2008-2009

Identification et temporalités d’une histoire de l’action (2)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Lundi de 15 h à 17 h (salle 505, 54 bd Raspail 75006 Paris), du 10 novembre 2008 au 9 février 2009, puis de 15 h à 19 h (même salle) du 16 février 2009 au 6 avril 2009. La séance du 9 février se déroulera de 13 h à 15 h en salle 7, 105 bd Raspail

Le séminaire poursuit l’identification d’une histoire de l’action au XXe siècle. Celle-ci s’appuie sur les théories et les disciplines de l’action que professent les acteurs eux-mêmes et sur l’étude des différentes politiques normatives destinées à régler l’action des autres. Cette histoire explore ses propres temporalités au regard de celles des histoires politique, sociale, industrielle, du management, du gouvernement, des sciences, des techniques et des sciences sociales. Quels sont les traits communs de l’action à travers les frontières des domaines d’action et à travers les frontières tout court ? Les terrains restent les pays capitalistes occidentaux et les pays socialistes européens sous mainmise soviétique, URSS comprise. Comparaison, étude des circulations et passage du micro au macro sont des constantes du séminaire qui poursuit aussi ses échanges avec les démarches nouvelles des sciences sociales : de l’histoire croisée et connectée à la pragmatique et à la sémiologie de l’action en passant par les études d’action et d’interaction situées et distribuées. On espère, par cette construction d’une histoire de l’action, prendre à revers et reconsidérer l’histoire du XXe siècle.

Ceci est le programme du premier des deux semestres du séminaire.

L’histoire de l’action n’existe pas comme discipline. Celle-ci est à construire à partir des multiples démarches d’histoire qui se sont développées dans les dernières décennies, en particulier la micro-histoire et l’histoire sociale et culturelle des sciences et des techniques, et à partir de toutes les disciplines des sciences sociales et humaines qui prennent les pratiques, l’action ou l’activité comme objet (sociologie, psychologie, linguistique, ergonomie, anthropologie, philosophie, etc.). A partir des questions empiriques de ma recherche, dont les terrains vont des États-Unis à la Russie en passant par l'Europe occidentale, nous allons nous centrer au premier semestre sur quelques problèmes majeurs d’une histoire de l’action au XXe siècle. Tout le matériel empirique pour mes séances relève de la période de l’entre-deux-guerres.

Les invités, chercheurs plus jeunes ou confirmés, nous conduiront dans les environnements divers, intellectuels, historiques ou sociologiques, de cette recherche.

Des textes à lire seront autant que possible proposés d’une séance à l’autre. Le cours des échanges pourra entraîner des changements importants du programme quant aux séances que j’animerai.

1. 10 novembre 2008   : Yves Cohen, Comment faire le point sur une histoire de l’action au XXe siècle ? Considérations méthodologiques

2. 17 novembre  : Alexandr Vatlin (université d’État de Moscou), Micro-histoire de la « grande terreur » : l’activité des structures locales du NKVD en 1937-1938 (traduction simultanée assurée)

3. 24 novembre  : Vincent Dray (université Paris-Est), Circulation internationale des innovations et industrialisation au XXe siècle : ancrages historiques et perspectives de recherche

4. 1er décembre : YC, L’autorité comme action (nomination, discursivité et matérialité)

5. 8 décembre  : YC, Remarques sur les unités spatiales pertinentes pour l’histoire de l’action

6. 15 décembre  : Nicolas Dodier (GSPM, EHESS), Une version de l’histoire par un sociologue

7. 5 janvier 2008  : YC, Problèmes de vocabulaire à travers les frontières pour les acteurs et pour les chercheurs

8. 12 janvier  : Frédéric Graber (CRH, CNRS-EHESS), La forme projet dans les Ponts et Chaussées au début du XIXe siècle en France

9. 19 janvier  : YC, Management et leadership aux prises l’un avec l’autre et avec la psychologie

10. 26 janvier  : Geneviève Fraisse (CNRS), Le consentement est-il un argument politique?

