2008-2009

Objets et méthodes de l'anthropologie politique

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er mardi du mois de 17 h à 19 h (CEAf, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 4 novembre 2008 au 2 juin 2009. La séance du 3 mars est reportée au 10 mars (même heure, même salle). Séance supplémentaire le 19 mai

L’anthropologie politique n’existe plus actuellement comme courant. Pour autant, elle reste encore fortement pratiquée et se trouve également réappropriée par les politologues. Si aucun corpus d’études ne semble plus émerger, les méthodes d’analyse du politique n’en semblent pas moins se transformer et incorporer de nouveaux objets tout en estompant les limites disciplinaires.

L’objectif de l’atelier est d’analyser, à travers une reflexion sur les objets et les pratiques contemporaines de la recherche, comment l’anthropologie politique se recompose aujourd’hui au sein de ces champs d’investigation. Cette reflexivité de la discipline sur ses objets et sur ses pratiques tentera de mettre à jour les évolutions des paradigmes de l’anthropologie dans le champ politique ainsi que les changements qu’elles engendrent sur le plan des méthodologies.

Mardi 3 février 2009 : Jean-Pierre Chauveau, Politique de l'intergénérationnel, politique de la mobilité et conflits. Éclairage ivoirien sur les nouvelles ruralités
Argument :
La situation dans les campagnes du Sud forestier ivoirien servira d'exemple pour montrer que les situations rurales contribuent à la compréhension des processus contemporains de changement institutionnel en Afrique. Tout se passe comme si
les situations de violence qui caractérisent de plus en plus de régions rurales manifestaient et contribuaient à reproduire une configuration dans laquelle la structuration sociale opère, pour l'essentiel, par les marges des structures (V. Turner), à commencer par les structures intergénérationnelles et les structures de la gouvernementalité translocale.
Dans cette configuration, comme le prédisent les théories récentes en anthropologie du changement institutionnel, les institutions se fragmentent et se recomposent en dispositifs composites aux frontières du public et du privé, de l'État et du coutumier, du national et du villageois, du légal et de l'illégal, de la coopération et de la violence.
La propagation des phénomènes de « vigilantisme » largement alimentés par les jeunes ruraux marginalisés dans l'accès aux ressources tant rurales qu'urbaines, montrent que, pour le meilleur et pour le pire, une telle configuration peut aussi être en mesure de se stabiliser et de se généraliser comme un élément durable de gouvernementalité.
L'étude des situations rurales contemporaines en Afrique contribue ainsi à promouvoir l'intégration de la dimension intergénérationnelle à l'anthropologie du changement social. Les nouvelles ruralités constituent des objets de recherche qui nécessitent de conceptualiser en termes de continuum aussi bien les phénomènes de génération, que les phénomènes de changement institutionnel et les phénomènes de violence et de guerre, trois dimensions critiques de la reproduction sociale en Afrique que l'anthropologie politique du changement social contemporain en Afrique devrait avoir pour tâche de comprendre, de relier et de conceptualiser en relation étroite.

10 mars 2009 : Exposé par Pierre-Yves GAUDARD, suivi de débat : « Hypocondrie sociale et ségrégation »

Lacan nous permet de comprendre comment notre capacité à reconnaître l'image de notre propre corps conditionne notre connaissance du monde. Une part de notre image ne nous est pas donnée dans ce qui fait miroir. C'est ce reste non spécularisable qui détermine notre connaissance sur un mode qui serait potentiellement paranoïde s'il n'était symbolisé par l'Autre langagier. Les effets de langage, c'est-à-dire le Symbolique, permettent d'instaurer le politique en ménageant une place vide pour l'Autre qui peut alors l'occuper.

L'exposé analysera la conversion forcée des Juifs ibériques au bas Moyen Âge, dont les effets de langage annulèrent l'altérité de l'Autre. Il en est résulté que la nécessaire altérité s'est rabattue sur le corps, provoquant l'émergence d'une « hypocondrie sociale » qui s'est mise à traquer la « pureté du sang ». Ce processus s'est répété jusque dans l'idéologie et la pratique nazies.

Pierre-Yves Gaudard est l'auteur de :
- Le Fardeau de la mémoire. Le deuil collectif allemand après le national-socialisme, Paris, Plon, 1999.
- « Hypocondrie sociale et ségrégation », Le Journal français de psychiatrie, n° 28, septembre 2007.

Mardi 24 mars 2009 : Benoit Hazard, Devenir migrant en habitant les espaces ruraux du Burkina Faso: deux facettes d'un même sujet politique ?

