2008-2009

Histoire du corps, objets, méthodes

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Jeudi de 19 h à 21 h (salle 7, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 13 novembre 2008 au 11 juin 2009. La séance du 29 janvier est annulée. Pas de séminaire le 4 juin

Le corps a longtemps été oublé par les historiens. Les sciences sociales en ont pourtant révélé l’importance et la profondeur. Son originalité est d’être à la croisée de l’enveloppe individuelle et de l’expérience sociale. Ses objets s’etendent des investissements les plus sensibles aux représentations les plus travaillées. Ils concernent les modes de faire aussi, les rituels autant que les mode d’être. Les exemples abondent de la contribution que peut apporter l’antrhropologie historique à une investigation des pratiques et des représentations du corps. Comment entendre pourtant, dans son trajet historique, cette notion de corps qui relève de sciences et de regards différents ?

Programme du 1er semestre

Jeudi 13 novembre 2008 : Problématiques historiques et objets de travail, Georges Vigarello

Jeudi 20 novembre 2008 : Problématiques historiques et objets de travail, Rafael Mandressi

Jeudi 27 novembre 2008 : Problématiques historiques et objets de travail, Thierry Pillon

Jeudi 4 décembre 2008 : Aliment et représentation du corps, d’un continent à l’autre, Claude Fischler, CNRS

Jeudi 11 décembre 2008 : Le vêtement et la rationalité sociale au Moyen Âge (XIIIe-XIVe siècles), Gil Bartholeyns, Université Libre Bruxelles et Université Oxford

Jeudi 18 décembre 2008 : Imaginaires et pratiques du tabac de 1940 à aujourd’hui
Éric Godeau, Université Paris-I

Jeudi 8 janvier 2009 : Le gros, une histoire des images ?, Georges Vigarello

Jeudi 15 janvier 2009 : Louis XIII comme hermaphrodite : le temps, l'histoire, et l'exception dans "Le Ballet de Madame", Mark Franko, Université de Californie, Santa Cruz

Jeudi 22 janvier 2009  : L’anatomie et la production du regard, Rafael Mandressi

Jeudi 29 janvier 2009 (séance annulée) : « Mesurer » le corps. Réflexions historiques, Thierry Pillon, Georges Vigarello

Jeudi 5 février 2009 : Touristes et tortionnaires. Anthropologie des images d'Abou Ghraib
Jean-Jacques Courtine, Université Paris-III

Jeudi 12 février 2009 : L’image, principe de séparation et de distinction, Marie-Josée Mondzain, CNRS

 

Programme du secondsemestre

Jeudi 5 mars 2009 : Le corps de la comédie ou l’humour anglais (XVIe-XVIIe siècles), Rafael Mandressi

Jeudi 12 mars 2009 : Les cultures sportives, Christian Pociello, Université Paris-XI

Jeudi 19 mars 2009 : L'histoire étonnante des Carnets de Minna, (éd. Elsie Herberstein et Anne Georget, Seuil, 2008, 156 p., illustrations et photos), Un Recueil de recettes écrit dans le camp de Terezin vers 1942-1944, Luce Giard, CNRS

Jeudi 26 mars 2009 : L’invention de la médecine populaire et l’expérience du corps, Georges Vigarello

Jeudi 2 avril 2009 : Le calcul calorique et les redéfinitions des savoirs sur le corps, Georges Vigarello

Jeudi 9 avril 2009 : L’art et l’invention du corps ?, Nadeije Laynerie Dagen, ENS

Jeudi 30 avril 2009 : Les « mesures » du corps et leur histoire, Thierry Pillon et Georges Vigarello

Jeudi 7 mai 2009 : Expérimenter sur les êtres humains (XVIIIe et XIXe siècles), Grégoire Chamayou, Resheis – Université Paris-VII

Jeudi 14 mai 2009 : Les classifications médicales au XVIIIe siècle, Dora Weiner, Université de Los Angeles

