2009-2010

Cercles de lecture/écriture et transmission du savoir profane à Byzance

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

2e et 4e jeudis du mois de 15 h à 17 h (salle 10, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 12 novembre 2009 au 10 juin 2010

Les études conduites au cours des dernières années sur la transmission du savoir profane à Byzance soulignent l’existence d’un « modèle communautaire », selon lequel des groupes de savants, organisés en cercles de lecture et d’écriture, lisaient et copiaient les textes en garantissant ainsi leur conservation au fil des siècles. Cette reconstruction est fondée sur la collaboration de plusieurs copistes qui auraient recopié ensemble des manuscrits profanes. Pendant le séminaire nous vérifierons cette reconstruction, en analysant les manuscrits profanes les plus importants des différentes époques, au fin de répondre à des questions de fonds : l’activité de copie partagée est-elle toujours le résultat d’une activité intellectuelle menée en commun ? Dans la transmission du savoir profane à Byzance, existait-il des dynamiques constantes dans le temps ? Y avait-il des transformations profondes au fil des siècles ? La transmission du savoir suivait-elle les mêmes modalités dans tout l’Empire, ou existait-il des différences profondes entre le centre et les périphéries ?

Jeudi 27 mai 2010 : Anthony Kaldellis, Professeur à l'Ohio State University professeur invité à l’EHESS, "L'ethnographie à Byzance".

Résumé : Suivant leurs modèles classiques des historiens romains, tels qu'Ammien Marcelin et Procope de Césarée, ont écrit sur une variété de nations barbares, sur leur histoire, leurs coutumes et leurs géographies. Mais entre le VIIe siècle et l'époque quand des textes pareils ont réapparu, on ne peut que remarquer une grande brèche. Cette série de conférences aura comme sujet les façons selon lesquelles les historiens byzantins traitèrent de nations diverses, à la fois celles qui ont vécu au-delà des frontières de l'Empire, et certains groupes ethniques qui, installés dans l'Empire, n'étaient pas vues par les Byzantins comme des groupes complètement civilisés (Arméniens, Bulgares et Valaques). Quelles étaient les sources dont les auteurs byzantins disposaient à propos des peuples étrangers ? Quelles priorités littéraires et quelles aspirations idéologiques (politiques ou religieuses) se cachent derrière leurs discours ? Pourquoi les Byzantins ont-ils produit si peu d'ethnographie originelle avant le XIVe siècle ? Pourquoi continuaient-ils à utiliser des ethnonymes anciens même longtemps après que ces noms ont cessé d'exister ? Pourquoi ont-ils soudainement commencé à s'intéresser à l'ethnographie, une fois leur propre Empire s'écroulait.

Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)

Mentions & spécialités :
  • Histoire
    (Séminaire de recherche M1S1 M1S2 M2S3 M2S4)

Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe - Monde méditerranéen

Intitulé général : Écriture et société à Byzance

Renseignements : Filippo Ronconi, CEBNHSEE, 54 bd Raspail 75006 Paris, tél. : 01 49 54 23 35.

Direction de travaux d'étudiants : le lundi de 14 h à 16 h, sur rendez-vous, tél. : 01 49 54 23 35.

Réception : le lundi de 14 h à 16 h, sur rendez-vous, tél. : 01 49 54 23 35.