11. 2 février  : YC, soit atelier d’étude de documents primaires, soit poursuite de la séance précédente

12. 9 février  : séminaire commun avec Serge Paugam et Cyril Lemieux, de 13 h à 15 h, salle 7, 105 bd Raspail [Dans le cadre du mouvement de mobilisation pour l'enseignement supérieur et la recherche, l'opération "Changeons le programme" propose une série de débats et d'interventions à propos des différents aspects des « réformes » en cours ] « L'irruption de l'esprit gestionnaire dans la recherche: que devient l'écriture scientifique? » Valérie Boussard (Laboratoire Printemps, CNRS)

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (hebdomadaire)

Mentions & spécialités :
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M2S3 M2S4)

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulé général : Histoire de l'action et des rationalités pratiques au XXe siècle (industrie, politique et sciences humaines)

Renseignements : Yves Cohen, CRH, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, 01 49 54 23 83

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous, le lundi de 13 h à 15 h.

Réception : Yves Cohen, sur rendez-vous, le lundi de 13 h à 15 h.

Niveau requis : tous niveaux acceptés à partir de M2 compris

Adresse(s) électronique(s) de contact : yvecohen(at)free.fr

Compte rendu

Le séminaire a porté cette année sur la singularité de l’histoire de l’action, encore au regard de l’histoire internationale de la culture du leadership et du commandement (1890-1940). Quelques questions ont plus retenu l’attention. Il existe bien des champs des sciences sociales sur les aspects les plus formels de l’autorité et de l’organisation ou sur le culte des chefs, mais il n’existe pas de milieu international de controverse sur ce régime de pouvoir et de discours scientifiques qui se développe à partir de la fin du XIXe siècle à propos de la conduite des masses et des groupes (en termes foucaldiens, nous ne sommes ni dans la souveraineté qui s’exerce sur les territoires, ni dans la discipline qui porte sur les corps, ni dans la gouvernementalité qui s’occupe de populations). Les difficultés de la traduction de termes majeurs comme « leadership », « commandement » et même « autorité » paraissent tout à fait décisives pour expliquer l’absence de ces échanges. Il est par exemple apparu que le mot d’autorité a principalement une connotation formelle dans le glossaire américain alors qu’un intérêt se développe en France sur « l’autorité personnelle » sans qu’en aucune manière ces recherches soient rapprochées de ce qui se fait dans le monde anglo-saxon sous les noms de leadership et de Führung.
Une autre thématique transnationale a été poursuivie : il s’agit du rapport entre les chefs et la démocratie. Dans chaque pays se développe à cet égard une conjoncture spécifique. Le thème n’est en aucun cas propre à l’Allemagne. Il ne se limite en rien au nazisme pour lequel il n’y a aucune compatibilité entre le pouvoir du chef et la démocratie. Bien avant 1933, dans des pays comme la France, les États-Unis, l’Allemagne et la Russie se développent des réflexions sur les relations entre la démocratie représentative et la « nécessité de chefs ». L’ambiance dominante consiste assurément à exiger de la démocratie qu’elle accepte le leadership ou les chefs. La version communiste est écartelée entre la façade donnée comme démocratique et un fonctionnement vertical au sein de l’Union soviétique et hors de ses frontières. Il semble qu’il y ait un enjeu contemporain majeur, à la fois actuel et international, à reprendre à nouveau frais, de façon critique, historique et circulatoire, la thématique du rapport entre les chefs et la démocratie.
