacer le regard, en s’intéressant moins au point de vue des racistes, ordinaires ou sophistiqués, et davantage à celles et ceux qui sont l’objet de ces discriminations, et que cette expérience sociale contribue à constituer en sujets. Plus largement, on peut ainsi s’interroger sur la manière dont se construisent des sujets « racialisés », c’est-à-dire sur ce que la racialisation de notre société fait, non seulement aux minorités visibles, mais aussi à la majorité invisible et même à la société dans son ensemble telle qu’elle se redéfinit à partir de ces nouvelles frontières. Ce questionnement pris dans une actualité brûlante est l’occasion de réfléchir à sa spécificité selon deux logiques complémentaires. D’une part, comment comprendre notre présent à la fois comme le prolongement d’un passé constitué par l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et de l’immigration, et en même temps comme un renouvellement de la question raciale ? D’autre part, comment comprendre cette histoire et cette actualité la fois dans leur singularité, propre à l’expérience nationale française, et en même temps dans un espace plus large de circulation transnationale, dont l’internationalisation de la question noire et la racialisation de l’islam offrent deux illustrations actuelles ? Des intervenants d’horizons disciplinaires et nationaux différents viendront éclairer nos réflexions au cours de l’année.
Mercredi 5 novembre 2008 : La racialisation, bonne à penser (Didier Fassin, Éric Fassin)
Mercredi 19 novembre 2008 : Une élection postraciale ? Classe, race et genre dans la campagne présidentielle aux États-Unis (Éric Fassin)
Mercredi 3 décembre 2008 : Identités noires transnationales (Pap Ndiaye, Centre d’études nord-américaines, EHESS)
Mercredi 17 décembre 2008 : Quand la race ne passe pas. L’Afrique du Sud, de la nation arc-en-ciel aux deux nations (Didier Fassin)
Mercredi 4 février 2009 : Redistribution, reconnaissance et racialisation (Nancy Fraser)
Mercredi 20 mai 2009 : Étienne Balibar, professeur émérite à l'Université Paris-X, professeur à l'Université de Californie, Irvine, Le schème généalogique
Participeront notamment au séminaire cette annnée : Henriette Asséo, Étienne Balibar, Thomas Blom-Hansen, Nancy Fraser, Nilüfer Göle, Ann Morning, Jean-Frédéric Schaub, John Solomos.
Mots-clés : Anthropologie, Histoire, Philosophie, Politique, Sociologie,
Aires culturelles : Afrique, Amériques, Contemporain (anthropologie du, monde), Europe, France,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie
Intitulé général : Anthropologie politique et morale
Renseignements : Iris, 96 boulevard Raspail, 75 006 Paris. Tél : 01 53 63 56 58. Didier. Fassin(at)ehess.fr et Eric. Fassin(at)ens.fr
Direction de travaux d'étudiants : Sur rendez-vous
Réception : Sur rendez-vous
Niveau requis : Ouvert à tous les étudiants en master et doctorat, ainsi qu'aux personnes intéressées
Site web : http://iris.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : iris(at)ehess.fr
L’exploration de la question de la racialisation s’est poursuivie cette année dans une approche pluridisciplinaire avec un double registre de comparaison, temporel et spatial. Dans une première séance, on a établi que la racialisation ne présupposait pas la race et ne superposait pas au racisme, mais se manifestait sur deux plans : d’une part, comme processus à l’œuvre dans la société à travers des discriminations ou, à l’inverse, des identifications ; d’autre part, comme problématisation par laquelle la société se pense elle-même et agit sur elle-même. Deux développements dans des contextes nationaux extra-européens ont permis d’élargir la vision : les États-Unis, au lendemain d’une campagne électorale qui avait vu la victoire d’un candidat noir et à propos de laquelle on avait annoncé l’avènement d’une « société post-raciale » ; l’Afrique du Sud où, à l’inverse, la parenthèse de la « nation arc-en-ciel » s’est refermée avec le durcissement des frontières raciales auxquelles l’épidémie de sida a donné une dimension particulièrement tragique.
Trois séances ont été ensuite consacrées à la mise en œuvre d’une perspective historique dans le temps long, intermédiaire et court. Jean-Frédéric Schaub, du Centre de recherches historiques, est remonté à la préhistoire de la race en Europe, quand le mot et le concept n’existaient pas mais que se mettait en place la trame idéologique, en Espagne notamment, à la fin du Moyen Âge à l’encontre des Juifs. Pap Ndiaye, du Centre d’études nord-américaines, s’est intéressé à la circulation transatlantique des identités noires, depuis le XIXe siècle, à travers non seulement les engagements intellectuels et les mouvements sociaux, mais aussi le monde de la littérature et de l’art. Henriette Asséo, du Centre de recherches historiques, a pour sa part reconstitué la généalogie des politiques à l’égard, et souvent à l’encontre, des populations tsiganes à partir de la première moitié du XXe siècle. Plusieurs autres interventions moins spécifiquement historiques empruntaient pourtant la voie de l’histoire pour donner à comprendre des situations nationales. C’est le cas de la philosophe Nancy Fraser, professeur à la New School for Social Research et invitée dans le cadre de la chaire Blaise Pascal de l’École normale supérieure, qui s’est attachée à analyser les positions des intellectuels noirs aux États-Unis au début du XXe siècle. C’est aussi le cas du sociologue Steve Garner, professeur à l’Université de Birmingham, qui a montré comment les Irlandais, racisés aux États-Unis au XIXe siècle, étaient à leur tour devenus des producteurs d’altérité racialisée dans leur propre pays au cours de la période récente. S’appuyant sur des enquêtes récentes menées auprès de jeunes en Grande-Bretagne, John Solomos, professeur à la City University de Londres, a revisité les théories de la race et de la racialisation auxquelles il a consacré deux ouvrages. Quant à Nilüfer Göle, du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques, elle a interrogé les modalités singulières de disqualification et de stigmatisation des musulmans dans le contexte européen contemporain. Le cycle s’est achevé avec un exposé d’Étienne Balibar, professeur à l’University of California à Irvine, qui s’est essayé à une relecture de la racialisation et du racisme, non à partir d’un paradigme naturaliste, mais sur la base de ce qu’il propose d’appeler un schème généalogique.
En marge de ce séminaire, un ensemble de manifestations scientifiques s’est déroulé, et notamment grâce au programme « Les nouvelles frontières de la société française », soutenu par l’Agence nationale de la recherche. Outre des journées réalisées en France, notamment à l’occasion de la venue d’Ann Stoler professeur à la New School for Social Research invitée à l’École normale supérieure, nous avons organisé en mai 2009 une conférence à New York intitulée « Borders and Boundaries » en collaboration avec Claudio Lomnitz et Beth Povinelli de Columbia University. Ce colloque était en fait la première partie d’un cycle dont le second moment aura lieu à Paris en octobre 2009 à l’EHESS.
Dernière modification de cette fiche : 19 mai 2009.
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