Pour poursuivre l'exploration de la construction du sujet politique en Afrique sub-saharienne, cette intervention s'interrogera sur le rôle des diasporas dans la configuration des espaces ruraux au Burkina Faso. Partant d'un état des recherches sur les migrations dans les études rurales en Afrique de l'Ouest, nous nous interrogerons sur les mutations observables dans le cas particulier de territoires du Centre Est du Burkina Faso et sur la manière dont les migrations actuelles vers l'Italie redessinent des espaces historiquement construits par la mobilité. Pour comprendre comment les migrations participent à la création d'espaces culturels, marqués par de nouvelles manières d'habité les espaces ruraux, l'exposé explorera à la fois les représentations et les pratiques sociales élaborées dans des réseaux de circulation migratoire d'échelle globale et montrera comment elles agissent dans des constructions sociales, politiques et économiques locales. Les exemples concrets d'appropriation de la migration dans des enjeux liés à l'organisation, la gestion et l'aménagement des territoires de la province du Boulgou (Centre est) fourniront la matière d'une discussion portant sur l'émergence d'un sujet politique bifocale dans les mondes ruraux ouest africains.


Indications bibliographiques pour le séminaire : [2004] « Entre le pays et l'outre-pays. « Little Italy dans le bisaku » (Burkina Faso », in Journal des Africanistes, (lien électronique :  http://africanistes.revues.org/document427.html) [2006] « Des  « zones de non-droits » aux confins de l'Italie rurale », in Transrural initiatives (Bimensuel d'information agricole et rurale), n° 319. (Publication électronique : http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2228) [2008] « Le costellazioni migratorie burkinabé e la riproduzione del contesto locale » (capitolo 7) in Migrazioni transnazionali dall'Africa. Ethnographie multilocale a confronto (A cura di Bruno Riccio), UTET Universita, pp. 135-1521.

19 mai 2009 : Florence Brisset-Foucault (doctorante en sciences politiques, Paris 1), «La prise de parole politique dans les ebimeeza de Kampala »

Cet exposé propose de réfléchir à la manière dont l'anthropologue et le politiste peuvent appréhender, théoriquement et sur le terrain, les mutations des espaces publics africains (voir  à ce sujet Dahou, 2005 ; Holder, 2004 ; Leclerc-Olive, 2003 ; Olivier de Sardan, 1999) à travers l'exemple des espaces de prise de parole politique ougandais que sont les ebimeeza.

Les ebimeeza sont des débats, rassemblant plusieurs centaines de personnes dans des lieux publics de Kampala, qui sont retransmis en direct sur plusieurs stations de radio. Ils sont organisés selon un protocole précis de prise de parole et de représentativité. Lieux de délibération mais aussi de pouvoir, les ebimeeza sont l'occasion pour les journalistes, l'opposition, le gouvernement, le royaume du Buganda et les « profanes » de renégocier leur place dans le champ politique ougandais du passage au multipartisme ainsi que leurs modes d'intervention dans l'espace public. Elles sont également, pour le chercheur, des observatoires privilégiés des modes d'énonciation du gouvernement légitime, de la démocratie, de la citoyenneté et de l'appartenance (belonging). Cela dans un espace politique historiquement constitué contre les organisations partisanes (démocratie de mouvement), avec une emphase sur la participation politique populaire. L'Ouganda est égalament caractérisé par la co-présence du gouvernement central et du royaume du Buganda, « pivot » (Fallers, 1964) de l'histoire coloniale et post-coloniale du pays.

Que font les ebimeeza à la notion d'espace public et qu'apportent-elles aux approches anthropologiques et historiques des espaces de discussion (Bloch, 1975, Terray, 1988) comme aux réflexions sur les formes de la démocratie (Manin, 1995) et notamment la démocratie dite participative (Blondiaux, 2008) ?

Mots-clés : Anthropologie,

Aires culturelles : Afrique,

Suivi et validation pour le master : Semestriel

Renseignements : Contact: Tarik Dahou : Tarik.Dahou(at)ird.fr Jean-Pierre Warnier: jp-warnier(at)wanadoo.fr Benoit Hazard: benpasco(at)free.fr

Réception : 1er mardi de chaque mois de 14h00 à 17h00 ou sur rendez-vous.

Niveau requis : Inscription en Master 1.

Site web : http://www.ehess.fr/ue/2007-2008/ue633.html

Adresse(s) électronique(s) de contact : dahou(at)ird.fr

Dernière modification de cette fiche : 19 mai 2009.

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