Jeudi 28 mai 2009 : L’univers du bureau et le monde sensible, Thierry Pillon

Jeudi 11 juin 2009 : Synthèses et conclusions

Mots-clés : Corps, Histoire, Santé, Savoirs,

Aires culturelles : Europe,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie historique

Intitulé général : Histoire des pratiques corporelles

Renseignements : Thierry Pillon, thierry.pillon(at)wanadoo.fr et Georges Vigarello, vigarello(at)noos.fr

Direction de travaux d'étudiants : Georges Vigarello, Thierry Pillon, Rafael Mandressi

Réception : Georges Vigarello : sur rendez-vous uniquement

Niveau requis : Etudiants de master 1 & 2

Site web : http://www.iiac.cnrs.fr/cetsah

Adresse(s) électronique(s) de contact : thierry.pillon(at)wanadoo.fr ; vigarello(at)noos.fr

Compte rendu

Le séminaire s’est particulièrement attaché à suivre les difficultés de « dire » le corps. Trois difficultés ont été retenues. La première porte sur la restitution de l’espace et du mouvement : comment mettre en relation ce qui est de l’ordre de l’espace et ce qui est de l’ordre du temps ? Comment, par exemple, dans une description, restituer clairement le déplacement d’un corps ? Les peintres, déjà, ont éprouvé longtemps une vraie difficulté à « figurer » correctement la course : l’inclinaison physique du coureur, la place respective des membres, le galop du cheval, entre autres, ont été pour eux un défi. Et il a fallu la chronophotographie de Marey, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, pour que ce défi soit surmonté : déplacements et temps ont pu être, pour la première fois, ordonnés par des photos fixant les instants successifs. L’évanescent a pu devenir mémoire. L’écriture a pu se stabiliser, la description s’achever. Ce qui montre l’enjeu de la technologie : il faut des outils, et quelquefois des outils complexes, pour décrire et représenter le corps.
La deuxième difficulté porte également sur une donnée « externe » : celle de restituer l’expression. Obstacle d’autant plus redoutable que l’expression ne traduit plus seulement le « dehors », mais le « dedans ». Une analyse précise a été faite du passage de la Nouvelle Héloïse, où Rousseau montre la difficulté qu’a Saint Preux à traduire le portrait de Julie, en disant « tu n’es à nul autre pareil », ou lorsque Rousseau parle des yeux de Thérèse, il dit « ce sont des yeux qui ne ressemblent à nul autre », etc. Plusieurs séances ont été consacrées au problème représenté par la difficulté de rendre l’« unique », sa prise de conscience dans la culture occidentale, les diverses réponses apportées.
Une troisième difficulté, porte sur la restitution de l’« interne » physique : ce qui est ressenti, éprouvé. Une histoire du sens interne est-elle possible. Plusieurs textes montrent une évolution dans l’intérêt porté à cette question dès la fin du XVIIIe siècle. Rien de plus historique que l’affinement de ce versant sensible, la précision croissante dont il peut être l’objet : « perfectionnement » accompagnant la lente construction de la conscience moderne. Histoire d’autant plus notable d’ailleurs que l’existence de cet univers a longtemps été négligée par les témoins du temps, les acteurs, les savants : trop inaccessible sans doute, trop fermé, trop différent aussi de ce qui semblait identifier spontanément l’« intérieur » à l’« esprit ». Un silence l’a durablement entouré, abandonnant au monde des cinq sens la seule existence spécifiquement sensible : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher n’ayant pour finalité que l’espace « externe », le cosmos, les objets. Non que la douleur, témoignage évident de l’interne, ait été ignorée. Sa présence est même insistante dans les textes classiques. Mais outre qu’elle demeure le seul indice d’une résonance physique, elle est en même temps accident, faiblesse, infirmité : perturbation cruelle à laquelle aucun sens défini n’est rattaché. Comme si l’enjeu du sensible se limitait à la seule confrontation aux autres, aux choses, aux entours, alors que l’« intérieur » suggérerait moins le corps que l’âme, les pensées, le dialogue entre soi et soi.

Dernière modification de cette fiche : 2 juin 2009.

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