2008-2009

Délibération collective, rhétorique et raison publique

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Mardi de 15 h à 17 h (salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 3 mars 2009 au 2 juin 2009. La séance du 28 avril est annulée

Présentation, analyse et discussion de travaux récents sur la délibération et la persuasion.

Mots-clés : Philosophie, Politique, Sociologie,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Philosophie et épistémologie

Intitulé général : Institution de la délibération

Renseignements : Nicolette Delanne, IMM-CESTA, 105 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 53 63 51 38

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous auprès de Nicolette Delanne

Réception : sur rendez-vous auprès de Nicolette Delanne

Site web : http://cesta.ehess.fr

Adresse(s) électronique(s) de contact : delanne(at)ehess.fr

Compte rendu

Le séminaire a trouvé son point de départ dans certaines critiques récemment adressées aux théories de la démocratie délibérative. Ces théories, objectent les critiques, ont une conception indûment restrictive de la délibération démocratique qui confine celle-ci au pur échange d’arguments rationnels et ne fait aucune place à d’autres éléments possibles du discours persuasif tels l’emploi d’images ou d’histoires, l’appel aux émotions de l’auditoire ou encore l’usage de raisonnements approximatifs et incomplets. Les théories contemporaines de la délibération ne font pas place, non plus, à l’adaptation du discours de l’orateur aux croyances de son auditoire. Ces critiques récentes suggèrent de se tourner vers la théorie de la rhétorique pour construire une conception moins restrictive de la délibération. Le séminaire de cette année a commencé d’explorer cette voie.
Dans un premier temps, on a étudié ces critiques de la notion restrictive de délibération, en s’appuyant entre autres sur les travaux de I.-M. Young et B. Garsten. On a également examiné l’hypothèse d’une dette de la notion moderne de raison publique à l’égard des arguments de Hobbes identifiant la rhétorique à un facteur de sédition utilisé par des prédicateurs fanatiques (cf. les travaux de Q. Skinner).
Dans un second temps, on a examiné plusieurs théories de la rhétorique, anciennes comme modernes, en cherchant ce qu’elles pouvaient apporter à une conception de la délibération collective plus satisfaisante que celle qui est en général proposée. Comme le « genre délibératif » est classiquement pensé comme un des principaux domaines de la rhétorique, les théories majeures de la rhétorique traitent explicitement de délibération collective. On a d’abord mis en lumière, en s’aidant des travaux de C. Perelman, un principe commun à toutes les théories justifiant l’usage de la rhétorique : la vérité ne suffit pas nécessairement à persuader. Dans la théorie aristotélicienne de la rhétorique, on s’est principalement intéressé à la notion d’enthymème, en suivant en particulier l’analyse de M. Burnyeat qui y voit un enchaînement non totalement rigoureux de propositions (et non pas seulement un syllogisme incomplet). Chez Quintilien, on a surtout examiné les réflexions concernant la valeur du débat contradictoire pour la délibération. La délibération est utile, selon Quintilien, lorsqu’il y a des raisons de se décider dans un sens, mais aussi des raisons de se décider en sens inverse. Le débat contradictoire est ainsi le mode privilégié de la délibération. Il ne procède pas du scepticisme, mais de l’idée que l’existence de raisons dans un sens n’implique pas l’absence de raisons en sens inverse. Le débat contradictoire est le moyen par excellence d’évaluer les poids respectifs de ces raisons. Chez Cicéron, enfin, on a principalement étudié les réflexions sur les rapports entre docere et movere dans le discours visant à persuader. Il est apparu que ce movere ne recoupait que de manière très restreinte notre moderne conception du recours aux émotions : il s’agit en fait de susciter l’indignation ou la pitié par des considérations morales dont l’aspect discursif autorise la réfutation.

Dernière modification de cette fiche : 8 avril 2009.

EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25