Adresse(s) électronique(s) de contact : byzance(at)ehess.fr, ronconi(at)ehess.fr

Compte rendu

Si les livres en langue grecque produits entre l’Antiquité et l’époque byzantine sont d’habitude écrits par un seul copiste, il existe des manuscrits (surtout à contenu profane) dont la transcription fut réalisée par deux ou plusieurs scribes différents. Ce sujet a attiré l’attention de nombreux savants, qui ont concentré leurs études sur des cas spécifiques. Mais au-delà des implications concernant la circulation des textes intéressés, ce phénomène a une signification socioculturelle importante, liée au thème délicat des modalités de diffusion et de transmission du savoir profane entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Notre séminaire s’est donc ouvert sur la formulation d’une série de questions. Quelle était la diffusion et l’incidence socioculturelle des « cercles de lecture et d’écriture » dans l’Antiquité, l’Antiquité tardive et l’époque byzantine moyenne ? Dans une perspective de longue durée, faut-il parler de continuité ou plutôt de rupture(s) ? Quelles classes sociales étaient intéressées par ce type d’activités partagées, aux différentes époques ? Quelles opérations y étaient effectivement menées ?
Nous avons concentré notre analyse sur l’étude de quelques manuscrits éminents d’époques différentes, afin de remonter, à partir des aspects matériels de chacun d’entre eux, aux caractères socioculturels des milieux de production et d’utilisation primitive. Après une analyse rapide du P. Berol. inv. 13 270 et du P. Köln inv. 21 351+21 376 (IIIe siècle av. J. C.), nous avons étudié le P. Lond. Lit. 108, témoin incontournable de la Constitution des Athéniens d’Aristote et auquel L. Del Corso a consacré un article récemment. La transcription, datable entre la fin du Ier et le début du IIe siècle, est due à quatre mains travaillant sans aucun doute en équipe, mais non pas dans un atelier professionnel, comme le démontrent les écritures employées, les modalités de collaboration et le fait que le texte soit écrit sur des rouleaux documentaires réemployés. Comme une série d’autres facteurs le démontre, il s’agit probablement du produit d’un milieu provincial aux intérêts variés.
Puis, nous sommes passés à l’époque proto-byzantine, en analysant le codex Bodmer dit “des Visions”, un petit manuscrit du IVe-Ve siècle, lui aussi provenant de la chora égyptienne et contenant un recueil de textes sacrés écrits par plusieurs mains, dont l’activité a généralement été considérée comme intégrée dans un travail d’équipe. En l’analysant de plus près, nous avons toutefois démontré que les textes qu’il contient sont dus à deux groupes de scribes distincts, travaillant probablement dans le même milieu (dont la nature est particulièrement difficile à saisir), mais avec un léger décalage chronologique.
L’étape suivante de notre analyse a porté sur l’époque byzantine moyenne. En mettant en relation les données codicologiques du ms Ven. Marc. gr. 450 (comprenant la Bibliothèque de Photios) et des témoignages littéraires, nous avons pu démontrer la justesse de l’hypothèse de L. Canfora et G. Cavallo, selon laquelle le manuscrit serait issu du cercle qui entourait le patriarche. Plusieurs sources contemporaines évoquent ce cercle. Nous avons essayé de les interpréter à la lumière des oppositions idéologiques de l’époque. Cette approche a permis de revenir sur la vexata quaestio de la datation et de la véritable nature de l’ouvrage. Nous avons donc abordé les dix-huit manuscrits constituant ce qu’on appelle la « collection philosophique ». L’analyse des facteurs codicologiques, paléographiques et textuels a permis de démontrer qu’ils constituent trois groupes distincts de livres, transcrits par trois équipes de copistes liés à des personnalités-clés dans le passage de l’iconoclastie à l’iconodoulie.
Notre attention s’est enfin concentrée sur quelques manuscrits produits dans des monastères calabrais du Xe-XIIe siècle. Il s’agissait d’examiner comment la nature de l’étude des dynamiques de collaboration entre copistes pouvait contribuer à la connaissance de ce milieu provincial.
Malgré l’amplitude du sujet, nous avons essayé de tirer un bilan. Dans l’univers des « manuscrits à copistes multiples », plusieurs catégories peuvent être identifiées qui renvoient à des dynamiques de collaboration différentes. Une étude attentive de chacun de ces livres peut contribuer à illustrer les caractères des milieux qui les ont produits. Mais dans ce type d’analyse il faut éviter toute généralisation et considérer chaque manuscrit comme un produit caractéristique d’un milieu socio-culturellement défini, à un moment historique donné.

Publications
• Raccolta ascetico-omiletica. Montecassino, Biblioteca del Monumento Nazionale Casin. 431 (già 278-416), dans San Nilo di Rossano e l’Abbazia greca di Grottaferrata. Storia e immagini, sous la dir. de Filippo Burgarella, Catalogo della mostra (Abbazia di Santa Maria di Grottaferrata, Grottaferrata, 14 novembre–10 décembre 2009), Rome, 2009, p. 135-139.
• Bodleian Library ms. Baroccianus 50 : annotazioni codicologiche su un manoscritto miscellaneo. Ricerche preliminari, dans Actes du VIe Colloque international de Paléographie grecque, sous la dir. de Basile Atsalos et Niki Tsironis, (Drama 21-27 septembre 2003), p. 639-655 et 8 pl.

Dernière modification de cette fiche : 15 avril 2010.

Dernière mise à jour le 14/04/2009

Haut de page

EHESS (Siège)
190-198 avenue de France
75244 Paris cedex 13
Tél : 01 49 54 25 25