2008-2009

Expériences de l’altérité et idéologies de la race à l’âge moderne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er, 3e et 5e jeudis du mois de 11 h à 13 h (salle 505, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 6 novembre 2008 au 4 juin 2009

Les idéologies de la race font l’objet d’approches contrastées. Le principal clivage porte sur la datation. La conception la plus restrictive reconnaît trois étapes : l’apparition des grandes classifications affranchies de la théorie climatiques (fin XVIIe siècle-XVIIIe siècle), la formation de la notion d’hérédité (premier tiers du XIXe siècle), la naissance de l’anthropologie physique (seconde moitié du XIXe siècle). Ce choix a le mérite de décrire des formes de stigmatisation suivant des systèmes de représentations spécifiques, qui ne sauraient se confondre avec n’importe quel type de manifestation de xénophobie. Le questionnement, dans ce cadre limitatif, gagne en cohérence.

Mais, du même coup, il rend difficile l’interprétation de phénomènes antérieurs qui, eux non plus, ne se résument pas à un vague rejet de l’autre, et qui, eux aussi, postulent l’incorporation et la transmission des défauts par voie de génération. Tel est le cas du judaïsme qui persiste après la conversion, dans l’expérience ibérique des XVe-XVIIIe siècles. Tel est le cas de la négritude, qui véhicule une couleur porteuse de connotations négatives, et symbolise le caractère ineffaçable de l’infériorité. Il s’agit de deux indélébilités. Ce caractère est pensable, bien avant la formation de la notion d’hérédité, parce qu’il constitue le pendant négatif d’une idéologie positive du sang noble, qui se dit race. Abaissement du sang ignoble ou promotion du sang noble, les hiérarchies ne sont pas solubles dans le jeu des rapports sociaux. Les règles que se donnent les sociétés d’Ancien Régime sont certes flexibles, mais le stigmate et l’élection résistent, au moins pour partie, aux mécanismes de la mobilité sociale. Cette irréductibilité donne naissance aux premiers pas d’une idéologie de la race.

Le séminaire procédera à la confrontation des différentes conceptions du problème, en mobilisant les historiographies qui se sont formées autour de ces questions. Nous souhaitons également présenter des dossiers de première main qui permettent de comprendre sur pièces comment la différence est identifiée et reproduite, comment se forment les idées de transmission et d’indélébilité. Notre démarche est de nature comparatiste et nous convoquerons des cas britanniques, ibériques, français ou d’autres régions, le cas échéant. Nous accorderons une importance particulière à ce qui s’est joué dans le triangle atlantique, Europe-Afrique-Amérique, de la fin de Moyen Âge au XIXe siècle.

Le séminaire abordera deux séries de questions :

  • L’indélébilité et la genèse de la pensée des races : il s’agira de confronter les dispositifs ibériques sur la pureté (limpieza = propreté) de sang et les dispositifs d’identification des élus, c’est-à-dire des nobles. Nous accorderons une place importante aux pratiques sociales, telles que l’exclusion des corps sociaux et professionnels, la pratique de la généalogie, la perpétuation des stigmates.
  • Le Nouveau Monde et la question des races : cette question permettra d’aborder une série d’auteurs, notamment Buffon, De Pauw, Raynal, Robertson, Kames et Clavijero, pour la période des Lumières. En plaçant plutôt l’accent sur le XVIIIe siècle, on ne s’interdira pas d’évoquer des auteurs antérieurs, tel José de Acosta. Les thèmes principaux abordés seront : l’histoire naturelle des hommes, le déclin du paradigme climatique, le succès tardif de la thèse du polygénisme, les origines de l’anthropologie critique.

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde ibérique

Intitulé général : L'institution des autorités : histoires comparées

Renseignements : Contacts : Caroline Béraud + 33(0)1 49 54 24 80 ; schaub(at)ehess.fr; silvia.sebastiani(at)sumitalia.it

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous Contacts : Caroline Béraud + 33(0)1 49 54 24 80 ; schaub(at)ehess.fr; silvia.sebastiani(at)sumitalia.it

Réception : Contacts : Caroline Béraud + 33(0)1 49 54 24 80 ; schaub(at)ehess.fr; silvia.sebastiani(at)sumitalia.it

