2008-2009

L'ethnologie allemande de la Seconde Guerre mondiale à l'École de Tübingen

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e lundis du mois de 9 h à 11 h (salle 3, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 novembre 2008 au 15 juin 2009

Les années 30 et la période nazie vont constituer pour l’ethnologie allemande une période charnière. En effet le régime hitlérien mettra au service d’une discipline universitaire relativement nouvelle, la Volkskunde, des moyens importants qui contribueront largement à son succès et à son dévoiement concomittant. Après le silence tacite des années 50, l’École de Tübingen avec à sa tête le jeune Hermann Bausinger procéderont à l’introspection de la discipline et de son passé, jouant un rôle pionnier pour d’autres domaines. Le séminaire s’attachera à reconstituer le cadre théorique et chronologique dans lequel se déroulera le tournant essentiel pour l’ethnologie allemande, la contraignant à faire son aggiornamento et à explorer ensuite d’autres voies. Des chercheurs de l’institut Ludwig Uhland de Tübingen interviendront ponctuellement dans cet enseignement.

Mots-clés : Histoire,

Aires culturelles : Allemandes (études),

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Renseignements : Les renseignements requis peuvent être obtenus au CRIA et par courriel

Direction de travaux d'étudiants : mardi après-midi, jeudi après-midi et vendredi sur rendez-vous

Réception : mardi après-midi, jeudi après-midi et vendredi sur rendez-vous

Niveau requis : niveau mastère 1 et 2

Site web : http://cria.ehess.fr/

Adresse(s) électronique(s) de contact : manosque(at)club-internet.fr

Compte rendu

Le séminaire a commencé par s’interroger sur la manière dont s’étaient noués les liens forts entre la philologie de la fin du XIXe siècle et l’ethnologie telle qu’elle se donne à comprendre dans les années vingt du siècle précédent. À l’instar de nombreuses disciplines issues du paysage des sciences sociales allemandes à l’époque de l’empire bismarckien, la Volkskunde, qui n’est pas encore une discipline universitaire, a une fonction de légitimation pour l’État allemand nouvellement créé. Nous nous sommes donc intéressés à ce qui peut apparaître comme une germanistique des marges visant à réintégrer par le lien culturel les anciens territoires germanophones exclus du projet de petite Allemagne après Sadowa. Prenant partiellement pour modèle les avancées anthropologiques décisives de la fin du XIXe siècle, la Volkskunde n’en reste pas moins cantonnée à une marginalité dont elle ne sortira qu’après le premier conflit mondial. Cependant, elle s’impose autant comme une science philologique que comme une science ethnographique qui vise à circonscrire ce que peut être le territoire au-delà de la définition qu’en donne l’école historique prussienne. L’implantation de musées dans diverses régions de l’Allemagne est sans doute l’un des phénomènes les plus intéressants de cette évolution essentielle, comme a pu le montrer Laurent Garros dans la monographie qu’il a consacrée à la naissance de la discipline à Hambourg.
Les années vingt sont dès lors le tournant décisif : prise dans ce que Jan Eckel appelle une atmosphère de défaite généralisée, l’université allemande cherche alors des modèles globalisants. Certains, comme Hans Naumann, regardent du côté de l’ethnologie et de l’anthropologie occidentales et tentent de se rattacher à des modèles connus, revisités par la tradition allemande. Son petit ouvrage au titre évocateur, Les fondements de la Volkskunde allemande, suscitera un débat acharné avec ses contradicteurs.
Le mouvement vitalisateur pour la discipline viendra des différentes écoles autrichiennes, depuis Vienne jusqu’à Innsbruck. Sans doute le traumatisme autrichien issu du démantèlement de l’empire précipitera-t-il la volonté de travailler en commun avec les universitaires allemands. Le symbole le plus fort de cette réappropriation sera l’émergence de la figure de Wilhelm Heinrich Riehl, dont Viktor von Geramb fera le parangon de l’ethnologie allemande. Sans doute le caractère très bavarois de la figure choisie permet-il d’opérer une transition facile entre les deux pays.
Dès lors, la discipline qui entre dans les universités choisira le modèle organiciste et deviendra l’une des disciplines phares de l’époque nazie. Elle procède d’une réorganisation totale de l’espace dont le point d’orgue sera l’expédition du Tyrol commanditée et financée par les plus hautes autorités du Troisième Reich. Elle fait partie d’un complexe plus large comprenant l’ensemble des sciences qualifiées aujourd’hui de völkisch.
Les débats de l’après-guerre resteront feutrés et circonscrits à un cercle d’initiés. Seule la RDA décidera d’abolir une discipline qui n’a plus lieu d’être pour avoir été compromise avec le régime nazi. La question du tournant décisif prise par la discipline dans les années 1960 grâce à l’école de Tübingen, qui pose la question des rapports de l’ethnologie allemande à son passé, ne referme pas le débat. En effet, de nouvelles recherches permettent aujourd’hui de s’interroger sur les continuités politiques et conceptuelles qui ont conduit la Volkskunde à accepter cette introspection : il faut sans doute s’interroger sur la nouvelle vision du territoire induit par la république de Bonn et sur le rôle majeur pris par les sciences politiques dans l’après-guerre pour entrouvrir un pan du voile du chemin qui mène l’ethnologie allemande à se rebaptiser ethnologie européenne ou science empirique de la culture.

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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