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Mercredi de 11 h à 13 h (salle des artistes, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 11 février 2009 au 27 mai 2009. La séance du 11 février se déroulera en salle 505 (54 bd Raspail)
Qu’il s’agisse de réguler les migrations, les comportements démographiques, les rapports familiaux ou la santé, l’idée de façonner les populations est pour ainsi dire universelle depuis l’époque moderne. Nous en aborderons ici l’étude sous son volet le plus explicitement politique. Nous examinerons notamment comment la population a été pensée, dans une perspective géostratégique, comme un enjeu de la diplomatie et des rapports de force internationaux, et comment, à l’échelle nationale, elle a contribué aux déchirements idéologiques autour de la définition de la « société ». Il s’agira, à travers ce séminaire, de poursuivre l’élaboration d’une histoire politique du monde contemporain pensée sous l’angle de la population.
Mots-clés : Biologie et société, Démographie, Genre, Histoire, Histoire des sciences et des techniques, Mouvements sociaux, Politique, Santé,
Aires culturelles : Europe, Transnational/transfrontières,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : Histoire sociale et politique des populations
Renseignements : Paul-André Rosental, Centre de recherches historiques, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 49 54 24 42
Niveau requis : S3-S4.
Site web : http://esopp.ehess.fr/
Adresse(s) électronique(s) de contact : rosental(at)ehess.fr
Ce séminaire clôt un cycle ouvert en 2006 autour de l’histoire de la santé au travail. Sans s’être jamais limité à ce thème, il en a exploré les diverses ramifications. La question ouvre en premier lieu sur celle des migrations qui lui est organiquement liée. On peut pour ainsi dire considérer que depuis les années 1920 au moins, l’appel à la main-d’œuvre étrangère peu qualifiée a « permis » de minimiser le coût global de la protection sanitaire sur le lieu de travail. Cette vision désenchantée n’est toutefois pas univoque. En retour, beaucoup d’avancées dans ce domaine particulièrement fragile de l’action sociale et sanitaire ont été rendues possibles par la pression des États d’origine des migrants sur la législation des pays d’accueil.
La deuxième caractéristique de l’histoire de la santé au travail est en effet sa dimension transnationale. Les grands modèles d’action qui se sont succédés au cours du XXe siècle (lutte contre les maladies professionnelles vers 1900, médecine du travail à partir de 1930, santé au travail plus récemment) ont été élaborés par les associations puis par les organisations sociales ou sanitaires internationales, tout en faisant l’objet de réélaborations propres à chaque pays. Ce processus a eu pour origine les médecins hygiénistes et les États, mais aussi les entreprises qui, dans les pays aux législations les plus contraignantes, ont fait pression via l’entremise des conventions internationales de l’OIT pour exporter les régulations qui leur étaient appliquées. L’histoire de la santé au travail permet ainsi d’en revenir à la question de l’articulation entre marché et protection sociale, que le tournant néolibéral des années 1980, joint à la crise de projet de la social-démocratie, a tendu à occulter.
En troisième lieu, ce domaine d’étude a été l’occasion de revisiter des questions fondatrices de l’histoire sociale telles que celle de l’agency ouvrière. Longtemps suspectés d’avoir préféré la défense des salaires et de l’emploi à celle de la santé, les syndicats voient, partout dans le monde, leur rôle réévalué par l’historiographie. En amont, on peut désormais considérer qu’aucune reconnaissance de maladie professionnelle n’a été possible sans leur implication. En aval, les organisations ouvrières jouent un rôle important dans l’application des régulations, à condition d’appréhender ce rôle par un jeu stratégique complexe : au quotidien et souvent à l’échelle locale, elles sont contraintes de hiérarchiser les différents fronts que constituent les conditions effectives de la réparation financière, le traitement médical des maladies (qui lui-même distingue la détection, les soins et la recherche), ou encore la prévention.
Une quatrième dimension a explicitement servi de charpente au séminaire de cette année : c’est celle de l’acceptabilité de la mort au travail dans des sociétés prônant un idéal démocratique. « Je n’aime point voir les gens absorber du poison à petites doses ; je me figure qu’il y a toujours quelqu’un qui s’en ressentira », écrivait en 1884 Jules Arnould, professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de Lille, cité par l’historienne Caroline Moriceau. De fait, détailler les linéaments de l’histoire longue de la notion de « maladie professionnelle » permet d’éprouver un paradoxe récurrent. Entendue comme une pathologie indéniablement et spécifiquement contractée sur le lieu de travail, elle est analytiquement et épidémiologiquement indiscutable. Mais son institution même la distingue des problèmes de santé générale et des maladies « privées », en traçant une hiérarchie entre les maladies du consommateur et les maladies du travailleur qui opère aux dépens de ces dernières.
Pour élargir cette réflexion sur la frontière entre acceptabilité et inacceptabilité, le séminaire a bénéficié d’exposés d’Émilien Ruiz (doctorant EHESS), de Dieter Gosewinkel (WzB Berlin) et de Wiktor Stoczkowski (EHESS).
Publications
• Avec Catherine Omnès, direction du numéro thématique, « Les maladies professionnelles : genèse d’une question sociale », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009, 1.
• Direction du numéro thématique « Health and safety at work : an issue in transnational history », Journal of modern european history, 2009, 2.
• Avec C. Douki et D. Feldman, « Y a-t-il des politiques migratoires nationales ? De quelques leçons des années 1920 », Cahiers du Centre de recherches historiques, 42, 2008, p. 47-55.
• Avec Catherine Omnès, « L’histoire des maladies professionnelles, au fondement des politiques de “santé au travail”, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009, 1, p. 5-11.
• « De la silicose et des ambiguïtés de la notion de « maladie professionnelle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009, 1, p. 83-98.
• Avec Jean-Claude Devinck, « Une maladie sociale avec des aspects médicaux : la difficile reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle dans la France du premier XXe siècle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009, 1, p. 99-126.
• « Vichy a-t-il cru à la famille ? », Préface de Christophe Capuano, Vichy et la Famille. Réalités et faux-semblants d’une politique publique, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009, p. 9-12.
• Avec Thomas Cayet et Marie Thébaud-Sorger, « How international organisations compete : Occupational safety and health at the ILO, a diplomacy of expertise », Journal of modern european history, 2009, 2, p. 173-194.
• Avec Emanuela Mackova, « Les démocraties populaires d’Europe de l’Est ont-elles protégé la santé de leurs travailleurs ? La Tchécoslovaquie socialiste face à la silicose », Journal of modern european history, 2009, 2, p. 237-260.
• « La biopolitique à l’épreuve de la croissance démographique mondiale », La Vie des Idées, 26 juin 2009. Version italienne « La biopolitica alla prova della crescita demografica mondiale nel XX secolo », Contemporanea, 2009, 3, p. 505-510.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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