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1er et 3e jeudis du mois de 18 h à 20 h (INHA, salle Walter-Benjamin, 2 rue Vivienne 75002 Paris), du 5 novembre 2009 au 20 mai 2010
L'image est aujourd'hui au cœur de la société de l'information. Non plus comme un spectacle auquel on assiste passivement, mais comme un outil de médiation que chacun peut mettre en œuvre. Cette révolution est liée à la combinaison de trois facteurs techniques, qui s'est produite entre 2003 et 2005 : l'arrivée à maturité de la technologie des photocapteurs ; la diffusion rapide du haut débit ; les services proposés par les systèmes interactifs du web 2.0. Caractérisée par la collectivisation des contenus visuels, l'utilisation des images comme support d'interaction et de communication, ou encore par l'ubiquité des images, un nouveau paysage visuel s'élabore sous nos yeux. Le séminaire proposera une première approche de l’histoire de ces évolutions, l'analyse de leurs répercussions culturelles et sociales, ainsi qu’une réflexion sur le renouvellement des outils méthodologiques induit par ces objets d'études.
Suivi et validation pour le master : Obligatoire sur l'année (bi-mensuel)
Domaine de l'affiche : Histoire - Problèmes généraux
Intitulé général : Histoire visuelle
Renseignements : sur rendez-vous : http://www.gunthert.fr.
Direction de travaux d'étudiants : le jeudi après-midi sur rendez-vous.
Réception : le jeudi après-midi sur rendez-vous.
Niveau requis : séminaire de recherche ouvert aux étudiants formés en histoire, histoire de l'art, études cinématographiques ou études visuelles à partir de la licence et auditeurs libres.
Site web : http://www.lhivic.org
Adresse(s) électronique(s) de contact : gunthert(at)lhivic.org
Les travaux de cette année ont permis de boucler la première étape de l’enquête ouverte en 2005 pour établir les principaux points de repères de la transition numérique du médium photographique.
L’installation des technologies participatives du web 2.0 a été accompagnée par un discours à dimension utopique annonçant une remise en cause des hiérarchies de l’autorité (top/down vs bottom/up), des logiques de la distribution commerciale (la « longue traîne ») ou de l’économie des industries culturelles (user generated content). Grâce aux outils de réalisation numérique et à la capacité de diffusion universelle offerte par le web, les amateurs ont été décrits comme susceptibles de concurrencer – voire de supplanter – les contenus professionnels.
Pourtant, même si les nouvelles possibilités techniques ont bien permis de doper la production amateur, celle-ci n’a jamais constitué une alternative à l’offre industrielle. Toutes les analyses des plates-formes de partage ont conclu que le postage de contenus originaux constituait une proportion faible de l’ensemble de la participation. Les exemples de contenus amateurs ayant accédé à une notoriété comparable à celle des productions industrielles via internet restent rares et semblent désormais décroître. Les industries culturelles traditionnelles, peu présentes sur le web au début des années 2000, ont rattrapé leur retard et ont investi l’outil numérique, en proposant une offre abondante de contenus diversifiés.
Ce constat impose de modifier l’hypothèse qui cantonnait à l’offre de contenus l’analyse des évolutions du champ, au profit d’une observation centrée sur l’évolution de la demande. Les outils numériques ont modifié les pratiques de consultation des contenus culturels, soit l’ensemble des comportements de recherche, de consommation et d’archivage des contenus sur Internet, qui remodèle en profondeur notre rapport au loisir culturel. S’il y a bien un nouveau partage du marché de l’attention, celui-ci apparaît moins déterminé par la concurrence des contenus autoproduits que par l’apprentissage et la gestion par le public du nouveau paradigme de l’abondance, dont le modèle est celui de la consultation encyclopédique.
Un autre apport majeur des travaux de l’année 2009-2010 a été de dégager la notion d’indexabilité comme facteur primordial des évolutions économiques du secteur. Depuis 2005, le Lhivic a consacré de nombreux travaux aux problèmes de l’indexation des contenus en ligne ou de l’évolution des archives visuelles. Cette expertise, combinée à l’intervention décisive de Matthias Bruhn ainsi qu’aux avancées des contributions au colloque « Nouvelles perspectives pour les photographes professionnels » (École Louis-Lumière, 29-30 mars 2010) a fait apparaître une nouvelle vision du champ photographique, sous l’angle de l’information associée à l’image.
Sur le modèle de l’histoire de l’art, la description des pratiques photographiques s’est toujours concentrée sur la production des images. Elle a laissé dans l’ombre le ressort essentiel de son économie, que Matthias Bruhn identifie comme une économie de services. Depuis la fin du XIXe siècle, les raisons de la prospérité des agences tiennent moins à la qualité des images qu’à la rapidité et à la fiabilité du service, aux avantages économiques de l’achat groupé ou à la sécurité juridique que garantit la prestation.
Cette description du champ permet de comprendre que c’est l’indexabilité nouvelle de la photographie numérique (autrement dit la capacité d’archiver et de traiter les images par l’intermédiaire de bases de données numériques) qui a été le principal facteur de déstabilisation de l’économie des images. Si l’on admet que ce qui a de la valeur n’est pas la photo, mais l’information qui lui est associée, on comprend que la première cause de l’évaporation de la valeur des images a été la pression concurrentielle sur les coûts de gestion de cette information.
La transformation des fichiers manuels en bases de données numériques, dès les années 1990, a permis de réaliser des gains substantiels dans la gestion des contenus, ouvrant la voie aux banques d’images low-cost. L’étape suivante marque l’abandon de l’édition traditionnelle des images, basée sur l’intelligence humaine et les compétences spécialisées. L’indexation devient entièrement automatique (Google Images, 2001) ou bien réalisée par les usagers (Flickr, 2004). Dans les deux cas, la gestion gratuite de la recherche, qui s’avère d’une redoutable efficacité, menace directement les entreprises qui avaient construit leur valeur sur l’expertise. C’est parce que l’économie des images s’est d’abord conçue comme une économie de services que la numérisation, sous les espèces de l’indexabilité, y a produit autant de dégâts.
Publications
•« L’image partagée. Comment Internet a changé l’économie des images », Études photographiques, n° 24, novembre 2009, p. 182-209.
• « Tous journalistes ? Les attentats de Londres ou l’intrusion des amateurs », dans Photo de presse. Usages et pratiques, sous la dir. de Gianni Haver, Lausanne, éd. Antipodes, 2009, p. 215-225.
• « La photographie est-elle encore moderne ? », Cahier Louis-Lumière, n° 7, Nouvelles Perspectives pour les photographes professionnels (actes coll.), juin 2010, p. 60-65 (en ligne : http://culturevisuelle.org/icones/500).
• « Métamorphoses de l’évolution. Le récit d’une image », Culture Visuelle, 8 décembre 2009 (http://culturevisuelle.org/icones/207).
• « La Lune est pour demain. La promesse des images », dans La Performance des images, sous la dir. d’Alain Dierkens, Gil Bartholeyns, Thomas Golsenne, Éditions de l’université de Bruxelles, 2010, p. 169-178.
• « L’illustration, ou comment faire de la photographie un signe », Culture Visuelle, 12 octobre 2010 (http://culturevisuelle.org/icones/1147).
Dernière modification de cette fiche : 2 juillet 2009.
Dernière mise à jour le 14/04/2009
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