2008-2009

La liberté des cultes en France : parcours historique et anthropologie religieuse

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er et 3e jeudis du mois de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 20 novembre 2008 au 4 juin 2009. Pas de séminaire le 19 février et le 19 mars. Une séance supplémentaire se déroulera le 11 juin 2009, de 11 h à 13 h, salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris

Si la laïcité, sa définition et la délimitation du champ d’application qui doit être le sien suscitent toujours les discussions les plus vives, le pluralisme religieux semble avoir accédé aujourd’hui au rang de pétition quasi unanime.
Ce séminaire s’intéresse à la construction historique du projet pluraliste comme aux modalités précises qui ont servi à le mettre en l’œuvre. L’histoire des cultes est envisagée du point de vue des intéressés, les cultes et leurs fidèles, en considérant les conditions qui leur ont été faites et la manière dont ils s’en sont à leur tour emparés pour les vivre. Nous nous arrêterons tout particulièrement cette année sur la place occupée par la question de la liberté et de la pluralité des cultes lors des phases de changement radical de régime politique qu’a connus le XIXe siècle français et sur la question scolaire que nous aborderons sous l’angle de la pluralité, ainsi de la situation des établissements scolaires confessionnels d’obédiences diverses.
Le séminaire se veut également le lieu d’une confrontation des différents régimes de régulation des cultes à partir de la présentation d’exemples nationaux, métropolitains et coloniaux, historiques et contemporains. Une question s’est imposée au cours des dernières années et elle exige une perspective encore plus vaste : celle de la diversité des sens dont peut être investi un terme prétendant faire l’objet d’un consensus aussi universel que celui de « pluralisme ».

2 avril 2009 : Philippe Simay, philosophe, « La place du différend: tradition, critique et réflexivité »

Mots-clés : Anthropologie, Histoire, Sociologie,

Aires culturelles : Europe, France,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulé général : Histoire de la modernité religieuse

Renseignements : Rita Hermon-Belot, bureau 902, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 45 87 37 35

Direction de travaux d'étudiants : lundi de 9 h à 13 h

Réception : sur rendez-vous

Adresse(s) électronique(s) de contact : rhbelot(at)ehess.fr

Compte rendu

À mesure que la question de la liberté des cultes s’affirmait au cours des dernières années comme un enjeu social de premier rang et devenait l’objet du plus large débat, il nous a paru nécessaire de nous arrêter aux références qui s’y trouvaient mobilisées.
Celle, devenue de plus en plus insistante, à des « racines chrétiennes » de l’Europe prétend tirer une grande partie de sa légitimité de son ancrage dans une histoire partagée. On a donc voulu en examiner plus attentivement la substance. Ce qui a été tenté à partir de trois grands objets : l’État, les droits de l’homme, la définition des identités. Ont été ainsi soulignées, sans grande surprise, les ambiguïtés qui président au maniement de cette référence. Mais surtout l’usage permettant d’attribuer à ce qui serait une pensée foncièrement religieuse des pans revendiqués comme les plus spécifiques d’une « culture occidentale ». Alors que ceux-ci se sont largement élaborés dans un mouvement d’autonomisation à l’égard des religions et de leurs institutions, mouvement auquel le conflit n’a pas été étranger.
Autre référence universellement revendiquée : la tradition. Le philosophe Philippe Simay nous a présenté son travail sur cette catégorie en montrant comment loin de constituer un fondement intemporel, elle s’est pour une très large part construite dans la controverse.
L’enquête menée sur les racines chrétiennes nous faisait justement buter sur une forme, elle aussi en inflation constante, de référence à la tradition, invoquant une tradition « judéo-chrétienne ». Notion à la fois si présente et si obscure que nous nous sommes promis d’y revenir durant la prochaine année du séminaire.
Notre étude historique de l’acclimatation du pluralisme religieux en France s’était donnée cette année pour objet la question, très classique, de l’école. Nous l’avons reprise, depuis l’Ancien Régime à la Révolution avec des sources non moins classiques, essentiellement La Chalotais, Talleyrand et Condorcet. L’accent sur la question de l’école dans les relations entre religieux et politique en France et l’ouverture conflictuelle de la question bien avant l’expression de toute revendication en termes de droits de groupes ou d’individus, bien avant notamment la Révolution, sont avérés. Mais revenir à ces textes en y traquant l’expression d’un souci de pluralité ou tout au moins d’une attention portée à la situation des élèves issus de familles non catholiques permet de montrer comment la préoccupation entre dans le champ du discours critique, même si c’est d’abord pour sa valeur d’appoint rhétorique.
D’autant plus frappant a été le retour au présent avec l’étude très précise menée par Marina Zuccon, doctorante, de l’accord passé en décembre 2008 entre la République française et le Saint-Siège sur la reconnaissance des diplômes et des implications de cet accord à la fois du côté du droit français, et de la liberté d’institutions et groupes religieux qui se retrouvent bien inopinément pris en tenaille entre l’État et le pouvoir romain. Implications dont on peut se demander jusqu’à quel point elles ont été envisagées par les autorités de la République.

Publications
• « Antisémitisme », Dictionnaire des droits de l’homme, PUF, Paris, 2008, p. 50-54.
• « Chrétiens et juifs : ni les mêmes ni tout à fait autres », dans La Religion de l’Autre, la pluralité religieuse entre concurrence et reconnaissance, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 109-121.
• « Religion et Révolution, un héritage double », dans Lumières, Religions et Laïcité, sous la dir. de Louis Châtellier, Claude Langlois et Jean-Paul Willaime, Riveneuve, Paris, 2009, p. 189-197.
L’abbé Grégoire, Écrits sur les Noirs, édition en collaboration avec Roger Little, et introduction, 2 volumes, L’Harmattan, 2009.

Dernière modification de cette fiche : 7 mai 2009.

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