Compte rendu

La direction d’études « L’institution des autorités : l’Europe du Sud » a été déclinée tout au long de l’année en deux séminaires alternés : « Expériences de l’altérité et idéologies de la race à l’âge moderne » avec Silvia Sebastiani, post-doctorante au Centre de recherches historiques et  « Les empires modernes. Comparatisme et recherches croisées » avec Anna Joukovskaïa, chargée de recherche au CERCEC. Plusieurs étudiants et chercheurs ont choisi de participer aux deux séminaires qui sont conçus comme complémentaires et justifient d’un unique compte-rendu.
Avec Anna Joukovskaïa a été présenté et discuté l’état du débat historiographique qui propose de repenser l’histoire des Etats nationaux à partir des structures impériales. Plusieurs séances ont porté sur l’articulation entre traditions de la croisade en Occident et de conquête chrétienne dans l’espace russe, et leurs liens avec l’impulsion d’expansion territoriale aux époques modernes et contemporaines. Le problème du statut des limites et des frontières dans le contexte des structures impériales a fait l’objet d’un examen à partir des connaissances disponibles sur les pratiques cartographiques anciennes. Ces discussions de nature historiographiques ont été suivies de présentations des recherches en cours d’Anna Joukovskaïa sur les formes institutionnelles d’encadrement de la vie sociale dans les provinces russes au XVIIIe siècle, à partir du cas Sevsk. De même, Jean-Frédéric Schaub a ouvert le dossier de l’inclusion de l’archipel des Açores dans la Monarchie Hispanique au XVIIe siècle. Ces deux études de terrains présentent l’avantage de montrer aux étudiants, documents en main, comment s’ajustent les procédures de contrôle des territoires et des populations dans le cadre d’institutions politiques de nature impériale.
Avec Silvia Sebastiani a été abordée la question de la profondeur historique et chronologique qu’il convient d’accorder aux études sur les idéologies raciales. Le séminaire a proposé de revenir sur des œuvres centrales comme celles de Michèle Duchet, Giuliano Gliozzi et Michel Foucault. Nous avons également présenté l’état des discussions sur l’histoire longue de la couleur de la peau comme marqueur de différence. Silvia Sebastiani a présenté l’état de ses recherches sur la question de la race à l’époque des Lumières, non seulement autour des auteurs écossais qui ont fait l’objet de sa thèse, mais autour des naturalistes Buffon et Linné. Elle a également préparé l’extension de son enquête en direction de l’Amérique hispanique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Jean-Frédéric Schaub a présenté un travail en cours sur la diffusion des mécanismes ségrégationnistes de la « pureté de sang » ibérique aux Amériques et sur leur impact sur l’évolution des normes juridiques qui ont encadré l’économie esclavagiste de plantation à partir du XVIIe siècle.
Le séminaire a reçu et discuté les travaux de plusieurs chercheurs : Pap N’Diaye pour son ouvrage La condition noire. Essai sur une minorité française, Calmann Lévy, 2008 ; Jane Burbank de New York University pour le livre écrit avec Frederick Cooper Empires and the Politics of Difference in World History, à paraître à Princeton University Press; Patricia Seed d’University of California Irvine à propos de l’ouvrage American Pentimento, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2001 ; Alexei Miller de Central European University et à propos du livre dirigé avec Alfred J. Rieber, Imperial Rule, Budapest, C.E.U., 2004; Joan Pau Rubíes de la London School of Economics autour de l’article « Travel writing and humanistic culture: a blunted impact? », in Peter Mancall, ed., Bringing the world to early modern Europe: travel accounts and their audiences, Leiden, Brill, p. 131-168 ; Andrea Daher de l’Universidade Federal do Rio de Janeiro à propos de son article « A conversão dos Tupinambá entre oralidade e escrita nos relatos franceses dos séculos XVI e XVII », Horizontes Antropológicos, 10, 2004, p. 67-92.

Publications
• « Una Europa sin fronteras ? : el mundo después de Westfalia », in Saavedra Fajardo. Soñar la paz, soñar Europa, Murcia, 2008, p. 130-165.• « Francisco de Suárez », in Olivier Cayla et Jean-Louis Halpérin (dir.), Dictionnaire des grandes œuvres juridiques, Paris, Dalloz, 2008, p. 565-570.
• Avec Robert Gildea, « Has history again become a branch of literature? », in Writing Contemporary History, Robert Gildea, Anne Simonin, Stefan Berger (éds)., Londres, Hodder Arnold, 2008.
• « Europa. un mundo lejano en vías de europeización », José Javier Ruiz Ibáñez (coord.), Pensar Europa en el Siglo de Hierro. El mundo en tiempos de Saavedra Fajardo, Murcia, año Saavedra Fajardo, 2008, p. 159-174.
• « Conflictos y alteraciones en Portugal en la época de  la unión de coronas: marcos de interpretación », in Ciudades en conflicto (siglos XVI-XVIII), José Ignacio Fortea Pérez dir., Valladolid Madrid, Junta de Castilla y León - Marcial Pons, 2008, pp. 397-409.
• « La catégorie ‘études coloniales’ est-elle indispensable ? », Annales HSS, 63-3, 2008, p. 625-646.
• Oroonoko, prince et esclave. Roman colonial de l’incertitude
, Paris, Editions du Seuil, 2008.
• L’Europe a-t-elle une histoire ?
, Paris, Albin Michel, 2008.

 

Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.

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