2008-2009

Penser l'urbanité

  • Sylvaine Bulle, maître de conférences à l'Université de Saint-Étienne

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er, 3e et 5e lundis du mois de 13 h à 15 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 19 janvier 2009 au 15 juin 2009. Séances supplémentaires le 27 avril (même heure, même salle) et le 25 mai (même heure, salle 1)

Ce séminaire poursuit une exploration de l’urbanité amorcée lors de l’année précédente. À partir de quelques axes (appuyés sur des  concepts, des lieux et personnes), le séminaire rassemble les premiers domaines scientifiques de compréhension d’une urbanité  telle que celle-ci peut être figurée à partir des registres de la contiguïté, de la familiarité, de  la civilité, tels qu’ils s’éclairent mutuellement dans les actions citadines ou les espaces métropolitains.  Nous aurons en particulier partant de l’École de Chicago et du courant pragmatiste notamment à nous interroger sur des figures (comme l’étranger ou l’intrus) comme au fondement de l’urbanité ou des formes sociales plus précises de l’urbanité (la civilité et l’inattention civile  et la coprésence par exemple) . Un second axe du séminaire interroge ensuite les relations entre domaine privé et vie urbaine, au sens où le voisinage (de la rue à l’entre soi) donne lieu à des capacités humaines, des engagements dans le proche pouvant déboucher sur une des « politiques ordinaires » de la ville ou sur des enjeux de débat  public. Enfin,  un troisième axe  pose les questions de la décence  ou de la dignité  au sens  où, du voisinage aux scènes publiques, des conflits privés au domaine public, de la « gated community » au réfugié ou sans abri, se posent dans la ville du XXIe siècle, moins la question de l’achèvement d’une agora urbaine que celle de l’accommodation réciproque de différents fragments humains et urbains.

Le séminaire est ouvert aux étudiants de Master 2 et aux doctorants de l’EHESS ou aux étudiants des Universités (ces derniers en auditeurs libres).

Mots-clés : Sociologie,

Aires culturelles : Transnational/transfrontières,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Sociologie

Renseignements : Sylvaine Bulle

Niveau requis : Master 1

Adresse(s) électronique(s) de contact : sbulle(at)club-internet.fr

Compte rendu

Le séminaire a poursuivi l’exploration de la thématique de l’urbanité amorcée lors de l’année universitaire 2007/2008. La définition ou les contours d’une sociologie de l’urbanité se différencie de la sociologie urbaine, au sens où elle ne part pas d’une entité générale et spatiale (la ville). Elle examine plutôt les formes d’individuation, les agencements et interactions permis dans la texture sociale et urbaine, et les formes de communication dans la ville, cette dernière étant prise comme cadre de ces interactions. Le séminaire s’inscrit dans la perspective de déplacement d’une sociologie « critique » en se situant dans celle d’une sociologie pragmatique ou interactionniste. Celle-ci renonce habituellement aux faits urbains et territoriaux à partir du filtre des classes sociales, des logiques institutionnelles segmentaires ou inégalitaires. La perspective choisie pour la compréhension des nouveaux phénomènes urbains tient au contraire à expliciter les registres du bien commun, de la mobilité et de la civilité, tels qu’ils s’éclairent mutuellement dans les actions citadines ou les espaces métropolitains. La ville est alors pensée comme univers d’interaction, d’instabilité et d’intrusion qui permet également de poser des questions propres au monde contemporain, comme celles de la justice spatiale, du vivre ensemble ou des tensions propres au modèle de la globalisation.
Un premier axe du séminaire, en s’appuyant sur les apports pragmatistes et des sociologues de l’École de Chicago (James, Dewey, Simmel, Park, Wirth, notamment), a consisté à éclairer les fondements théoriques de l’urbanité. Ils privilégient le caractère distributif des relations et l’armature réticulaire et interactionnelle de la ville, tels qu’ils engendrent des processus d’hybridation, de rencontre et une irrégularité des cultures urbaines. Les premiers exposés d’intervenants sur les transports en commun parisiens, la présence des communautés chinoises à Paris, ont montré comment les approches interactionnistes pouvaient être mises en œuvre dans la lecture de scènes urbaines ouvertes (le métro et ses espaces publics, la lisibilité des communautés dans la communauté) sans céder aux approches culturalistes.
Un second axe du séminaire a interrogé les relations entre domaine privé et vie urbaine, au sens où le voisinage (de la rue à l’entre soi des quartiers fermés) donne lieu à des capacités humaines, des engagements dans le proche pouvant déboucher sur une des « politiques ordinaires » de la ville ou sur des enjeux de débat public. Les exposés ont porté sur les modes de lisibilité des personnes précaires dans la rue, les enjeux méthodologiques de l’observation des espaces publics, les formes de problèmes publics liés aux projets urbains ou de quartier. Dans le registre des capacités et des compétences critiques des acteurs (qui prend appui sur La justification de Boltanski et Thévenot), on a abordé à partir des travaux sur les espaces enclavés (Jérusalem) ou fragilisés par des projets urbains (Turin), les régimes d’engagement dans le proche. Ceux-ci concernent l’accroissement du pouvoir d’agir sur le monde commun, la mise en œuvre de compétences pour faire valoir le sens de la justice ou de la civilité dans des contextes libéraux ou autoritaires. Les enjeux de ces interrogations sont donc aussi politiques. Du voisinage aux scènes publiques, des conflits privés au domaine public, de la « gated community » au réfugié ou sans abri, le séminaire a continué de dessiner une nouvelle cartographie des controverses urbaines, et les contours d’une épistémologie urbaine plus appropriée aux situations contemporaines. Cette démarche heuristique permet de mieux aborder les questions cruciales qui se posent pour l’étudiant et le chercheur, dans la ville du XXIe siècle : moins la question de l’achèvement d’une agora urbaine que celle de l’accommodation réciproque de différents fragments humains et urbains, moins les grands projets urbains unificateurs et pacificateurs que les controverses mais également les nouvelles formes de critique ordinaire qui en résultent.

Dernière modification de cette fiche : 4 mai 2009.

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