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Mercredi de 10 h 30 à 12 h 30 (EHESS-Marseille, centre de la Vieille-Charité, 2 rue de la Charité 13002 Marseille), à partir du 11 février 2009
Des individus, seuls ou avec d’autres se proposent de faire de la musique – « à plusieurs », « en commun », « ensemble », etc. -, et d’autres encore, d’écouter.
Comment décrire des configurations de type « jouer », « chanter », « écouter », délimiter les parts constitutive et contingente des opérations qui les réalisent, les articulent entre elles ? Qu’entendre par activité et action que l’on appellerait musicale(s) ou musicienne(s) ? Le faire est nécessairement situé spatio-temporellement ; pour se déployer, il lui faut de la place et du temps, s’accommoder à un environnement donné, l’intégrer en composant avec lui. Par là s’institue ce que l’on pourrait appeler une scène d’implémentation musicienne, observable et descriptible comme morphologie du type : concert, audition publique, soirée, rituel ou cérémonie…
On s’attachera à questionner une dimension « rhétorique » de ce faire (de la musique), lui-même moment d’acheminement et de déploiement d’une œuvre entre présences physiques, ouvert aux calculs, anticipations, soucis de maîtrise ou de contrôle et aux appréciations évaluatives (postes d’une mise en « forme manifeste » de l’œuvre, d’un espace d’occupation physique, de la présentation de soi, de la tenue, d’une technicité en visibilité jusqu’à la virtuosité, de postures et orientations corporelles, de la disposition et de l’attention d’un auditoire, public, entourage, etc.).
Il s’agira, en somme, de décrire une dimension incarnée, spectaculaire de l’œuvre quels que soient la « forme » ou le « genre » d’appartenance, ou si l’on veut sa mise en tangibilité lorsque des acteurs travaillent à procurer à voir et à l’Entendre (« écouter »).
Mots-clés : Anthropologie, Sociologie,
Aires culturelles : Europe,
Suivi et validation pour le master : Semestriel
Renseignements : Emmanuel Pedler
Direction de travaux d'étudiants : Jacques Cheyronnaud et Emmanuel Pedler
Réception : Jacques Cheyronnaud et Emmanuel Pedler, Lundis de 14h à 18h
Adresse(s) électronique(s) de contact : jacques.cheyronnaud(at)univmed.fr, emmanuel.pedler(at)univmed.fr
Les conférences données cette année, à la suite de la dynamique amorcée l’année précédente avec les étudiants et alors essentiellement axée autour d’exemples portant sur le patrimoine, ont surtout été nourries d’enquêtes menées sur l’écoute musicale en situation de mobilité urbaine. Plus généralement, la perspective proposée consistait à opérer un rapprochement systématique entre sociologie des pratiques culturelles et sociologie urbaine. Tandis que la sociologie de la culture offre les outils indispensables pour traiter de ces pratiques spécifiques, la sociologie urbaine permet un regard plus distancié, non uniquement focalisé sur les objets culturels, mais plus précisément sur la façon dont ceux-ci s’intègrent dans un environnement urbain. La sociologie des pratiques culturelles, dans le prolongement du travail de Richard Hoggart sur la notion d’adhésion à éclipses, gagne ainsi à être croisée avec la sociologie urbaine, qui s’est en partie construite en travaillant les situations d’engagement faible propres à l’espace public urbain (voir par exemple, l’inattention polie d’Erving Goffman, mais aussi les travaux d’Isaac Joseph).
L’enjeu, à partir de ce croisement entre sociologie urbaine et sociologie des pratiques culturelles, est de parvenir à une compréhension élargie de la façon dont les acteurs sociaux sont présents aux pratiques culturelles qu’ils mènent, sans postuler qu’ils y soient forcément et imperturbablement attentifs ; et également à une compréhension élargie de la façon dont ils manifestent ces formes de présence aux co-présents qui les entourent dans un contexte urbain. De telles analyses permettent de problématiser à nouveaux frais, d’une part, les modes d’appropriation des œuvres en contexte ; et d’autre part, la façon dont nous sommes concrètement embarqués dans notre modernité urbaine.
Pour mener à bien ces différentes analyses, une focalisation a été proposée sur les conduites perceptives des acteurs sociaux, dans la mesure où elles sont au fondement des types de situation investiguées : au fondement des pratiques culturelles en elles-mêmes (écouter de la musique, lire un livre, etc.), comme des relations en public qu’elles occasionnent plus ou moins directement (principalement de coordination : éviter du regard les autres passants, retirer une oreillette pour répondre à une demande d’orientation, etc.). C’est ainsi que les analyses ont cherché à mettre en évidence les écologies sensibles urbaines dont ces pratiques culturelles témoignent, notamment en comparant celles essentiellement axées autour de la vision avec celles pour lesquelles l’audition est la conduite perceptive déterminante.
Pour parvenir à ces analyses, une attention toute particulière a été portée en direction des méthodes d’enquête en milieu urbain, et des protocoles descriptifs nécessaires pour réussir à mener une ethnographie précise des conduites perceptives. En effet, les situations investiguées ont souvent occasionné des difficultés descriptives, notamment dans la mesure où les activités concernées sont des activités solitaires dans l’espace public (lire dans les transports en commun, écouter de la musique au casque en marchant, etc.), et étant donné que les conduites perceptives sont souvent discrètes, peu expressives (donner un coup d’œil ou un « coup d’oreille » alentour). C’est pourquoi il devient nécessaire de passer par des protocoles d’enquête originaux, à même de saisir les activités en train de se faire : c’est-à-dire essentiellement en mêlant des observations in situ des activités naturelles par l’enquêteur, et des verbalisations sur l’expérience menée par les personnes enquêtées.
Dernière modification de cette fiche : 12 janvier 2009.
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