S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.
2e et 4e mardis du mois de 17 h à 19 h (salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 25 novembre 2008 au 23 juin 2009. Une séance supplémentaire se déroulera le 16 juin 2009, salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris
Notre civilisation ne cesse de dérouler le programme métaphysique d’une désincarnation de l’être humain, pure volonté et intelligence d’un côté, pur matériau de laboratoire de l’autre. Nous vivons dans l’illusion idéaliste d’une humanité libérée de sa condition de vivant comme si l’homme moderne était de plus en plus voué à se passer de son corps. Par exemple : les possibilités ouvertes par les biotechnologies laissent croire, aujourd’hui, que, en externalisant certaines de ses fonctions, l’être humain pourrait se passer de son corps pour procréer. En réalité, la division de l’homme entre sa part subjective et sa part objective - expression de la forme moderne du vieux dualisme métaphysique - conduit à considérer l’individu humain comme un sujet, réduit à sa volonté de savoir et de pouvoir, et à considérer son corps comme un objet réduit à ses cellules.
Or cette division n’affecte pas seulement chaque individu, exigeant de lui qu’il surmonte son propre corps, sa propre chair, elle cautionne également une division entre les vivants et l’exploitation des uns par les autres, qui touche particulièrement les corps féminins.
Certes, dans la mesure où l’être humain est celui qui entend répondre de sa vie, c’est à dire assumer la responsabilité de son être, il ne peut se définir seulement comme cet être vivant, mortel et sexué, qu’il est par nature. Mais nous nous demanderons s’il peut se penser en négligeant sa condition d’être vivant et nous essaierons de montrer pourquoi l’être humain vivant résiste aux vieux clivages entre l’âme et le corps ou entre le physique et le mental. Ainsi pourrons-nous mieux contester qu’un individu puisse librement consentir à l’exploitation de son corps. Nous retracerons quelques moments de l’histoire de la philosophie pour voir en quel sens nous pouvons aujourd’hui nous référer au vivant pour penser notre humanité (par exemple : Aristote, Bergson, Bachelard, Canguilhem, Heidegger, Levinas, Simondon, Sartre, Foucault, Jonas).
24 mars 2009 : Le don biologique et ses enjeux. Après avoir donné un aperçu du marché du corps dans le monde nous aborderons la question du don
28 avril 2009 : la "GPA" , le droit français et celui du Royaume Uni aujourd'hui. Nous reviendrons sur la question de la marchandisation du corps et sur quelques enquêtes faites en France sur les "mères porteuses".
Les séances des mardis 26 mai, 16 juin (remplacement du 10 mars) et 23 juin seront consacrées aux relations entre l'éthique et le marché du corps.
Mots-clés : Écriture, Esthétique, Genre, Littérature, Philosophie, Sexualité, Textes,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Signes, formes, représentations
Intitulé général : Imaginaire et différence sexuelle
Renseignements : Sylviane Agacinski
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Adresse(s) électronique(s) de contact : sagacin(at)ehess.fr, Sylviane.Agacinsky(at)ehess.fr
Le travail s’est organisé autour de la question du corps, en rappelant d’abord comment la pensée occidentale, au cours de son histoire, avait contribué à donner de l’être humain une vision dualiste et comme « désincarnée », la femme assumant la figure la plus physique, la plus charnelle de l’être humain, en face de la figure virile de l’homme, celle de l’intelligence et de l’esprit. Cet horizon explique en quoi l’ambition métaphysique de surmonter la condition humaine charnelle, c’est-à-dire la natalité, la mortalité et la sexualité, s’est exprimée à travers le rêve de maîtriser le corps et spécialement le corps féminin. Considérant que ce vieux rêve a laissé place à une volonté de maîtrise technologique du corps, je me suis attachée aux conséquences du développement de la biotechnologie, à l’émergence d’un corps humain considéré maintenant comme une ressource biologique, matière première destinée à la réparation ou à la fabrication d’autres corps.
Nous avons parcouru l’histoire des techniques biomédicales récentes, en particulier les techniques de procréation médicalement assistée, et soulevé les problèmes éthiques et sociaux que posent ces techniques, depuis l’insémination artificielle, la fécondation in vitro, la conservation des matériaux dans le froid, et – avec la séparation de la fécondation et de la gestation – l’utilisation de femmes comme « mères de substitution ».
Nous avons fait le point sur le droit français aujourd’hui (code civil, code de la Santé publique) et sur le statut du corps dans ce droit. Puis, nous avons confronté le rapport du Sénat sur la possibilité de légaliser le recours à des « mères porteuses » en France (Les rapports du Sénat n° 421, 2007-2008) avec les nombreux travaux disponibles sur la réalité du marché du corps biologique aujourd’hui dans le monde (par exemple Baby business de Debora Spar ou Body shopping de Donna Dickenson).
Ces nouvelles technologies ont en effet généré, dans certains pays, des marchés diversifiés, touchant des catégories de femmes différentes (la demande d’ovocytes ne concerne pas les mêmes femmes que la demande de « gestatrices »), et entraîné des « délocalisations » des ventres dans la région du Caucase ou en Inde. S’il existe, comme en France, des dons de gamètes gratuits, effectués anonymement, jamais la gestation n’est gratuite : elle est toujours rémunérée, sous le couvert de « dédommagements ». C’est pourquoi ce sont des femmes sans emploi qui acceptent de louer leur ventre.
Nous avons en même temps réfléchi sur l’idée de dignité des personnes et sur le respect du corps, à partir de lectures Kant, et montré comment la part la plus vivante de l’être humain pouvait être captée par des techniques objectivantes et aliénantes, en nous appuyant sur Hans Jonas et Jürgen Habermas.
J’ai animé par ailleurs deux séances du séminaire « Théorie des images », consacrées à la lecture du texte de Walter Benjamin : L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.
J’ai été auditionnée, pendant cette année universitaire, par la Commission Veil, dans le cadre de la réflexion sur le Préambule de la Constitution, par la Mission d’information sur la révision des lois bioéthiques (Assemblée nationale), et par le groupe de réflexion du Sénat sur « la maternité pour autrui ». J’ai participé, à Rennes, au titre de « grand témoin », aux États généraux de la bioéthique.
En octobre 2009, j’ai prononcé la conférence inaugurale des « Rendez-vous de l’histoire » de Blois, consacrés au corps.
Publications
• Corps en miettes, Paris, Flammarion, coll. Café Voltaire, 2009, 135 p.
• « Ève et marie », dans La puissance maternelle en Méditerranée, Mythes et représentations, Arles, Actes Sud, 2008, p. 55 à 68.
• « Que reste-t-il de l’autre sexe ? », dans Femmes, hommes : quelle différence ?, sous la dir. de Jean Birnbaum, XIXe Forum « Le Monde » Le Mans, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 199 à 206.
• El pasaje, tiempo, modernidad y nostalgia [trad. Victor Goldstein], Buenos Aires, La marca editora, 2009.
Dernière modification de cette fiche : 25 mai 2009.
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