2008-2009

Villes de savants (Londres, Paris, Chicago 1889-1939)

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

Premier et troisième mercredis du mois de 11 h à 13 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 5 novembre 2008 au 3 juin 2009. Séance supplémentaire le 29 avril (salle 5)

En prenant les villes pour objet de savoir, les savants en ont construit de très diverses, à l’intersection de programmes scientifiques et de projets d’action. Le séminaire portera sur trois situations singulières, précisément situées dans le temps et l’espace : Charles Booth, armateur, réformateur et enquêteur social à Londres (1889-1910), Maurice Halbwachs, universitaire et sociologue de l’école durkheimienne à Paris (1909-1939), enfin Robert E. Park et Ernest W. Burgess, sociologues universitaires à Chicago (1915-1934). Dans la perspective d’une histoire et de sociologie des savoirs scientifiques appuyées sur des archives, nous enquêterons sur les façons dont ces savants faisaient enquête, ainsi que sur leurs rapports avec les réseaux réformateurs et les mondes savants de leur temps. L’objectif du séminaire est de mettre à l’épreuve les questionnements et les méthodes d’une histoire sociale des pratiques scientifiques et des productions savantes.

Aires culturelles : Amérique du Nord, Europe,

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe

Intitulé général : La ville : sciences, pouvoirs, sociétés

Renseignements : Marion Labetoule

Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous

Niveau requis : séminaire annuel ouvert à tous

Adresse(s) électronique(s) de contact : master-ett(at)ens.fr

Compte rendu

Un nouveau séminaire a commencé cette année, intitulé « Villes de savants (Londres, Paris, Chicago 1889-1939) ». En faisant des villes un objet de savoir, les savants en ont construit de très diverses, à l’intersection de programmes scientifiques et de projets d’action. Le séminaire porte sur trois situations singulières, précisément situées dans le temps et l’espace : Charles Booth, armateur, réformateur et enquêteur social à Londres (1889-1910), Maurice Halbwachs, universitaire et sociologue de l’école durkheimienne à Paris (1909-1939), enfin Robert E. Park et Ernest W. Burgess, sociologues universitaires à Chicago (1915-1934). Dans la perspective d’une histoire et d’une sociologie des savoirs scientifiques appuyées sur des archives, nous avons enquêté sur les travaux de ces auteurs et sur leurs rapports aux réseaux réformateurs et aux mondes savants de leur temps.
L’introduction à la méthode du séminaire a pris la forme d’une expérience. Il se trouve que le Dictionnaire de la pensée sociologique (Raymond Boudon et al. 2005) comprend, sur la sociologie des villes, deux articles aux approches contrastées : il est intéressant d’y observer concrètement les différences entre présentisme et historicisme en histoire des sciences.
Nous avons ensuite entrepris de déterminer dans quelles conversations nos savants étaient engagés avec leurs contemporains, afin d’interpréter à partir de là les façons, fort diverses, dont ils construisaient la ville comme objet scientifique. L’enquête de Booth futt entreprise dans une configuration où les ambitions savantes d’un notable pouvaient s’appuyer sur la grande peur des bourgeois de Londres à la suite des unemployed riots et sur l’intense débat sur la classification de la pauvreté dont ils furent l’occasion (1886-1889). L’objet de la thèse de Maurice Halbwachs sur les grands travaux parisiens du Second Empire trouve son intelligibilité au croisement des controverses des durkheimiens avec économistes et historiens universitaires, et des convictions hygiénistes des socialistes normaliens (1905-1909). L’entreprise de Robert E. Park et Ernest W. Burgess d’étudier les communautés locales de la ville de Chicago dans le cadre d’une écologie humaine en cours de définition peut se comprendre comme le résultat de la convergence de plusieurs catégories d’acteurs sur le double projet de réformer l’université et de réformer la communauté (1923-1929). L’enquête sur ces trois situations a permis d’illustrer une sociologie historique des contenus de science qui se donne pour tâche de reconstituer les questions oubliées.
Le volet suivant du séminaire avait pour objectif d’observer les observateurs en décrivant de façon aussi fine que possible les manières dont nos savants collectaient les informations qui leur permettaient de tenir un discours empirique. Une première séance s’est tenue sur l’enquête de Booth, qui revendiquait de « d’abord, fermer les yeux » et de n’approcher les réalités urbaines qu’à travers la discipline de la quantification. J’ai alors été contraint de suspendre puis d’interrompre le séminaire.
En effet, à partir du mois de février 2009, souhaitant manifester mon opposition aux mesures imposées par le gouvernement en matière d’enseignement supérieur et de recherche, j'ai participé, en collaboration avec un certain nombre de collègues, à l’initiative « Changeons le programme ! », puis aux « Grands débats de l’EHESS ». Pendant quatre mois, nous avons analysé ensemble l'origine de ces « réformes » et leurs effets sur la place du savoir dans notre société et le rôle qu'on souhaite assigner aux chercheurs. Cette initiative se prolongera l'an prochain par un séminaire commun, intitulé « Les politiques des sciences. Séminaire alternatif ».
Par ailleurs, le séminaire « Espace et sciences sociales : pratique de la recherche urbaine » a réuni un groupe de doctorants organisé par Caroline Varlet. Cette année, en dépit des perturbations, huit d’entre eux ont présenté leurs travaux.

Publications
• « En finir avec la société ? Un débat historiographique », Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 37/2, 2008 (« L’ère victorienne revisitée »), p. 167-182.
• « Vingt ans après. De la solidité des tunnels », Pour l’histoire des sciences de l’homme. Bulletin de la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme, n° 32, hiver 2008, p. 7-23.
• « Maurice Halbwachs and Chicago Sociologists », Revue française de sociologie, vol. 49, supplément, 2008, p. 187-214.
• « Verständigung durch Missverständnis : Die britischen Vorbilder klericaler und laizistischer Philanthropen in Frankreich, 1870-1918 », dans Religion und Philanthropie in den europaïschen Zivilgesellschaften. Entwicklungen im 19. und 20. Jahrundert, sous la dir. de Rainer Liedtke et Klaus Weber, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2009, p. 158-173.

Dernière modification de cette fiche : 11 février 2009.

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