2008-2009

Vingt ans après : bilan de la stratégie de relégitimation du Parti communiste chinois

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Vendredi de 11 h à 13 h (salle 451, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 6 mars 2009 au 26 juin 2009. Les séance du 3 et 10 avril se dérouleront en salle 524. Pas de séminaire le 22 mai

Le séminaire de cette année saisira l’occasion du vingtième anniversaire du mouvement démocratique de 1989 et de sa répression sanglante pour se pencher sur les moyens employés par le Parti communiste chinois depuis cette date pour reprendre le contrôle des esprits et retrouver une légitimité fortement entamée par son recours à la force brutale. On verra comment le recours au nationalisme, l’assimilation de la patrie au Parti et la modernisation du formidable appareil de la propagande ont permis au PCC d’atteindre pour l’essentiel son objectif. Cette étude des moyens de contrôle du pouvoir sur les idées et le comportement de la population nous permettra de réfléchir à nouveau sur l’insuffisance du terme d’'autoritarisme' pour caractériser les rapports entre pouvoir et société dans la Chine d’aujourd’hui.L’organisation des Jeux Olympiques de 2008 sera abordée comme exemple des succès de la stratégie du PCC, mais permettra également d’en montrer certaines limites et d’aborder la question de l’inadaptation des méthodes habituelles de fonctionnement du pouvoir chinois dans le cadre de son interaction avec la communauté internationale.

10 avril 2009 : CAI Chongguo « Le massacre du 4 juin 1989 à Pékin : témoignage et réflexions »

Après la passionnante conférence de la semaine dernière sur le mouvement démocratique du printemps 1989 en Chine, j¹ai demandé à M. Cai Chongguo de venir nous apporter son témoignage sur la nuit du 3 au 4 juin et de répondre aux questions que l¹on peut se poser sur la signification historique de cet événement, notamment en ce qui concerne la légitimité du Parti communiste
chinois.

Mots-clés : Histoire, Politique,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie

