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1er et 3e mardis du mois de 11 h à 13 h (salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 16 février 2010 au 15 juin 2010. Pas de séance le 16 mars, le 6 avril
Le séminaire s'inscrit dans un programme interrogeant l'historicité et le caractère situé de la notion d'environnement : nous proposons d'observer comment l'environnement est devenu un « sujet-objet » nouveau au cours d'une longue période moderne, émergeant dans une matrice d'économie politique et présidant à un changement de modèles politiques. Un nouveau regard est porté sur le territoire, qui n’est plus seulement envisagé comme un espace de souveraineté mais commence à être traité comme un espace de régie, ouvrant par là même de nouvelles réflexions en termes de potentialité et de valeur. La formulation de ces questions a accompagné de nouvelles représentations de la société. L'auto-fabrication de la société a eu pour corollaire la désignation de la nature comme son extériorité, l'objet sur lequel pouvait s'appliquer son ordre opératoire. Les processus d'autonomisation de la société, se représentant comme immanente à elle-même, et d'objectivation de la nature ont été constitutifs non seulement de la modernité politique, mais aussi de la modernité scientifique.
Pour identifier la matrice juridique, économique et politique dans laquelle la nature est pensée, utilisée et transformée depuis la révolution française, on s'attachera cette année aux écrits d'ingénieurs, qui ont été des acteurs essentiels de ces transformations, tant sur le plan théorique que pratique : Claude-Henri de Saint-Simon, Carlo Cattaneo, Frédéric Le Play, Benjamin Nadault de Buffon. On examinera comment ces auteurs envisagent les phénomènes qu'ils entendent à la fois décrire et transformer, comment ils les conçoivent comme des agencements locaux ou des systèmes complexes, comment ils analysent leurs dimensions conjointes naturelle et humaine, comment ils considèrent les temporalités de leur évolution.
Mots-clés : Environnement, Histoire, Histoire des sciences et des techniques, Savoirs, Spatialisation, territoires,
Aires culturelles : Europe,
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Histoire et civilisations de l'Europe
Intitulé général : Administrer les « ressources naturelles », XIXe-XXe siècles
Renseignements : sur rendez-vous.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.
Réception : sur rendez-vous.
Niveau requis : projet de recherche écrit demandé.
Adresse(s) électronique(s) de contact : ingold(at)ehess.fr
La première partie du séminaire a été consacrée à l’émergence contemporaine de la question environnementale et à l’examen des nouvelles formes de savoirs et de pratiques interdisciplinaires qu’elle a engagées. Nous avons vu comment la question environnementale n’introduit pas seulement de nouveaux objets, de nouveaux chantiers de recherche ou de nouvelles approches : elle signale aussi des changements d’équilibre dans la carte des disciplines, voire au sein même d’une discipline. En outre, elle engage des questions de positionnement sur la scène de l’expertise. Ces questions ont été examinées à partir de la participation de la géographie aux études environnementales. La géographie a en commun avec l’écologie d’avoir été désignée comme une discipline « carrefour » – entre sciences humaines et sciences naturelles –, qui n’aurait pas tenu ses promesses ; les deux disciplines s’étant vues accorder une vocation intégratrice, qu’elles n’auraient pas su mettre en œuvre.
Dans un second moment, nous nous sommes intéressés à la manière dont la question de la nature et celle de l’environnement se sont posées, au xixe siècle, au moment où s’institutionnalisent et se spécialisent les disciplines. Nous avons abordé ces questions à partir de la figure de l’ingénieur, qui a pu être perçue comme une sorte de point d’aboutissement – et de transformation – du grand partage nature/culture et de la distinction des domaines qui se dessine sur une longue période moderne, séparant sciences de la nature et sciences de l’homme. Les sciences de l’ingénieur du XIXe siècle ne se réduisent pourtant pas à un répertoire de savoirs techniques s’appliquant à la nature et nécessitant de connaître les lois des matériaux et de la nature (construire un pont, creuser un canal, calculer un débit, procéder à un nivellement), mais engagent de nombreux autres savoirs. Ceux-ci ne visent pas seulement à connaître les lois de la nature pour mieux les gouverner, ou les maîtriser, mais développent une vision globale des différents savoirs – juridiques et sociaux – qui participent au fonctionnement des objets techniques qu’ils imaginent. Il s’est agi de rendre compte du mouvement par lequel la nature est désignée comme le domaine spécifique des compétences particulières de l’ingénieur. Parmi les situations complexes que les ingénieurs entendent prendre en charge au XIXe siècle, nous nous sommes particulièrement attachés aux systèmes fluviaux et forestiers, aux marais, étangs et rivages. C’est à partir de ces lieux de prédilection d’intervention de l’ingénieur et tout particulièrement de la gestion des eaux, que se joue ce qui est devenu l’hypothèse centrale et le fil conducteur du séminaire : la concurrence, structurante au XIXe siècle, entre ingénieur et juriste.
Publication
• « Cartografare le acque come risorse “naturali” nell’Ottocento. La Carta Idrografica d’Italia e gli ingegnerie delle miniere », Contemporanea 2010 (a. XIII, N° 1), p. 3-26.
Dernière modification de cette fiche : 6 avril 2010.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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