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2e et 4e mardis du mois de 10 h à 12 h (Musée du quai Branly 75007 Paris, salle 3, inscription préalable obligatoire sur www.quaibranly.fr, rubrique « Étudier et rechercher »), du 10 novembre 2009 au 8 juin 2010, la séance du 23 mars 2010 se tiendra en salle 2
Ce séminaire vise à développer une réflexion sur les mises en scènes et en récits dans différents domaines, comme le rituel et le théâtre, l’écriture et le musée, l’architecture et l’urbanisme. La création contemporaine et le rapport social à l'objet seront également abordés. Qu’il soit question de performances rituelles ou spectaculaires, de productions artistiques, de narration muséographique ou de théâtralisation des patrimoines, d’aménagements urbains, les objets considérés correspondent tous à une production discursive dont il convient d’analyser de façon interdisciplinaire la genèse historique et de restituer le processus social de mise en forme. On se demandera comment créer les conditions épistémologiques d’une anthropologie des pratiques spectaculaires, homogène du point de vue de la méthode, au carrefour de différentes disciplines, en portant un regard renouvelé et comparatiste sur une pratique universelle.
Mots-clés : Anthropologie, Arts, Histoire, Sociohistoire, Théâtre,
Aires culturelles : Contemporain (anthropologie du, monde), Transnational/transfrontières,
Renseignements : IRIS, 96 bd Raspail 75006 Paris, tél : 01 53 63 56 58, ou par courriel.
Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous
Réception : sur rendez-vous par courriel auprès des enseignants
Site web : http://iris.ehess.fr/
Adresse(s) électronique(s) de contact : bonnot(at)ehess.fr, muller(at)ehess.fr
Notre séminaire s’est inscrit dans la continuité des années précédentes autour de mises en scènes et de mises en récits dans différents domaines comme le spectacle, le théâtre, le musée, l’art contemporain mais aussi la diffusion des savoirs et les événements dits « rituels ».
Nous avons développé notre propos autour de trois terrains anthropologiques en cours. D’abord celui mené depuis plusieurs années à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne, où se mêlent traditions catholiques, théâtre amateur, rituel et procession, références patrimoniales et archéologiques dans le cadre d’une fête annuelle dédiée à la sainte patronne locale, sainte Reine, martyrisée par les Romains en 253. L’étude de ces fêtes nous permet de mettre en évidence les enjeux complexes, sociaux et politiques, au-delà de la seule problématique ritualiste et de l’exégèse symbolique vers laquelle tend l’ethnologie classique.
Nous avons ensuite abordé un second terrain, entamé au Nigeria en 1995 puis étendu à une dimension transnationale, à partir d’un séjour réalisé à Cuba en 2003, puis récemment au Brésil. L’étude met en évidence les enjeux contemporains du monde afro-brésilien, de part et d’autre de l’océan atlantique, entre Salvador de Bahia et les villes du golfe de Guinée, tels qu’ils se cristallisent dans les arts, et notamment sur la scène du théâtre. Il s’agit d’une enquête multi-site à partir d’un processus de création théâtrale menée par une équipe internationale originaire de l’espace considéré. L’enquête se développe autour d’une création théâtrale, à partir d’une adaptation du roman de l’écrivain Togolais Kangni Alem (Esclaves, Lattès, 2009). Ce projet vise à assumer la dimension créative de l’anthropologie, en générant – par la production d’une pièce de théâtre – une situation heuristique permettant de saisir la nature des enjeux qui sont à l’œuvre.
Enfin, autre terrain, celui de l’expérience ethnodramaturgique menée à Jouy-en-Josas. Organisée par Bernard Müller en collaboration avec l’INRAP (Institut National de Recherche en Archéologie Préventive), cette enquête interdisciplinaire associe notamment anthropologues, archéologues et historiens de l’art, autour d’un chantier de fouilles atypique qui porte sur un site récent, puisqu’il est question d’exhumer un repas enterré par un artiste à l’occasion d’une performance appelée le « Déjeuner sous l’herbe ». Le 23 avril 1983, 120 personnalités du monde de l’art contemporain participent à un banquet organisé par l’artiste Daniel Spoerri dans le parc du domaine du Montcel, à Jouy-en-Josas (Yvelines), où devait s’implanter un an plus tard la fondation Cartier. Au milieu de ce repas de tripailles, le banquet est enterré dans une tranchée longue de 60 mètres creusée dans la pelouse. Tables, nappes, vaisselle, couverts, reliefs de repas, graffitis, dédicaces, objets d’art, photos sont ensevelis sous des mètres cubes de terre, au cours d’un rituel collectif orchestré par l’artiste.
Cette performance intitulée L’enterrement du tableau-piège marque le renoncement de Daniel Spoerri à sa série de tableaux-pièges, dont de nombreux spécimens sont exposés dans les musées. Il s’agit d’une véritable situation d’enquête expérimentale, dont l’objectif est de mettre à l’épreuve les bases épistémologiques et méthodologiques de nos disciplines. Voulue par l’artiste, cette fouille permet de confronter les vestiges conservés par le sol aux documents d’archives et de mesurer le hiatus entre les possibles interprétations du mobilier archéologique et la description de l’événement lui-même.
Les autres séances de notre séminaire ont donné la parole à des chercheurs et des artistes, venus exposer leurs projets ayant tous un lien plus ou moins direct avec notre problématique centrale de la mise en scène : François Duconseille, scénographe, artiste plasticien a évoqué la performance de rue menée à Kinshasa par un artiste sud-africain (Steve Cohen) en avril 2009 ; Stephen Wright, théoricien de l’art contemporain, a présenté une conférence intitulée « La redondance » au cours de laquelle il examine les conditions d’apparition et de visibilité des pratiques artistiques contemporaines, notamment de la performance ; Gérard Noiriel, sociologue et historien est venu présenter un projet original à la croisée de la recherche et du théâtre (Il s’agit du spectacle « Chocolat » dont il joue le rôle d’un historien sur scène), et enfin Éric Wittersheim, cinéaste-anthropologue a présenté son film : Le Salaire du Poète (2009) relatant l’« invention » d’un chant sur la petite île de Motalava, au nord du Vanuatu.
Trois autres séances nous ont permis d’éclaircir certains points théoriques fondamentaux pour notre approche concernant les objets, le rapport au patrimoine et l’anthropologie critique. Notre ambition a été de faire saisir aux étudiants, dans le cadre d’échanges et de discussions ouvertes davantage que d’exposés magistraux, la cohérence de notre projet anthropologique consacré à la mise en récits d’événements et à la description de situations ne se laissant pas absorber par l’interprétation structuraliste ou essentialiste.
Dernière modification de cette fiche : 4 septembre 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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