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1er lundi du mois de 9 h à 13 h (salle M. et D. Lombard, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 1er décembre 2008 au 4 mai 2009
Le séminaire ambitionne de repérer l’émergence et les formes d’une activité autonome d’écriture vouée à la critique d’écrits, littéraires mais pas seulement, au XVIIIe et au XIXe siècle. Comme décrire la figure du « critique littéraire » qui, avant le milieu du XIXe siècle, n’est associé qu’exceptionnellement à un statut d’auteur ou à une identité professionnelle dans la presse? Qu’est-ce cette activité qui apparaît à bien des égards comme une écriture subalterne destinée à remplir les rubriques bibliographiques sans gloire des journaux, mais qui, à l’occasion de « querelles » retentissantes, peut également conférer un pouvoir considérable sur le champ journalistique et éditorial ? Autant de questions qui seront abordées à partir d’une série d’études de cas et conduiront à s’interroger sur les écritures de circonstance et sur la formation des écrivains au au XVIIIe et XIXe siècles.
Mots-clés : Culture, Écriture, Histoire, Historiographie, Littérature, Savoirs, Sociohistoire, Textes,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : L'activité et la figure du critique, XVIIIe et XIXe siècles
Renseignements : Judith Lyon-Caen et Dinah Ribard Centre de recherches historiques 54 bd Raspail 75006 Paris
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous
Adresse(s) électronique(s) de contact : jlc(at)ehess.fr, dinah.ribard(at)ehess.fr
Ce séminaire, qui débutait cette année, était né d’une curiosité commune pour le foisonnement d’écrits « critiques » sur la littérature, dont l’émergence semble pouvoir être située au cours du XVIIIe siècle et qui connaît une forme d’institutionnalisation au XIXe siècle, liée à l’identification de rubrique de « critique » dans la presse et à l’apparition d’auteurs critiques, comme Sainte-Beuve. Corpus vaste, souvent mobilisé par les historiens de la littérature, mais dont la constitution, les conditions sociales de possibilité et l’existence même sont rarement interrogées. Envisager de travailler sur les « écrits critiques » permet de défaire cette évidence trompeuse d’une critique littéraire naturalisée, conçue en miroir de la production littéraire. Qui écrit, comment écrit-on sur la littérature ? Il s’agit ici de saisir une activité aux contenus, aux visées et aux supports fort divers : comptes rendus dans la presse, production de type censorial, exercice légitime ou illégitime du jugement littéraire dans les revues ou en librairie. L’identité sociale des « critiques » apparaît ainsi éclatée, mais saisir ensemble plumitifs et « princes de la critique », occasionnels ou professionnels, permet de s’interroger sur la « vie sociale » de la littérature, sur les multiples formes d’investissements sociaux auxquels elle donne lieu.
Cette année fut donc un moment de repérage de corpus et de problématiques, à partir d’une expérience de recherche partagée par de nombreux chercheurs qui s’interrogent sur la réception d’une œuvre : ils collectent des écrits qui parlent de l’œuvre mais peinent à saisir les logiques ou les contraintes de production de ces écrits, alors même que ces logiques sont souvent fortement objectivées par les acteurs eux-mêmes (quand par exemple ils dénoncent, autour de 1830, les phénomènes de « camaraderie » littéraire). Comment décrire ces mondes critiques et comment articuler les contraintes sociales qui sont propres à l’exercice du jugement littéraire, lequel se donne souvent comme dégagé de toute préoccupation extérieure à l’œuvre ? Pour le chercheur d’aujourd’hui, les textes critiques des xviiie et xixe siècles sont saturés de référence à l’idéal classique : faut-il y voir l’expression d’une « culture » commune, un idiome partagé ; peut-on en faire le point de départ d’un travail sur le rapport au temps et à l’histoire de la littérature qui serait central dans la production même de l’objet « littérature » ?
Les séances se sont déroulées autour de dossiers : une des premières figures de « prince » de la critique, enseignant et journaliste du XVIIIe siècle, habilement reconverti dans le feuilleton théâtral, Geoffroy ; l’invention dans les années 1840 d’une catégorie littéraire par un auteur critique en train d’affirmer sa légitimité, Sainte-Beuve, avec la promotion du « roman intime », véritable repoussoir de « l’industrie littéraire » alors dénoncée à hauts cris ; les pratiques critiques liées à la mise en place d’une véritable administration de la littérature sous le Second Empire. Jean-Baptiste Amadieu est venu présenter un riche travail autour des pratiques de l’Index romain du XIXe siècle sur la littérature contemporaine. Stéphane Zekian a exposé ses recherches sur la mémoire et l’histoire littéraire dans les toutes premières années du XIXe siècle, autour de la question des « classiques ». Cécile Raulet a présenté le début d’un travail sur les frères Nisard, qui croise la question de l’administration de la littérature et des diverses formes d’investissement de l’histoire dans la critique littéraire. Le séminaire s’est achevé sur une série de questions et de propositions qui donneront lieu à une discussion plus approfondie l’an prochain. 1) La question de la chronologie : plutôt que de proposer l’histoire d’une émergence, on semble davantage s’orienter vers une étude située de conjonctures critiques. 2) La question de la politique de la critique et des conjonctures de dépolitisation active de la littérature par la critique (autour des « classiques » en 1800 ; sous le Second Empire). 3) À la question, attendue, de la professionnalisation des critiques, on préfère la question du travail critique en envisageant la manière dont la production de la critique comme travail peut jouer sur la production de la littérature comme non-travail (expression d’une intériorité ou du génie) ; la spécialisation du travail critique doit également être rapportée à l’extrême dissémination des activités et des écrits critiques dans la société du XIXe siècle. 4) Enfin, la question centrale des usages de l’histoire dans l’écriture sur la littérature.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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