La thématique s’est poursuivie de façon transdisciplinaire. Avec Geneviève Fraisse (CNRS), nous avons évoqué le rapport entre le consentement et la politique, en cherchant à comprendre dans la profondeur historique les raisons d’une montée actuelle de ce concept et en se posant la question d’une politique du consentement. La séance d’Emmanuel Saint-Fuscien sur les « bons » et « mauvais » chefs dans l’armée française de la première guerre mondiale s’est déroulée dans le cadre plus vaste d’une journée sur « Le chef dans tous ses états », organisée avec Sabina Loriga, Éric Michaud et Paolo Napoli. Y sont en outre intervenus Alban Bensa, Sylvain Boulouque, Marc-Olivier Baruch et Christian Jouhaud. Enfin, nous avons poursuivi le dialogue avec d’autres sciences sociales en discutant avec Nicolas Dodier de sa conception de l’histoire, en particulier d’une histoire faisable et écrite par les sociologues. Plusieurs séances ont porté sur des pays étrangers : Alexandr Vatlin (Université d’État de Moscou) a proposé une microanalyse de la grande terreur soviétique des années 1937-1938 pour penser son lien avec sa macro-histoire, Catherine Cottard (Paris-IV/Panthéon-Sorbonne) a offert à l’examen du séminaire des archives de la commission mixte industrielle franco-allemande (trois versions des pourparlers du 1er avril 1941 en français et en allemand) qui montrait bien comment les questions de traduction importent en sciences sociales, Robert Freeland (Université du Wisconsin) a proposé une théorie générale de la hiérarchie d’entreprise à partir de l’exemple américain et Pradipta Chaudhury (Université Jawaharlal Nehru) a proposé une passionnante enquête sur les castes, leur statut économique et leur rôle comme objet de gouvernement au début du xxe siècle. Se situant plus dans l’histoire industrielle, des sciences et des techniques, Frédéric Graber, membre du CHR, est intervenu sur la « forme projet » dans la pratique des ingénieurs des Ponts et Chaussées au début du xixe siècle en France, Vincent Dray (Université Paris-Est/Marne-la-Vallée) a évoqué les rapports entre la circulation internationale des innovations et l’industrialisation au xxe siècle et enfin Soraya Boudia (Université Louis-Pasteur Strasbourg-I) et Nathalie Jas (Université Paris-XI/Paris-Sud), ont construit la proposition d’une histoire de la régulation des risques santé-environnement et de ses rapports avec les activités industrielles et technoscientifiques.
Le séminaire a participé au mouvement de l’Université et de la recherche contre les projets gouvernementaux qui les visent et a pris part, dès le 2 février, à l’action « Changeons le programme ! » : la séance étant maintenue, le thème porte sur les événements envisagés sous les jours divers qu’offrent les sciences sociales. Parmi d’autres, notre invitée Valérie Boussard, du Laboratoire Printemps (CNRS et Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines), a accepté de joindre la séance du 9 février avec celles de Cyrille Lemieux et de Jean-Pierre Cavaillé pour un débat sur les manières de penser l’avancée de la pensée gestionnaire dans l’administration de la recherche en France. D’autres séances ont été purement et simplement annulées (manifestations ou préférence du collègue invité).

Publications
• « Sochaux, la grande entreprise et un projet (1927-1929) », Bulletin et Mémoires de la Société d’Émulation de Montbéliard, vol. 153, n° 131, 2009, p. 213-241.
• « Organisation models (scientific management/factory management/labour process/shop floor organisation…) », dans The Palgrave Dictionary of Transnational History, sous la dir. d’Akira Iriye et Pierre–Yves Saunier, Houndsmills, Palgrave Macmillan, 2008.
• « Les localités circulatoires : l’exemple du haut stalinisme (années trente) », Cahiers du Centre de Recherches historiques, n° 42 (Circulations et frontières. Autour du 101e anniversaire de Fernand Braudel), octobre 2008, p. 253-282.
• « Un ingénieur et sa pratique. Les techniques et la subjectivité », Documents pour l’histoire des techniques, n° 15, 1er semestre 2008, p. 77-90 (avec la publication du texte d’Ernest Mattern, « Exemple vécu de la formation d’un ingénieur d’usine », ibid., p. 90-210).

Dernière modification de cette fiche : 8 février 2009.

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