Intitulé général : Pouvoir, mémoire et société en République populaire de Chine

Renseignements : Marie Gys, CECMC, 54 bd Raspail, 75006 Paris

Direction de travaux d'étudiants : le vendredi, sur rendez-vous

Réception : sur rendez-vous

Adresse(s) électronique(s) de contact : bonnin(at)ehess.fr

Compte rendu

Le vingtième anniversaire du mouvement de Tian’anmen et de sa répression sanglante, le 4 juin 1989, nous a donné l’occasion de revenir sur cet événement, sur ses causes et ses effets, avant de nous pencher sur les moyens par lesquels le Parti communiste chinois (PCC) a réussi à redonner une légitimité à son pouvoir.
Après le doute de la fin de l’ère maoïste, les années 1980 voient le reflux du marxisme, du moins sous sa forme officielle, et une curiosité extraordinaire pour les idées occidentales. Les intellectuels retrouvent un statut important dans la société et certains commencent à rechercher une certaine autonomie par rapport au pouvoir, encouragés par les moyens nouveaux que leur donne le début de privatisation économique et par les divisions au sein du Parti. Le conflit au sommet est la condition de l’apparition et du développement du mouvement de 1989. Il éclate à la mort du dirigeant qui symbolisait l’espoir d’une réforme politique et profite ensuite des dissensions au sommet quant à l’attitude à adopter face aux trublions. La visibilité de plus en plus grande de la corruption, ainsi que certaines erreurs économiques jouent également un rôle dans le mécontentement qui éclatera au printemps.
Pour parler du mouvement lui-même, nous avons demandé à M. Cai Chongguo, témoin et acteur, aujourd’hui réfugié en France, de présenter le déroulement des événements et la façon dont ils étaient vécus et interprétés par les participants au jour le jour, jusqu’au massacre de la nuit du 3 au 4 juin. Les deux séances qu’il a animées ont fasciné l’auditoire et donné lieu à des débats intéressants sur la signification historique du mouvement, le rôle de Deng Xiaoping et l’apparente fatalité répressive du régime chinois.
La conséquence la plus immédiate du massacre a été une très importante perte de légitimité pour le Parti, qui a fait penser, au moment où le communisme commençait à s’effondrer en Europe, que les jours du PCC étaient comptés. Pourtant, il faut bien constater, vingt ans après, que non seulement le PCC est toujours au pouvoir, mais qu’il a réussi à retrouver une légitimité, tant au plan national qu’international. Plusieurs séances ont été consacrées à l’étude des moyens qui ont été utilisés par le pouvoir pour arriver à cette fin. J’ai présenté les résultats de mes réflexions sur ce sujet à la conférence internationale tenue à Hong Kong du 1er au 3 juin, sur l’impact du mouvement et de sa répression sur le devenir de la Chine. Mon intervention était tirée de l’article publié au même moment par les revues Perspectives Chinoises et China Perspectives (cf. publications). J’y mets en avant plusieurs éléments essentiels : le retour aux fondamentaux de l’État-Parti léniniste, la conscience de l’unité nécessaire des dirigeants, le renforcement du contrôle idéologique et notamment l’éradication de la mémoire du 4 juin, événement pratiquement inconnu des jeunes générations. Je montre que la légitimité acquise grâce à la croissance économique et surtout le recours au nationalisme comme source alternative de légitimité politique ont permis au PCC de sortir de l’ombre du 4 juin, même si cet événement continue à le hanter.
Un aspect particulier des effets du néo-nationalisme chinois a été mis en lumière par l’intervention de Lara Maconi, à propos de l’enquête qu’elle a réalisée sur le groupe des « Jeunes d’avril », jeunes gens diplômés et « branchés » qui se sont illustrés au printemps 2008, notamment en créant le site « anti-CNN. com ». L’occasion en était le mouvement de révolte au Tibet, qui a permis au régime de renforcer sa légitimité nationaliste. J’ai présenté une intervention sur « la gestion de la crise tibétaine par les autorités chinoises » à la rencontre internationale intitulée La révolte tibétaine du printemps 2008, au-delà des clichés, co-organisée par l’EHESS et l’EPHE (Paris, 3 novembre 2008).
J’ai, par ailleurs, poursuivi à la fois mon étude de l’époque maoïste et ma collaboration avec ceux qui, en Chine même, tentent d’en maintenir la mémoire dans un esprit scientifique. En décembre 2008, j’ai ainsi participé à la conférence en langue chinoise organisée à Shanghai par l’Université Fudan et l’Académie des sciences sociales, à l’occasion du quarantième anniversaire du lancement du mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne (Actes du colloque à paraître en 2009). Puis, j’ai présenté deux conférences à Hong Kong, l’une en chinois l’autre en anglais, à l’occasion de la sortie de mon ouvrage Génération perdue à Hong Kong en version chinoise.

Publications
Shiluo de yidai – Zhongguo de shangshan xiaxiang yundong, 1968-1980, Hong Kong, The Chinese University of Hong Kong, 2009, 468 p. (version chinoise de Génération perdue – Le mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne en Chine, 1968-1980, Paris, Éditions de l’EHESS, 2004).
• « Le mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne et les autres migrations organisées à l’époque maoïste », Revista Portuguesa de Estudios Chineses, n° 3, 1er semestre 2008, Lisbonne-Porto, p. 207-220.
• « Le Parti communiste chinois et le 4 juin, ou comment s’en sortir et comment s’en débarrasser », Perspectives Chinoises, 107, 2009/2, p. 58-68 (version anglaise dans China Perspectives, 78, 2009/2, p. 52-61).
• « Red Guards », « Production and construction corps », « Sent-down educated youth », dans Encyclopedia of Modern China, sous la dir. de D. Pong, vol. 3, Détroit, Charles Scribner’s Sons, p. 246-247, p. 299, p. 352-354.
• « Jingji wenti bu shi shangshan xiaxiang yundong de zhuyao dongyin » (Les problèmes économiques ne sont pas la principale motivation du mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne), Shehui kexue bao (Social Sciences Weekly), Shanghai, 28 mai 2009, p. 6 (en chinois).

Dernière modification de cette fiche : 29 avril 2009.

EHESS (Siège), 190-198 avenue de France 75244 Paris cedex 13 - Tél : 01 49 54 25 25