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1er, 3e et 5e vendredis du mois de 11 h à 13 h (Maison de l'Asie, salle de conférences, rez-de-chaussée, 22 av du Président-Wilson 75016 Paris), du 7 novembre 2008 au 5 juin 2009
Que devient Séoul, capitale coréenne pluricentenaire, lorsque soumise au jeu de forces de la colonisation japonaise (1910-1945) ; lorsque deux populations (70 % de Coréens) nourries de modernisme nationaliste doivent l’une contre l’autre faire face aux mobilisations impérieuses et hésitantes de l’État colonial ?
Dans la ville, le déni de colonisation — statut juridique indifférencié — se décline en réalités plus critiques — violence, racisme — ou plus opaques — règles, classements — pour donner naissance à une morphologie originale — territoires, paysages, réseaux ; guider les tactiques quotidiennes d’interaction — frontières, évitements, affrontements ; engager des stratégies mobiles : lignages et contre-enquêtes côté coréen ; exhibition cérémonielle et instabilité réglementaire côté japonais.
THEME 2008-2009 : Autour de l’eau
Mots-clés : Coloniales (études), Géographie, Histoire, Savoirs, Spatialisation, territoires, Urbaines (études),
Aires culturelles : Asie orientale, Corée, Japon,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Asie
Intitulé général : Histoire de la Corée moderne
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous
Site web : http://crc.ehess.fr
Adresse(s) électronique(s) de contact : delissen(at)ehess.fr
Il faut insister sur un particularisme de fait : l’empire colonial japonais s’est bâti dans le temps bref d’une ample mobilité démographique, projetant les populations de l’archipel sur des périphéries qui n’étaient pas désertes. Migration et mouvement naturel confondus, la population des Japonais de Corée bondit de quelques milliers de colons à presque huit cent mille, entre 1905 et 1942. Davantage qu’investir un territoire, ils durent s’insérer dans une société coréenne dense et mobile qui entamait transition démographique – passant de douze à vingt-cinq millions d’habitants – et mutation urbaine. Il est plusieurs façons d’aborder ces turbulences qu’ont renforcées les mutations du dispositif impérial japonais et les années de guerre. Il paraîtrait ainsi dans l’air du temps de saisir ces mobilités aux échelles temporelles et spatiales de l’histoire globale, qui dominent le champ renouvelé des études coloniales.
Dans le cas de la Corée japonaise, il semble non moins légitime de persévérer dans la voie choisie d’une investigation à l’échelle locale. Séoul où se concentrent mobilités colonisées et colonisatrices, Séoul où s’articulent toutes les échelles d’empire, offre matière à prolonger en terrain colonial les questionnements que produit ailleurs – mais à la même époque – la sociologie dite « de l’école de Chicago ». Entre morphologie sociale et interactions raciales, l’analyse de la capitale coréenne au milieu des années 1920 inverse toutefois les grilles d’analyse en disposant la masse des immigrés japonais en agents politiques dominants, en maîtres du jeu social. En quoi cette combinaison particulière peut-elle contribuer à réarticuler des notions – ségrégation, insertion, redistribution, assimilation, discrimination, intégration, etc. – qui forment le fonds de l’histoire sociale ?
Outre les interactions en tant qu’événements du quotidien colonial, le séminaire s’est donné pour objectif de mieux connaître une zone intermédiaire, assez vaste, de peuplement mêlé coréen et japonais, afin d’en comprendre la forme, le sens et la dynamique.
Construite de façon statistique autour des valeurs moyennes de distribution ethnique (70/30), cette zone forme une frontière conjuguant ruptures spatiales (rivières, chemins de fer, enceintes, palais) et espaces de circulation et d’échange (hérités ou neufs). Au détour des annexes d’une source tardive, on a pu enfin trouver le détail des recensements de 1930 et de 1935 pour les 186 arrondissements de Séoul : pour la période visée (1925-1930), la croissance démographique ne se produit pas en zone mixte mais, au contraire, dans la « zone cœur » des bastions ethniques.
La propriété et les usages du sol séoulites ont fourni un second thème, soutenu par deux registres fonciers édités, après enquête systématique, en 1917 et 1927. Le travail synthétique de Kang Pyeongsik (Ilche sidae Seour-eui t’oji yeon’gu [Recherche sur le foncier colonial de Séoul], Séoul, Minjok munhwasa, 1999) a permis de s’y orienter assez vite. Si les données relatives à l’affectation du sol sont pauvres, celles qui disent la propriété sont une mine : foncier étatique, public, « moral » (églises, entreprises, associations), propriétaires privés classés par nationalité ou ethnicité offrent la promesse d’un bel atlas. On peut aller plus loin que Kang qui conclut, banalement… sur le caractère « colonial » de Séoul. Certes, la ville appartient pour moitié aux colons japonais. Certes encore, cette emprise s’étend entre 1917 et 1927. En éclairant un autre mode d’insertion des Japonais, l’approche cartographique suggère une série de « fronts fonciers » externes à la zone mixte : ils semblent liés à de nouvelles infrastructures publiques, générant redistributions et filtrages dans l’espace social colonial. On en déduit provisoirement que cette zone renvoie à deux profils : des quartiers où domine la dynamique libre de l’échange (marchandises, services, idées, sociabilités) marquée par l’accommodation ethnique ; et d’autres où se joue une dynamique de substitution sociale à l’ombre de l’autorité coloniale pour faire place aux colons japonais… et à leurs collaborateurs coréens ?
Publications
• « Korea », dans History of Humanity, sous la dir. de Peter Mathias et Nikolaï Todorov, vol. vi, The 19th Century, Paris, Routledge/Unesco, 2009, p 251-253.
• « Sin Cheokpyeoktaejeon : Han Chung Il kongdong yeoksa kyokwaseo-e taehaeseo” » dans Tong Asia – eseo yeoksa insik-eui kukkyeong neomgi, Séoul, Asia yeoksa yeondae, 2009, p 469-490.
Dernière modification de cette fiche : 24 novembre 2008.
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